T)ÉT)1C^CE T)E MARCEL
A SZERETLEK
Nunc et semper.
v^ o M M E au sommet des tours on plante une bannière. Comme on pose un panache au cimier du vainqueur, Comme un amant heureux fleurit sa boutonnière, Pour arborer sa joie et parfumer son cœur, Comme au fez des sultans jaillit l'aigrette altière, Comme un fronton de marbre ouvre le Parthénon, Ainsi sur ce premier feuillet je mets ton nom!
Ce nom mystérieux, tendre comme toi-même, Qui frémit sur ta lèvre aussi doux qu'un baiser, D'un bonheur innocent chaste et subtil emblème, Masque heureux qu'à nos fronts tu te plus à poser, Que ce mot soit inscrit au seuil de ce poème 1 Qu'il soit le talisman dont le charme accompli Protège un jour de plus mes vers contre l'oubli !
Mais quand même le monde en son indifférence Refermerait ce livre où j'ai mis tout mon cœur, J'ai pour me consoler une chère espérance : Ton âme ouverte au grand, close au rire moqueur. Et dont l'achèvement se fit par la souffrance. Ton âme en qui la mienne a su voir une sœur. Lira toujours ces vers avec quelque douceur.
Ce n'est pas la musique ou le fond du poème Qui retiendra ton front sur mon livre penché ; Ce que tu chercheras dans mes vers, c'est moi-même, Le vrai moi. l'être intime, invisible et caché.
L'aimant mystérieux qui fait que l'on vous aime, Le penseur attendri, le rêveur des sommets. Ce que la foule en nous ne devine jamais.
Le monde, ô Szeretlek! ne t'aura pas connue, Il n'aura vu de toi que ta fière beauté. Tes yeux bleus aux cils noirs et ta grâce ingénue. Moi seul, j'ai vu ton âme et son divin côté ; Moi seul, j'ai vu l'éclair qui dormait dans ta nue ; Moi seul, plongeur heureux, j'ai vu sous le flot pur Tous les trésors secrets de ton liquide azur.
Tu traversais la vie ainsi qu'une étrangère; Le bonheur t'oubliait; tu restais en chemin. Je vis quels pleurs cachait ta gaieté mensongère. Je m'assis près de toi, je te pris par la main; Et, repartant à deux, d'une âme plus légère, Mêlant le rire aux pleurs, les- bras entrelacés. Nous avons respiré l'oubli des maux passés.
Ne rougis pas d'aimer ma tête déjà blanche ;
La vigne- embrasse bien le vieil orme au tronc creux,
Et la rose fleurit jusque sous l'avalanche. Qu'importe! le seul point, n'est-ce pas d'être heureux? Le sort, qui tôt ou tard nous off"re une revanche. Pour jeter sur ta vie un rayon plus clément, A défaut du plus jeune a pris le plus aimant.
Hélas! notre amitié sans doute sera brève. Mais quel est le bonheur qui n'a pas de rançon? Tu commences la vie et la mienne s'achève. Il faudra nous sevrer de ce tendre unisson; Il faudra que la mort nous sépare et m'enlève. Selon la loi divine, ou ce soir ou demain, Je dois te laisser seule au milieu du chemin.
Eh bien, nous acceptons tous les deux cette épreuve 1 ' Pour croire on n'a besoin que de se souvenir : Sans qu'il doute un instant, mais non sans qu'il s'émeuve Mon cœur affrontera ce trop sur avenir. j
Je le sais : tu prendras mon deuil comme une veuve ; 1 Le nœud qui nous étreint n'en sera que plus fort : Car l'absence m'a dit le secret de la mort.
Puis par delà ce monde et sa sphère bornée, Dans cet azur sans fond où s'abîment nos yeux, II est un astre d'or, une île fortunée, Où tout ce qui s'unit et s'aima sous les cieux Renoue, et pour jamais, la chaîne abandonnée. Et, dans un bonheur pur qu'ici rien n'égala, Vit d'extase et d'amour, et je t'attendrai làl
LE C\C0'N:.T 'BLA'yiC
^ o X image en mon cœur est pareille au mont Blanc.
Parfois l'amer regret, un souvenir troublant,
Le doute et les soupçons impurs, comme un nuage,
S'élèvent des bas-fonds et voilent son image.
L'horizon de mes jours, alors bas et terni,
K'a plus ces grands aspects qui parlent d'infini;
Je suis seul; j'ai perdu ma vision céleste;
Tout s'efiace, et d'ailleurs, que m'importe le reste?
Mais un mot d'elle, un rien me rend à la raison :
Un nouveau souflfl^e heureux passe sur l'horizon;
Le brouillard disparait; le ciel se rassérène;
J'ai rejeté le poids de la misère humaine ;
Je crois encor, je vis, et, comme au premier jour.
Je revois les flots bleus du lac de notre amour,
A tfXE VIVANTE I95
Et dans les profondeurs de la voûte azurée, Calme et dominant tout, son image adorée, Plus pure et plus sublime encor que le mont Blanc. Élève vers le ciel son dôme étincelant.
Divoiine.