‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 23 sur 97 · DÉTABLIR OU D'ABROGER LES LOIS · texte numérisé non relu

DÉTABLIR OU D'ABROGER LES LOIS

re^org;e de biens et nage dans le sap^o; Fautre, abandonné de la lui luue, manque même du nécessaire. Qu'un nialheurciix dérobe, pour vivjc, quel({ucs pîstoles, une montre d'or «ri p.ii tilles bagatelles h un homme que sa jnat^nificence empîclie de s'apercevoir de cette perte, faut -il (|ue ce misérable soit dévoué à la mort? L'humanité n'exJge- L-elle pas qu'on adoucisse cette extrême ri^eur? 11 parait bien que les riches ont (ait cette loi; les pauvres ne aéraient-ils pas en droit de dire : «Que n'a-t-on de la commisération de notre état déplorable? Si vous étiez charitables, si vous éties humains, vous nous secourriez dans nos misères, et nous ne vous volerions pas. Parlez : est- il juste ^e toutes les félicités de ce monde soient pour vous, et que toutes les infortunes nous accablent?»

La jurisprudence prussienne a trouvé un tempérament entre le relâchement de celle d'Eg^^pte et la sévérité de celle de France : les lois ne punissent point de mort le vol simple; elles se contentent de condamner le coupable à certain temps de prison. Petit -être ferait- ou mieux encore d'inti'odutre la I 1 du talion qui soLscrvail chez- les Juifs, par laquelle le voleur était oblige de restituer le double de ce qu'il a^ ait dérobé, ou de se constituer l'esclave de celui dont il avait saisi le bien* Si l'on se contente de punir légèrement les petites £iutes, on réserve les derniers supplices aux brigands, aux- meurtriers, aux assassins, de sorte que la punition marche toujours de pair avec le crime.

Aucune loi ne révolte plus Thumanité que le droit de vie et de mort que les pères avaient sur leurs enfants à Sparte et à Rome. £n Grèce, un père qui se trouvait trop pauvre pour fournir aux besoins d*one fSunille nombreuse faisait périr les eniants qui lui naissaient de trop ; à Sparte et à Rome, qu'un enfSmt vtnt au monde mal conformé, cela autorisait sufKlsamnient le père à lui ùter la vie. Nous sentons toute la buibarie de ces lois, à cause que ce ne sont pas Tes nôtres; mais examinons un moment si nous n'en avons pas d'au8^^ injustes.

N'y a-t-il point quelque chose de bien dur dans la façon dont nous punissons les avortj'uients? A Dieu ne plaise que j'excuse l'action aUreuse de ces Médées qui , cruelles à elles-mêmes et a la voix du sang, étouHent la race future, si j'ose m'exprimer ainsi,

jQ. DISSERTATION SDR LES RAISONS

sans lui laisser le temps de voir le jour! Mais que le lecteur se

dépouille de tous les préjugés de la eouhimc. et qu'il daigne prêter quelque attention aux réflexions que je vais lui présenter.

Les lois n'attachent -elles pas un degré d'infamie aux couches clandestines? Une fille née avec un tempérament trop tendre, trompée par les promesses d'un débauché, ne se trouve -t -elle pas, par les suites de sa crédulité, dans le cas d'opter entre la perte de son honneur ou celle du fruit malheureux qu'elle a conçu? N'est-ce pas la faute des lois de la mettre dans une âtua« tion aussi violente? £t la sévérité des juges ne prive- 1- elle pas FÉtat de deux sujets à la fois, de Tavorton qui a péri, et de U mere, qui pourrait réparer abondamment eette perte par une propagation légitime? On dit à cela qu*il y a des maisons d'enfants trouvés. Je sais qu'elles sauvent la vie à une infinité de bâtards; mais ne vaudrait- il pas mieux trancher le mal par ses racines, et conserver tant de pauvres créatures qui périssent misé-

Cioéron, rablement, en aboDssant les flétrissures attachées aux suites d*un * amour imprudent et volage?

Cicërou, Mais rien de plus cruel que la question. Les Romains la donnaient à leurs esclaves, qu'ils reirardaient coionie une espèce de hétail domestique : jamais aucun ( lU»yen ne la recevait.

Tia question se doiuie en Allemagne aux malfaiteurs, après qu'ils sont convaincus, afin d'arracher de leur propre honche l'aveu de leurs crimes; elle se donne en France pour avérer le lait ou pour découvrir les complices. Autrefois les Anglais avaient Rapia Tordéal , ou l'épreuve par le feu ^ et par l'eau ; 9 ils ont à présent

Thojrcs. espèce de question moins dure que rordinaire, mais qui re* vient à peu près à la même chose.

Qu'on me le pardonne, ^1 je me vécin» contre la question : j*ose prendre le parti de l'humanité contre un usage honteux à des chrétiens et à des peuples policés, et, j'ose ajouter, contre un usage aussi cruel qu'inutile.

« NouK uc savous à t^uoi ne rapporte cette citatioa imparfaite. > L'«rdéal par le fcn : od mettait cnAre !«• mtàm VmtmU «n moracan de fer ardait; s'il était aiaes heafenx pour ne «e point brûler, il était aiMlMM, ftoott,

on le punissait comme coupable.

M L'ordéal par l'eau : on Jiail le coupable et on le jatait dans l'eau; s'il sur» nageait, il éuil absous.

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