‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 30 sur 128 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Pour l'àme et pour le corps quelque remède urgent, Une bonne parole avec un peu d'argent.

Nous avons rencontré le docteur dans plus d'une. Son adresse de main et d'âme est peu commune; Tendre avec les enfants, digne et non solennel, Quoique jeune, il inspire un respect paternel. Surpris et mécontent quand il nous vit paraître Dans cet air méphitique, empoisonné peut-être, Il voulut nous chasser; je lui dis : « Et pourquoi? Vous y restez bien, vous, et tout le jour. — Oh ! moi. Reprit-il souriant, en redressant sa taille. C'est mon métier à moi, c'est mon champ de bataille. »

Je suis rentrée enfin bien lasse, et cependant Heureuse de sentir comme un foyer ardent S'éveiller dans mon cœur qui n'était plus que cendre. A quelque chose encor si je puis me reprendre. Oui, c'est aux malheureux, c'est aux déshérités. Madame Heller m'a dit les grandes vérités : Renoncer, s'immoler, s'o\iblier dans les autres, Et de l'humanité se faire les apôtres.

Voilà bien désormais quelle sera ma loi Et de mes tristes jours l'utile et noble emploi.

Je suis brisée, allons dormir; la nuit s'avance. Je veux continuer demain cette existence, Et dès l'aube revoir mes malades sans bruit. Ah! je dormirai bien, j'espère, cette nuit!

D^Cai l8Sl.

Depuis l'heure bénie où cette sainte femme

A ranimé ma vie au feu de sa grande âme,

Huit jours se sont passés, huit jours de paix, d'oubli,

Où l'heureux sentiment du devoir accompli.

Et chaque heure réglée, avec ordre conduite.

Du temps mieux employé m'a dérobé la fuite.

C'est une autre existence ouverte sous mes yeux.

Détournant du passé mes regards anxieux,

Je n'ai plus ces retours où, pleine de faiblesse,

Je ne savais y voir que le côté qui blesse.

Sans doute je n'ai pas perdu toute langueur;

Ce n'est pas en huit jours que l'on change son cœur ;

Mais il entre déjà presque en convalescence.

Mon Dieu ! pourrai-je avoir aussi ma renaissance ?

Pourrai-je refleurir comme ces saules verts

Que j'ai vus se parer de bourgeons entr'ouverts?

L'hiver nous quitte enfin : chaque jour il recule ;

Le ciel a plus d'azur; un air plus doux circule;

Le soleil monte au ciel et verse de plus haut

Sa lumière plus pure et son rayon plus chaud.

Seigneur 1 tout va renaître et reprendre racine;

Tout va vivre... Seigneur, n'oubliez pas Francinel

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