‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 13 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

20 Jtittt.

Rosette va plus mal. — « Je sens, me disait-elle. Une atteinte profonde et que je crois mortelle, Un mal mystérieux qui me mine les os : Puis j'éprouve un besoin immense de repos. 11 me semble, vraiment, que si Dieu me délivre, Je n'aurai plus assez de force encor pour vivre. Alors vous prendrez soin de l'enfant, ô ma sœur ! Et je pourrai partir, et même avec douceur. Car j'ai fait trop souffrir ici-bas ceux que j'aime ; Et, le dirai-je aussi? j'ai trop souffert moi-même. D'ailleurs ce cher enfant, ai-je bien mérité De l'aimer et d'avoir cette félicité?

Il ne doit pas porter l'ombre de mes souillures. Et Dieu veut le remettre entre des mains plus pures. Prenez-le donc, Francine, et qu'il vous fasse honneur ! Que ne puis-je avec lui vous léguer le bonheur ! » Elle s'interrompit, puis reprit à voix basse : « Une prière encor pour Paul! Faites-lui grâce. Pardonnez-lui, ma sœur, aimez-le pour nous deux, Aimcz-le pour l'enfant, et soyez tous heureux! »

Ce fut le dernier mot de sa vie épuisée. Je ne pus rien répondre et je partis brisée.

Le lendemain.

Quelle journée affreuse! et quel vide en mon cœur! Quand le sort aura-t-il épuisé sa rigueur?

Le docteur, qui n'a pas permis que je veillasse,

Et qui près de Rosette avait repris ma place.

Est venu ce matin de bonheur au manoir.

Il demanda Gritty, qui sortit en peignoir.

Et je les vis tous deux, la mine désolée,

Se parler bas le long de notre grande allée.

Je me levai ; j'allai les rejoindre bientôt,

Et du premier regard, avant le premier mot.

Je compris que Rosette avait cessé de vivre.

« Et l'enfant? dis-je alors. — L'enfant a dû la suivre,

Dit le docteur. Ils sont partis du même essor.

Comme ils sont beaux tous deux ! Venez les voir encor

Et tristes tous les trois, sans tarder nous allâmes

Revoir Rosette morte et contenter nos âmes.

Elle semblait dormir dans toute sa beauté. On avait mis l'enfant priis d'elle, à son coté. Contre son cœur. La mère avait ce doux sourire, Ce sourire des morts que l'on ne peut décrire. Où l'âme laisse au corps comme un adieu divin. On voyait qu'elle était tranquille, heureuse enfin.

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