‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 124 sur 128 · L'OISEAU D>CO%T · texte numérisé non relu

L'OISEAU D>CO%T

1ER matin, sous la buvette, Au fond du jardin, j'ai trouvé Un nid désert, où la fauvette Dans les beaux jours avait couvé.

Chère fauvette! ta famille Est-elle à l'abri des hivers !

Vois! les rameaux de la charmille De blancs flocons sont tout couverts.

Ah ! c'est déjà le froid, la neige.

Il faut émigrer ou mourir.

Chers compagnons ailés, que n'ai-je La main de Dieu pour vous nourrir !

Je rêvais ainsi dans l'allée, Quand au bord du sentier étroit Je vis sur la neige étoilée Un petit oiseau mort de froid,

Mort de froid et de faim sans doute... — Hélas! hélas I combien d'humains, Aux jours affreux de la déroute Sont morts ainsi par les chemins !

Ah ! cet hiver que rien n'efface.

Où, malgré nos pleurs et nos cris, La guerre nous a pris l'Alsace, Et la mort nos pauvres conscrits I

Le temps use tout; mais mon âme Est d'un métal plus résistant; Le souvenir en traits de flamme Rouvre la plaie à chaque instant.

Et je revis ces heures sombres, Ces jours d'horreur inexpiés Où, dans le sang et les décombres, L'étranger nous foulait aux pieds.

Ainsi ton image, ô patrie I Malgré l'oubli toujours vainqueur, S'imposait à ma rêverie.

Et des pleurs me montaient au cœur.

Alors d'une main tendre et douce J'ai ramassé le pauvre oiseau ; Et, couché dans le nid de m.ousse, Il eut pour tombe son berceau.

LE 'BOUQUET T%ICOLO%E

OFFERT A MADAME KŒCHLIN-SCHWARTZ Par l'Union des Femmes de France

ES roses vous diront comme nous, et mieux même, L'effusion profonde et tendre de nos cœurs. Oui, chacune de nous vous admire et vous aime, Heureuse d'adoucir avec vous les douleurs.

Vous avez deviné le cher et noble emblème Q.ue ces roses d'un jour ont caché sous leurs fleurs : Les rouges, c'est le sang que la bataille sème ; Les blanches, c'est l'Alsace avec sa joue en pleurs,

L'Alsace qui pour nous souffre un si dur martyre... ^Lais silence ! Les fleurs seules peuvent tout dire. Puis, quand il est trop grand, le chagrin est muet.

Le bleu manque au bouquet. Le bleu, c'est l'espérance. Alors pour rappeler le drapeau de la France, Au sommet de ces fleurs nous posons un bluet.

Ljl FLEUTi T>E V^iLOES

L^'aloès aux feuilles de glaive

Ne fleurit que tous les cent ans;

Sa fleur alors pousse et s'élève

Comme un grand arbre en peu d'instants.

Elle dure à peine une année; Après ce gigantesque effort, Sur la plante déjà fanée L'énorme pistil tombe mort.

N'es-tu pas le vivant symbole D'une loi de cet univers?

O pauvre Aloès ! ta corolle Explique de plus grands revers.

Tout peuple élu vit d'une idée Qui fait son orgueil : c'est sa fleur. Athènes, Rome et la Judée Avant la France ont eu la leur.

Mais cette floraison sublime Les poussa plus vite au tombeau...

O France! seras-tu victime D'avoir été porte-flambeau?

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iX.1 ECTIFE

Tour QUOI donc ce long cri de fureur qui s'élève Contre la France en deuil des quatre coins du ciel? Petits ou grands, chacun nous outrage sans trêve. D'où vient chez nos rivaux tant de haine et de fiel? Nous croit-on désormais si faibles que Ton rêve, En frappant sans péril le lion terrassé, De nous faire expier les gloires du passé?

Eh bien, soit! nous n'avons ni vertus ni mérites; Nous sommes aussi bas qu'un peuple est descendu ; Nous valons encor moins que tout ce que vous dites ; La France n'est plus rien qu'un nom ; c'est entendu.

Mais nous ne sommes pas au moins des hypocrites, Et ce que nous avons, vertu, vice ou défaut. Nous sommes les premiers à le crier bien haut.

O chers voisins haineux! Faites les bons apôtres I Vous qui ne voyez pas la poutre dans vos yeux. N'avez-vous pas aussi vos ulcères, vous autres? Seulement vous savez les cacher un peu mieux. Mais vos vices au fond sont plus grands que les nôtres. Allez ! rabaissez-nous ! Outragez ! insultez 1 La Muse peut vous dire aussi vos vérités.

Honte à toi, l'Amérique, à toi qui te dis tille Du noble Washington et du sage Franklin ! Crois-tu qu'ils auraient pris la Havane ou Manille Et rançonné sans foi l'Espagne à son déclin? Sois Hère ! une autre étoile à ton drapeau scintille ; Mais celles du passé l'ont reçue en pleurant De voir l'hypocrisie admise dans leur rang.

Honte à toi, l'Angleterre ! Agrandis tes empires,

Viole le bon droit partout dans l'univers,

Suce les peuples morts comme font les vampires !

Mais l'Irlande à tes flancs te meurtrit de ses fers;

Et plus l'orgueil est haut, plus les chutes sont pires :

De simples paysans ont laissé sur ton front

Le stigmate sanglant d'un éternel affront.

Honte à toi, l'Allemagne, où l'empire a pour bases Trois peuples frémissants sous ton sceptre de fer ! Tu voulais délivrer l'Alsace et tu l'écrases; Tu fais de ton Reichsland ua cercle de l'enfer. Shjlock des nations, garde pour toi tes phrases 1 Si tu voulais plus d'or, nous pouvions le donner ; Mais tu prends notre chair! qui peut te pardonner?

Honte à toi, l'Italie, aujourd'hui la complice Du Tudesque abhorré qui fut ton oppresseur ! Ne ressens-tu donc plus les clous de ton supplice? O toi qui devrais être et qui fus notre sœur. Peux-tu ser^'ir d'appoint et d'aide à la Triplice? Esclave hier encor, peux-tu prêter les mains A mieux river les fers de nos pauvres Lorrains?

Et toi, Russie aussi, toi si forte et si grande, Ecoute sans aigreur ta part de vérités 1 La justice le veut, l'amitié le commande, Ton jeune essor n'est pas exempt d'iniquités : La Pologne à tes pieds se meurt, et la Courlande T'implore à deux genoux pour ses droits menacés... O noble Tzar ! ne va pas plus loin, c'est assez.

Maintenant, gloire à toi, France, toi qui n'opprimes Personne ! Ton sol même affranchit ; tes enfants Sont humains ; leurs erreurs sont rarement des crimes.

Soldats de l'idéal, vaincus ou triomphants, Nos guerres ont toujours des causes magnanimes. O France, souris donc à ces clameurs d'en bas. Et calme, ceins tes rei^s, pour les prochains combats !

Novembre jSç^,

434 FLEURS DE GIVRH

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