‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 12 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

D'étincelles de feu peuplaient l'azur sans voiles. Tous ces astres sont-ils des globes habités? Ont-ils déjà vécu d'autres éternités, Avant que notre terre ait commencé ses rondes Dans le vide où dormait le germe épars des mondes? Vivent-ils? forment-ils 'aussi des nations? Echangent-ils entre eux leur âme et leurs rayons? Ou bien, se consumant au feu de leur cratère. L'orgueil dévore-t-il leur grandeur solitaire ? Sont-ils peuplés d'esprits, d'anges ou de démons? Est-ce le paradis des morts que nous aimons? Irons-nous les revoir? Oh! quelle douce étreinte. Après tant de douleurs, de tristesse et de crainte ! Quel astre me rendra mon père et son amour? O Seigneur 1 que ce soit bientôt et sans retour!... Et ravie en extase à cet espoir sublime, Je crus sentir la terre en glissant sur l'abîme. Parmi tous ces soleils qui parsèment l'éther, .M'emporter dans son vol vers ce qui m'est si cher.

Puis mon esprit flottant, où tout passe et repasse. Se demandait pourquoi ces mondes dans l'espace? Pourquoi la vie avec son cortège fatal D'amertumes? Pourquoi le bien? pourquoi le mal? Et d'autres questions sans issue et sans nombre. Où l'homme aime à briser son front triste dans l'ombr Qui n'a connu ce rêve et ses accablements? Mais les étoiles d'or, aux yeux de diamants, Finirent par me dire en fermant mes paupières :

« N'interroge pas tant! Va dire tes prières,

Et dors encor ! La nuit n'a pas fourni son quart

Ton père te dira ces choses-là plus tard. «

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Un enfant ! quand j'y songe ! avant un mois peut-être Je pourrai caresser ce pauvre petit être, Le presser sur mon coeur et couvrir de baisers Ses bras, ses petits pieds et leurs ongles rosés! Un enfant ! Que c'est beau ! C'est une fleur vivante, Une fleur qui se meut, qui parle, rit et chante. Avec ces yeux profonds, ces grands yeux étonnés Q.ue promènent sur tout les êtres nouveau-nés. Si purs qu'ils font songer au ciel, leur origine. Comme je l'aimerai ! Moi, la triste orpheline. Je deviendrai sa mère et je lui donnerai Tout l'amour dont mon coeur, hélas ! est trop sevré. Je pourrai, disposant de ma journée entière. Guider ses premiers pas tremblants à la lisière, Éveiller son esprit, et, fillette ou garçon. Des premiers éléments lui faire la leçon, Développer son corps, sa force et son adresse. Et surtout façonner son âme à la tendresse. Mon Dieu I soyez béni, dans mon isolement De me donner un but si doux et si charmant !

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