LIVRE III
Et les brèches sans nom que de telles défaites A notre amas de gloire en un seul jour ont faites? Ah ! ce n'est pas ainsi qu'on répare ses torts, Qu'on refait l'avenir et qu'on venge ses morts ! Je dirai plus : la France, au sortir de l'abîme, Eût dû ceindre ses reins dans un eiïort sublime, N'avoir qu'une pensée unique, un seul espoir. Un seul but immuable, un incessant devoir : Se refaire une autre âme avant une frontière ; Car le plus sûr rempart est une âme guerrière. Il fallait voir le mal sans nul voile trompeur, Regarder l'avenir bien en face et sans peur. Est-ce en fermant les yeux au péril qu'on l'écarté? La France athénienne eût dû se faire Sparte ; Car il ne s'agit plus d'un futile débat. Et désormais la vie est le prix du combat. Eh bien, sommes-nous prêts pour la lutte prochaine ? Avons-nous su tremper nos âmes dans la haine. Ou mieux, dans la justice et le bon droit, tous deux Si puissants malgré tout, et quoi qu'on dise d'eux? Non, rien ne change : au fond même, le mal empire ; On a rouvert le livre au signet de l'empire ; On est en république et nous avons un roi : L'argent, qui règne en maître et partout fait la loi ; On veut jouir; chacun ne songe qu'à poursuivre Son plaisir, comme si l'on était sûr de vivre! Comme si l'éternel ennemi, l'arme au bras, Pour nous mieux écraser, ne nous épiait pas ! Pense-t-on à l'Alsace, à la pauvre Lorraine,
HFCA
Dont chaque Jour la vie en vain espoir se traîne, Qui nous tendent de loin leurs bras comme leurs cœurs Et pâtissent pour nous sous le joug des vainqueurs? Je sais bien qu'en deçà des Vosges quelques justes Se font l'écho vibrant de ces douleurs augustes; Que plus d'un cœur vaillant, pénétré de regrets, N'accepte pas du sort les injustes décrets. Ces cœurs-là sauveront cette France amollie : J'en ai l'ardent espoir. — Ah! pardon, je m'oublie. Excusez ma morale et ce trop long discours : Les sermons les meilleurs sont toujours les plus courts. Mais il ne fallait pas me mettre sur ce thème. Et c'est vous qui m'avez fait sortir de moi-même. Adieu, j'ai près d'ici quelque malade à voir; Souffrez que je me sauve et vous dise bonsoir. »
Et Franz sortit ainsi, laissant dans plus d'une âme. Je l'espère du moins, un rayon de sa flamme; En tout cas, il a dû dans les cœurs les plus morts Déposer un ferment de trouble et de remords.
12 octobre i88j.
L'âme est tout, la pensée, ou légère ou sublime. Sur nos fronts, malgré nous, d'elle-même s'imprime. Et laisse quelquefois éclater au dehors Nos sentiments cachés et leurs secrets ressorts.