‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 4 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Mais il faut m'arrêter. A demain la vendange. Reformons ces feuillets ! Demain, je poursuivrai ; Je dirai tous les maux dont mon cœur fut navré. Vite ! voilà Gritty qui s'éveille et frissonne : — Comme il est tard ! dit-elle. En ejffet, l'heure sonne Ht semble m'adresser un reproche argentin. Je me croyais au soir, nous touchons au malin. 11 faut aller dormir. Gritty gronde et se fâche : Elle a raison. Je vais suspendre ici ma tâche, Et reposer mes yeux, ma pensée et ma main. Demain je reprendrai de bonne heure. — A demain !

4 janvier.

Reprenons donc la plume et racontons l'histoire De ce jour dont je tiens à fixer la mémoire.

Le soleil rayonnait dans un ciel d'un bleu clair; Comme si Dieu voulait rendre visible l'air, Une vapeur d'argent revêtait les collines Et l'horizon lointain de teintes opalines. Un vent frais, tout chargé de parfums et de chants. Venait à moi des prés, des vignes et des champs; D'une journée heureuse accueillant les prémices, L'âme au bonheur promis s'ouvrait avec délices ; Et j'attendais, le cœur plein de trouble et d'espoir, L'instant délicieux où j'allais le revoir;

Car il avait été convenu, dès la veille, Que nous vendangerions à nous deux seuls la treille. Comme une vigneronne avec son vigneron.

Serpette en main, panier au bras, sur le perron, Pour mieux le voir venir je m'étais installée, Et mes yeux épiaient le fond de la vallée. Comme il tardait! comment! pourrait-il oublier? Et vingt fois me levant, debout sur l'escalier. Je regardais au loin, la main sur les paupières.

Enfin Paul apparut au détour des Marnicrcs, Avec son air vainqueur et son pas nonchalant. Mon Dieu ! qu'il me semblait insupportable et lent ; Enfin il agita sa main fine et gantée, Lança mon nom dans l'air... et ravie, enchantée, Lâchant bride à mon cœur qui prenait le galop, Je me mis à courir pour l'embrasser plus tôt.

Nous allâmes d'abord à la ferme. Rosette,

La fille du fermier, dans sa fraîche toilette,

Nous attendait au seuil impatiente. Elle est

A peu près de mon âge, et c'est ma sœur de lait;

Blonde avec des yeux bleus, ses cheveux en broussaille

Forte et grande, à treize ans ayant déjà sa taille.

Moi, j'étais pâle et grêle alors comme une enfant

Qui végète et languit sous un poids étouffant.

Que de fois dans nos jeux, quand Paul me cherchait noisi

Et voulait me dompter, la belle villageoise

Se jetait entre nous et terrassait soudain

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