‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 32 sur 97 · V. DISCOURS · texte numérisé non relu

V. DISCOURS

soler ces hommes durs qui ne compatissent jamais aux miskes publiques, et à faire sentir quelque mal k ceux qui en font tous

les jours. — Ah! monsieur, je vous demande grâce, lui dis -je, pour le genre humain; ne pensez pas qu'il soit aussi pervers que vous vous le figurez. 11 est vrai, le vice couvre la terre, mais rinfeclion n'est pas générale; ne croyez pas que la prospérité soit incompatible avec la vertu; du moins distinguez ... — Je ne distingue rien, repartit -il, tous les hommes sont mauvais, done je puis tous les attaquer en bonne conscience. — Vous ne l'avez pas délicate, dis-je, h ce qu'il paraît. — Et qui me nourrirait? reprit Tautre; quand j'ai faim, de quoi vivrai -je? Car enfin, de nos jours, il fkut faire figure, ou l'on est méprisé; personne ne paye mon silence, mais on paye chèrement mes ouvrages, et je ne travaille que sur le cœur de iîiomme. ~ Quelle chute, m*écriaije, pour un souverain si despotique, pour ce censeur si craint et si redouté , pour ee juge suprême de tous les grands de la tene! Quoi ! Grésus au milieu de ses trésors est à ]*aumdne! . . . — Trêve de badinerie; ma royauté ne me nourrit qu'à mesure que j'en fais les fonctions; je suis, il est vrai, plus absolu que les rois; ils sont les esclaves des lois, ils* ne peuvent punir ou récompenser tjue selon qu'elles le permettent, ils ne peuvent i ien jioiir la gloire, ils ne la donnent ni ne l'otent; au lieu que je me rends l'arbitre de l'opinion du public, et que, par fasceudant que j'ai pris sur lui, il se forme l'idée des personnes selon que je les lui peins, et, de même que les rois, je reçois des subsides que la méchanceté des uns me paye pour révéler- la turpitude des autres; cela fait que je taxe les seigneurs et les princes, ils sont mes esclaves, je vends leur nom plus ou moins cher, seTon que je trouve des difficultés à ravaler leur mérite; je mets à contribution la haine et l'envie; je ne me home pas aux particuliers, le trône n*a rien qui m*efi&aye; tel que vous me voyez, sans trésors et sans troupes, je déclare la guerre aux rois et les attaque, quelque puissants qu'ils soient. — En vérité, vous risquez, beaucoup, lui dis-je; la guerre a ses hasards, et vous pourriez un jour essuyer de ces revers que les plus grands capitaines ont éprouvés, être battu à plate couture. — Trêve (ie plaisanterie, reprit -il; ces princes, ces monarques ne savent pas se servir de mes armes; à peine peuvent- ils signer

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