I. MIROIR
vous embrasser ici, quoique je vous aime tiop pour vous voir partir sans regret. KeiideA toujours justice à mes sentiments, et so^ez. persuadé que je suis.
Monsieur mon cousin,
voire bon cousin et très -fidèle ami,
Monsieur, la part que j'ai eue à votre majorité m'intéresse d autant plus au bonheur de votre régence, ()ue j'imagine queu quelque façon le bien et le mal en rejaillira également sur moi. C'est en ce sens que je me crois obligé de vous dire avec amitié et franchise mes sentiments sm* ce qui regarde le nouvel état dans lequel vous entrez. Je ne suis point de ces gens de qui la présomption et la vanité fait qu*au lieu de conseils ils ne savent donner que des ordres; qui croient leurs sentiments infaillibles, et qui veulent que leui's amis ne pensent, ne se conduisent et ne respirent que par eux. Autant cette présomption serait ridicule, d'un côté, autant serais -je coupable, de Tautrc, si je négligeais de vous dire ce <|iraucmi do \os domestiques et de vus sujets n'aura la Jiardiesse de vous dire, ou même ne voudra pas vous dire, par des vues d'iiuérêt jMMsomiel.
Il est sMi- (]iic tout le inonde aies yeux ouvert.s sin le jneinier début d'un liomn)c qui (Mitie en charge, cL ce sont les piernieies actions qui décident ordinairement du jugement du public. Si vous établissez d abord votre réputation, vous acquen-ez la confiance du public, ce qui est à mon gré ce qu'il y a de plus désirable pour un souverain.
Vous trouverez partout des personnes qui vous flatteront, et qui ne seront attentives qu'à gagner votre confiance, pour abuser de votre faveur et pour vous gouverner vous-même. Vous trouverez encore une autre espèce de gens, et principalement paitni les conseillers de Tadministration, qui voudront vous dérober avec soin la connaissance de vos affaires, afin de les gouverner à léui' gré; qui vous rendront les choses les plus faciles dtffîcultueuses, pour vous rebuter du travail; et vous trouverez en eux
DES PRIJMCES. 5
toi» le dessein formé de vous mainteiUp dans la tutelle, et eela sous les plus belles apparences et de la façon la plus flatteuse pour TOUS -même.
A cela vous me demandez : que faudrait -il faire? 11 faut prendre connaissance de toutes les affaires de finance, choisir qup|([iie secrétaire (jni v ait travaillé en subalterne ou commis, lui promettre de hoiines récompenses pour vous mettre vousmême au fait de tout ce qui vous regarde. Les finances sont le nerf d'un pays ; si vous en possédez bien la connaissance, vous serez toujours le maître du reste.
11 est un abus que j'ai vu dans beaucoup de cours d'Allemagne: c'est que les ministres des princes avaient le titre de ministres de r£mpereur, ce qui constituait lelir Impunité. Vous sentez vous* même finconvénient qu'il y aurait pour vous de le souffrir. ' Je dois, de plus, vous avertir' que vous trouves deux conseilkfs dans l'administration, dont vous ferez bien de vous garder i fun se nomme Bilfioger,» et l'autre Hàrdenberç.* C*est à vous, monsieur, à les examiner, et à voir jusqu'à quel point vous pour^ rez voua y fier.
Soyez ferme dans vos résolutions; pesez, avant que de les
prendre» le pour et le contre; maïs lorsque vous aurez tant fait que d'expliquer vos volontés, n'en changez; point pour tout au monde, sans quoi chacun se joueia de votre autorité , et vous serez regardé comme un homme sur lequel on ne peut point compter.
A la suite d'une régence d'administration, vous ne pouvez pas manquer d'intrigues à votre cour. Punissez sévèrement ceux qui seront les auteurs des premières, et chacun se gardera de suivre' leur- exemple. C'est une faiblesse qu'une bonté déplacée, comme une sévérité hors d'œuvre est un grand crime. 11 faut éviter ces deux excès, qumqiie ce ne soit que le défaut d*im coeur bien noble d'avoir une démence excessive.
* Pendant la ntiaoïité du Duc, le gouvernement fut confié au fameux ma- 1liMiMttin«ii et philosophe Bilfingei >f an miniilTe Angustc de Rardmber^,' honme dîtliofiié iuitaat par le lalcDi que par le earaelèrc.
Geoi^e - Bernard Bilfifl|;er« eonseiller intime actud de WStleinbci;^ el président du r nnsi^tfiire , ïnourtil en iy3o. I.c Roi noininc flver éloçe avec Tho-
maaias et Halier dans soa ccril JJe la Littérature «Umunde ((. Yll, p. 1 1 S et 1 19);