‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 26 sur 128 · L I V R I- III · texte numérisé non relu

L I V R I- III

^Avril iSSo.

Comment passent les jours? Je ne sais, mais ils passent. C'est assez ! Je n'attends plus rien d'eux, quoi qu'ils fassent. Comme une feuille morte arrachée aux rameaux, Je m'en vais devant moi sans craindre d'autres maux. Qui peut m'atteindre encor? Je suis invulnérable. Comment pourrais-je encore être plus misérable? La pauvreté ? Mais quoi ! j'aurais un aiguillon ; Il me faudrait tracer chaque jour mon sillon; Mon corps maté rendrait l'âme moins exigeante : J'aurais donc à gagner si j'étais indigente. La maladie? Et bien, alors j'aurais au moins De ce corps misérable à prendre de vains soins; Et puis, en admettant le pire, en fin de compte, Qu'aurais-je devant moi? La mort. Tardive ou prompte. La mort ouvre le seuil d'un nouvel avenir; Et quand elle viendrait, j'aurais à la bénir!

ViCai iSSo.

Pour dévorer mes pleurs dans une paix profonde. J'aurais aimé fermer ma porte à tout le monde. Impossible ! J'ai dû recevoir mes parents.

Mes amis, mes voisins et les indifférents.

Quel supplice ! et combien j'y trouve d'amertume !

Qu'y faire? c'est le train du monde et la coutume.

Le premier jour mon oncle est venu ; mais du moins

J'ai pu pleurer son fils avec lui sans témoins.

Ma tante l'a suivi... Quelle œuvre expiatoire!

Elle m'a fait en règle un interrogatoire.

Je n'ai jamais subi d'entretien plus cruel :

Comment Paul est-il mort? et pourquoi ce duel?

Et le reste ! Gritty, me voyant si navrée,

Par un pieux mensonge enfin m'a délivrée.

Quand le cœur est à vif ou meurtri, que de mal

Peut nous faire un esprit curieux ou banal !

En dépit de son deuil officiel, ma tante

Laisse trop rayonner une joie éclatante.

Elle détestait Paul et le craignait; sa fin

De mon oncle et des biens la rend maîtresse enfin :

Pauvre âme ! qu'elle soit donc heureuse à sa guise,

Et me laisse à ma paix... quand je l'aurai conquise!

Les seuls dont la présence et le court entretien, Au lieu de me blesser, m'ont fait un peu de bien, C'est le docteur Heller et sa mère. Leur âme. Qu'une grande douleur épura de sa flamme, Devine et comprend tout sans en rien laisser voir. Ils me font plus de bien qu'ils ne peuvent savoir : Dans leur simplicité qui touche et me captive. On sent percer au fond une grandeur native; Une noble pensée, un deuil profond se lit

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