‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 63 sur 128 · VIOLETTE · texte numérisé non relu

VIOLETTE

V^E ne sont pas encor les vers promis; je n'ose Vous révéler mes torts dans toute leur grandeur. Ces vers, je ne saurais les écrire, et pour cause : Ils sont trop vrais, trop francs dans leur timide ardeur.

En vous les refusant, je le sais, je m'expose A vous voir prendre un air mécontent et boudeur. Mais si je les montrais, ce serait autre chose; Votre regard si doux s'armerait de froideur.

Grand Dieu ! c'est trop risquer. J'ai peur d'une mépris^ Penser que le dédain, comme une froide bise. Peut flétrir dans sa fleur notre jeune amitié 1

Oh 1 non, c'est bien assez — et n'est-ce pas trop même Que de voir dans les yeux d'une enfant que l'on aime, Comme un pardon muet, se lever la pitié ?

Paris, novembre 1880.

(Avec une bague.)

Chère petite bague, adieu ! je dois te rendre. Je baise ton chaton une dernière fois.

Va, mon cœur gardera l'impression si tendre Que ta fidèle étreinte a laissée à mes doigts.

Retourne à cette main que j'aime tant à prendre ; Brille à ses doigts si doux, si jolis et si froids. Mais parle-lui souvent de moi, fais-lui comprendre Tout ce que je t'ai dit pour elle, à demi-voix.

Moi, je n'ai pas besoin que l'on me parle d'elle : Chaque chose lui sert d'interprète fidèle : La musique, les fleurs, un mot, un souvenir.

Tout l'évoque et me rend son image en silence, Et la vie à mes yeux se rouvre et recommence. Et je puis maintenant regarder l'avenir.

Paris, novembre j8So.

Enfant, votre candeur ne doit pas s'y méprendre : Sans doute j'ai forcé le ton de mes sonnets ; Mon vers, en vous parlant, prit un accent trop tendre ; Le tort est manifeste, et je le reconnais.

II faut donc m'excuser et tâcher de comprendre Cet excès de tendresse où je m'abandonnais. Le foyer de mon cœur, hélas ! n'est plus que cendre, Et c'est un arriéré d'amour que je donnais.

Pardonnez-moi : mon âme errante à demi morte, Est pareille au nageur que le torrent emporte, Et qui vers chaque fleur du bord étend les bras.

Vous étiez là, rêveuse et triste sur la rive : D'une étreinte d'ami trop forte et convulsive J"ai serré votre main... ne la retirez pas!

Paris, décembre j88o.

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