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J 'ai rêvé, quand j'étais un enfant, que la vie De joie et de bonheur n'était qu'un long chemin. Ma mère souriait à mon âme ravie; Il me semblait que Dieu me tenait par la main. Hélas! tout Paradis n'est qu'un songe éphémère : Dieu se retire au fond de son ciel réservé, Et sur mon cœur navré la mort a pris ma mère... J'ai rêvé.
J'ai rêvé, quand j'étais adolescent, que l'homme Se devait d'être pur et grand, sans passions : Que la France pouvait ainsi qu'Athène et Rome Devenir guide et chef des autres nations ; Q.ue les heureux voudraient éteindre la misère; Que l'humble par l'amour du riche relevé L'embrasserait au front et lui dirait : Mon frère I J'ai rêvé.
J'ai rêvé, quand j'étais homme fait, que la gloire Ne devait couronner que le front du plus grand, Qu'il fallait travailler, souflFrir, aimer et croire, Être homme enfin, avant d'oser sortir du rang. J'avais cru qu'il fallait démasquer l'hypocrite, Faire honte au méchant, au lâche, au dépravé. Et qu'enfin le pouvoir n'était dû qu'au mérite... J'ai rêvé.
J'ai rêvé bien longtemps, car la vie est un rêve. Et la mienne a passé le but plus qu'à moitié. O mes amis! avant que ma course s'achève, Resserrons nos liens d'amour et d'amitié ! Puisque Dieu m'a permis de respirer vos âmes, Faites que votre cœur au mien reste rivé, Et ne me dites pas que quand nous nous aimâmes. J'ai rêvé.
'P'BJE%.E
l-^iEU tout-puissant, daigne m'entendre !
Être superbe, esprit caché.
Ma raison ne peut te comprendre :
Mais mon cœur t'a toujours cherché.
Combien de fois, d'amour avide,
Tendant mes deux bras dans le vide,
Vers toi j'étais prêt à crier...
Hélas 1 par le doute obscurcie,
Comme un enfant qui balbutie,
Mon âme hésitait à prier.
Toi qui fus le Dieu de ma mère, Tu le sais, je n'ai plus sa foi.
Pourtant à chaque peine amère Je m'adressais toujours à toi.
Soit par filiale habitude, Ou l'horreur de la solitude, J'invoquais ton nom en tout lieu :
A l'heure où le cœur se déploie.
Dans la tristesse ou dans la Joie, L'homme n"a qu'un seul mot : Mon Dieu
J'ai cru longtemps que la nature Etait ton ombre et me dirait, Même dans une langue obscure, Ton impénétrable secret ; due de l'humble insecte à l'étoile Ici-bas tout n'était qu'un voile Qui te dérobait à nos yeux ; Et que les choses de la terre, Vivants symboles du mystère, M'apprendraient les choses des cieux.
.■\iors, comme font les poètes, J'ai contemplé cet univers.
Admirant ses beautés secrètes^ Sous les aspects les plus divers.
Dans l'horreur des forêts profondes.
Sur les sommets, au bord des ondes, Je t'interrogeais éperdu...
Devant les plus sombres abîmes Ou les couchants les plus sublimes.
Nulle voix ne m'a répondu.
386 FLEURS UH GIVRE
J'ai dit alors : Serait-ce un songe?
— Non ! ce que Thomme a toujours cru Ke peut être un rêve, un mensonge.
Dans son esprit sans cesse accru
Tous les jours Dieu grandit encore; Le savant même l'élabore, En croyant se passer de lui.
En vain notre horizon recule, Sur notre pâle crépuscule Uéclair divin a toujours lui.
Le ciel étoile le proclame :
La création n'est qu'un corps ; L'infini doit avoir une âme.
Qui fait agir tous ces ressorts...
— Ah! c'est toi. Dieu, source première, Principe incréé, tout lumière,
Toute intelligence, tout cœur, Tout amour et toute puissance!
C'est toi, sublime et pure essence, Que les astres chantent en chœur!
De quelque nom que l'on te nomme.
Dans les ténèbres d'ici-bas.
Tu dois avoir pitié de l'homme,
Si borné, si faible, si bas!
Atome perdu dans l'espace.
Ephémère à qui tout retrace
Son néant et son abandon...
O Dieu, reçois donc ma prière, Et qu'elle soit l'avant-courrière De ta grâce et de mon pardon !
Regarde-moi ! Flétri par l'âge, Comme un vieux mage d'Orient, Battu des vents et de l'orage, Je reviens à toi, confiant.
Et j'ose te dire : Mon père !
Me voici. Je t'aime et j'espère !
Malgré ma longue iniquité Souviens-toi de ma mère, ô Juge !
Et qu'elle m'ouvre le refuge De ton insondable bonté.