‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 5 sur 128 · LIVRE PREMIER I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER I

Mon tyran écumant de rage et de dédain,

Q.ui sous son bras vainqueur se débattait dans l'herbe,

Comme Satan aux pieds de l'Archange superbe.

En faveur du vaincu j'intervenais alors.

Rosette s'excusait d'avoir les bras si forts

Sur ses travaux, et Paul... réparait sa toilette.

Ce jour-là l'union entre nous fut complète. Nous allâmes d'abord nous promener sur l'eau. Installés tous les trois dans un petit bateau, Nous suivîmes le cours du ruisseau qui serpente Au fond du parc et sert de frontière à sa pente. Rosette et Paul, armés d'un aviron léger. Faisaient voguer l'esquif, non sans nous asperger ; Et de rire! Est-il rien de plus charmant au monde Que de glisser sans bruit sur l'eau bleue et profonde, Avec de chers amis, sous des arbres épais Qui versent sur nos fronts la fraîcheur et la paix? Pour moi, couchée au fond de la barque rapide, Je savourais l'air frais, le ciel pur, l'eau limpide; J'admirais Paul surtout, en habits élégants, Dont la rame faisait craquer les jolis gants. J'étais heureuse enfin. Bientôt, posant les rames. Près des vignes tous trois gaîment nous débarquâmes. Aux cris des vendangeurs agitant leurs bras nus : « Vous venez travailler! Soyez les bienvenus! » Nous fîmes d'abord halte autour des cuves pleines. Où sur les grains cueillis les guêpes, par douzaines. Comme ivres de vin doux s'abattaient lourdement.

Rosette les chassa; notre trio gourmand Prit leur place et bientôt fit une large brèche Au monceau de grains noirs de la vendange fraîche. Ce fut là notre seul travail pour cette fois. La treille du jardin nous attendait. A trois Ce fut vite fini d'en faire la cueillette. Paul et moi remplissions les paniers que Rosette Sur son chignon touflu, que rien ne fait plier, D'un pas alerte et sûr emportait au cellier. Enfin, dans le verger de la ferme, une table. Où brillaient fraises, crème et gâteau délectable, Sans que nul d'entre nous eût l'air de s'en douter, Vint à point nous offrir le plus charmant goûter. Paul mangea comme un loup, et, déposant sa veste. Sur un grand tas de foin alla faire la sieste, Tandis que Rose et moi nous desservions sans bruit Ce qui restait du lait, des fraises et du fruit. Et rangions au bahut les nappes, les serviettes. Ou sur les noirs rayons du dressoir les assiettes. Après, toutes les deux nous vînmes doucement, Sur la pointe du pied, auprès de Paul dormant, Promener sur sa lèvre, et d'une main légère, Le rameau dentelé d'une fine fougère.

Je ne sais s'il dormait; c'est possible, après tout : Toujours est-il qu'ouvrant les deux bras tout à coup, Il serra sur son cœur nos deux tètes penchées Et baisa fortement nos lèvres rapprochées. Puis il se mit à rire, à sauter; dans ses yeux Brillait je ne sais quel éclair malicieux,

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