‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 14 sur 128 · IVRE PREMIER · texte numérisé non relu

IVRE PREMIER

Elle avait pour linceul sa robe des dimanches ; Le lit était semé de pâles roses blanches; Et ses beaux cheveux blonds tout dénoués encor, Enveloppant ses traits comme d'un voile d'or, Faisaient mieux ressortir la beauté du visage. Autour d'elle, à genoux, les filles du village Récitaient leur rosaire en pleurant, et plus loin. Son père en cheveux blancs sanglotait dans un coin. J'allai vers lui, je pris sa vieille main agreste Et lui dis : ft Père Jean, une fille vous reste. » Puis j'embrassai Rosette et le petit dormant. Et Gritty m'emmena par la main doucement.

22 juni.

Ce matin nous avons conduit au cimetière

Rosette et son enfant, à la pâle lumière

De l'aurore. Elle dort du sommeil éternel

Avec les miens, non loin du caveau paternel;

Et quand la mort m'aura comme eux tous endormie.

Je pourrai reposer auprès de mon amie.

En attendant, vivons et laissons faire au sort

Cet étrange tissu dont la frange est la mort.

Juillet.

Je vais la voir souvent dans l'enclos funéraire due chacun semble fuir; moi, c'est tout le contraire :

J'aime à venir rêver près de mes morts chéris. Mieux qu'avec les vivants, là je pense et je vis; J'écoute leurs conseils, et, comme dans un livre. Je puise à leurs côtés le courage de vivre. Malgré le voile épais qui les cache à mes sens, Je les vois, je les touche, ils sont à peine absents. Je tâche d'enfermer leur âme dans mon âme, Et de leur feu sacré d'entretenir la flamme. Comme aux jours d'autrefois, avec un soin pieux, L'Aryen attisait le foyer des aïeux.

Je viens donc visiter Rosette au cimetière. Et j'y passe souvent l'après-dînée entière. Assise et seule auprès de son tertre nouveau : Mais avant que la pluie abaisse son niveau. J'y veux faire poser une petite dalle Toute simple ; au milieu la pierre sépulcrale Portera ces seuls mots : Rosette, à dix-huit ans! Et le passant rêveur plaindra ce court printemps.

Juillel iSjS.

Mon oncle vient souvent avec sa jeune femme Me voir; et leur aspect me met la mort dans l'âme. Quels discours! vides, froids, sans élan et sans vol. « Tu ne demandes pas des nouvelles de Paul, Me disait-il hier. Oh! lui, c'est autre chose;

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