‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 27 sur 128 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Sur leur front triste et pur qu'un seul regret remplit : La patrie ! et l'exil au fils comme à la mère A leurs rares souris prête une grâce austère.

Gritty surtout, Gritty me fait aussi grand bien. Chère âme ! elle sait tout et ne dit jamais rien ; Elle est plus qu'une amie, elle est une atmosphère De soins silencieux qu'aurait seule une mère; Comme une ombre elle glisse à travers le manoir, Réglant tout, et sachant tout voir et tout prévoir. Son pas même est muet, sa marche est étouffée; Elle circule autour de moi comme une fée. De près comme de loin, me couvant du regard Tout le jour, et le soir, au moment du départ, Me donne un long baiser, bien tendre, et puis soupire. Et s'en va doucement, lentement, sans rien dire. Elle sait qu'à la plaie il ne faut pas toucher, Qu'au chevet du malade il faut savoir marcher, Et tout le mal que fait souvent une parole, Et qu'il est des douleurs que nul mot ne console. Chère Gritty! que Dieu vous récompense un jour De tant de patience, et de soins, et d'amour!

Juillet iS8o.

La douleur est un monde, ou mieux une mer sombre Où, comme un naufragé, l'esprit plonge et, dans l'ombre.

Glisse et descend toujours jusqu'à des profondeurs Que ne connaissent pas les dragues des sondeurs. La vie et ses vains bruits, ses vents et ses tempêtes, S'éteignent en rumeurs qui passent sur nos têtes. D'abord c'est une zone au demi-jour trompeur. Où l'espoir jette encore une pâle lueur; Puis ce dernier rayon s'éteint; la nuit augmente; Un noir silence suit la funèbre descente ; Enfin, on touche au fond. . . Mais quels étranges bords ! On croirait à leur paix qu'on est parmi les morts. Mais non ! ils sont peuplés d'infortunés sans nombre. De vivants comme nous. Heureux qui, dans cette ombre Trouve sans trop tarder la froide région Où trône, avec l'oubli, la résignation !

Sepieiiibn i8So.

Et je vais le dimanche à l'église, et j'écoute La parole de Dieu tonner sous l'humble voûte. J'écoute aussi les chants et j'y mêle ma voix. Et pour quelques instants suis l'enfant d'autrefois. Mais à peine dehors, mon âme inconsolée Au joug des vieux chagrins se retrouve attelée. Je me sens plus aride et plus triste qu'avant. Notre curé, sans doute, est bien bon, bien savant; Sa main comme son cœur est, certes, charitable ; Mais ses meilleurs sermons sont écrits sur le sable

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