‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 33 sur 97 · SUR L£S LIBELLES · texte numérisé non relu

SUR L£S LIBELLES

km nom; s'ils voulaient se battre à coups cle plume, vous verriez beau jeu, leurs éerits seraient rebutés, et Ton ajoute foi aux miens^ Ce qui me rend redoutable, c'est que je suis le précepteur du public; je dirige ce que je veux qu'fl pense. — Biais, lui dis-je, les souverains n auraient pas besoin de se servir de la plume . . .

— Tout Leau, reprit- il, je crois que vous allez sur mes brisées.

— Dieu m'en p^arde, lui dis-je, ninn>icur, si ce n'est peut-être que qunlqHe vertu ne votis soit é( happée, comme aux corps des saints, qui opère sur moi. Mais iioiu* en revenir à notre Mijet, apprenez - moi , de grâce, comment vons parvenez à décrier ceux sur lesquels la médisance n'a point de prise. — N'ai -je pas de l'imagination? repartit mon homme; est -il plus difficile de £aire une satire qu'un roman? qu'en coùte-t-îl de composer des anee-^ dotes secrètes, de fabriquer des histoires qui aient de la vraisemblance? Car le degré de probabilité qu'on a l'art de donner aux eontes qu'on publie est précisément ce qui les accrédite le plus; et après tout, est- il si dii&cile de donner des ridicules aux bommes?

Il était sur le point de me révéler tous ses secrets, lorsque je ne pus m'empâcber de lui dire que je me trouvais très-beureux que- la fortune ne m'eût pas élevé dans un rang oii j'eusse risqué de tomber sous ses mains, et que je bénissais le ciel de ma médiocrité, qui ne me rendait pas assez important pour être produit par lui aux jetix du public. Je ne puis vous dissimuler, a joiUai-je, qu'en votre place je craindrais ces hommes priissants qui ont les bras si lon^s, qu'ils atteignent partout, d'autant plus que, comme vous affectez un gouvernement tyranniquc, il me paraît que vous vous prépai-ez la destinée des tyrans. Sur quoi notre personnage entra dans un héroïque et noble enthousiasme, et me fit sentir qu'il n'y avait rien de plus illustre ni de plus courageux que de risquer les entreprises hardies, que l'on ne payait point les personnes qui marchent dans les rues, mais bien celles qui dansent sur la corde, et que ce n'était qu'en formant des projets difficiles et hasardeux que l'on fidsait passer son nox|i à l'immortalité; il m'étala avec faste les sentiments de fermeté et de constance de son flme. Ont, ajouta-t-il, je m'exposerais gaiement au plus cruel martyre pour soutenir mon ind^endance, .

58 V. DISCÛU&S SUA L£S LIBELLES.

ma libtfté, mm droiu, el la latitfiMstHm Htérienn qae ja tnmre k glosir suv toma la tane. ^ G'atI hka danmage, lui dic-je, qna vonaMe soyez paa yeun au mamà% ckirani las ptamitm ékàn da rÉgliae; Yotre iiobb aurait éclaté ditraiift las panécutîaiia, i serak à présanft danê la légenda, et sans .doute que votre fête serait ehômée. Mais je crains bien qu'il n'en arrive tout aulrenioul que vous ne pense/,, et qu'api*ès avcnr un Leiii|)fi servi d'iosfiiiiiienl ajix vengeanees sourdes d'illuslrcs envieux, vous ne iinissie^ tragiquement, sans gagner pour votre nom la célébrité que vous attende/,.

Il aiiuil iHc l'épondie, lorsque quelqu'un qui avait entendu la iiu de notre conversatioa s'approcha de nous, et g*aviaa de lui conter siebamaat at avec assez d'Indiscrétion la famattse bistoiie de ia .caga da finr ou., dit* on, Louis XIV fit eniurmar on dcelamaleur da ce gonoe qui avait esaicé son talent contre ce prinoe. Noive komiua dît qu'il régnait toutas les années des fièvres na- Ugoes au paioteiiips, mats que tout le monda mourait pas; que les grands ne connaissaient point la valeur des bons-mats; que ce siècle était très** difficile » et quille devenait toiyours davantage; que Ton fiiisait trop peu da cas du mérite at des talents. Maïs je m'apençua que depuis l'hisloire dé la cage da Ifar il avait ahanga de physionomie; en- eflèt, il devint rêveur et taottumci. €omme je le vis sî sombi^, je le quittai, et Tabandonnai à ses tristes réflexions. Ne peul-on pas conclure de tout cela cjue, quand niènn^ la méchanceté étoulTerait les remords, elle n'est jamais s uis appréhensions craeiles, et quune vie vertueuse est la seule tranquille?

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