DES G£OMÈTR£S SUR LA FO£SI
pas abaissé les yeux, et (jii'eii un mot vous parle/v de nos auteurs comme ceux qui font, de leur cabinet, la descripiion d'une cour où ils n'ont jamais été. La poésie, messieurs, n'ebt poiul un art d'imagiuatiou , mais d imitation :
Uf picttira po«'.sis «m it. *
Je vous l'ai dit, il faut peiaditi tous les ouvrages de la nature et les passions de l'âme, mêler la force à la douceur, instruire et plaire. C'est en quoi réussissent les poètes que la nature a doués de génie et de talent. £t si de mauvais poëtes, comme moi par exemple, ne réussissent pas, cela ne prouve rien contre Fart II conserve un caractère de beauté indélébile que mille Cbapdainsb et mille Pradonsb ne loi feront pas perdre
Apres tous les sujets de plainte que nos ennemis nous donnent, mes frères, voici un sujet de reconnaissance. Ils s*abaisscnt à nous appliquer les termes sublimes de leurs hautes sciences. lis nous honorent de celui de formules, dont nous leur rendons grâce ; c'est pour nous dire que nos formules sont insipides dans la prose. La poésie est le Jaugai^^e des dieux, et la prose celui des crocheteurs. Or, comme des laniJi^ues aussi différentes doi\eut avoir des phrases qui ie soient, je lu* \ ois pas de (juoi ils se scandalisent. Serait-ce que de certains mots couiiua na^iière, trépas, coutelas, coursier, qui sont affectés à la poésie noble, ne se trouvent point dans leurs équations? La poésie a sans doute des phrases qui se rendent différemment en prose qu'en vers. Par exemple, Voltaire dit:
Oui, Mitrane, en secret l'ordre émané du trône Remet entre tes bras Arxace à Babyione. ^
Le prosateur dira : « L'ordre en secret émané du trône, AUtrane, remet entre tes bras Arzace à Babyione.» Si nous n'avons pas eu l'honneur de les comprendre, nous les supplions de vouloir nous éelairdr leurs idées sublimes, que nous serions, sans cela, tentés de trouver obscures. La poésie a ses règles, la prose a les siennes; ce sont les lois de Sparte et d'Athènes, dont chacunes étaient adaptées au génie de la nation pour laquelle elles étaient faites.
a Jloralii Ars poelica , v. 36 1.
i> IMnnvah poètes lonrnps on ridicule par Boileau.
c Senùramis, tragédie «le V oltaircj acte 1, scène L
Peitt-étrc encore ces nouveaux législateurs ont-îls voulu nous ap-
jueiulre que la jnose a des règles tUflerentes des nôtres, < t eti ce cas MOUS les rettieicions de Ja proioiideur et de la noin eauté de la letiiaKjiie dont ils daignent nous honorer. Cependant il me souvient d'en avoir ouï |»arler- (|i!el<|ne j>art, et, si je ne nie trompe, car je ne snis pas inlaiiijble, e est un larcin que, tout c^éomètres qu'ils sont, ils ont lait à Vaugelas. * Or, je leni detnande si c'est un vice à la poésie d'être supérieure à la prose; si une cadence d*un air de trois temps sera réputée mauvaise parce qu'elle ne peut pas entrer dans un air de quatre temps. Heureusement que nous ne raisonnons pas ainsi, ou, comme on saurait bien doiu le reprocher, que nous ne sommes pas géomètres, et que nous ne savons ce que e^est que Fesprit philosophique. Pour eux, ils ont le privilège d^avancer autant de paradoxes qu'il leur plût. Tout sophisme est sanetifié par Tesprit géométrique. Voici une nouvelle découverte : ils nous avertissent que le siècle se refroidit sur Tode. En ce cas nous le réchaufferons. Cependant examinons, avant toute chose, si le fait est certain. Je vois qu*Horace et Rousseau sont entre les mains de tout le monde, et que des personnes d'esprit en font leurs délices, lis ont la réponse prêle : «Tant pis poni ecs ^^ens, diiunl-lls, ils n'ont pas l'esprit philosophique.» (^esl l'aLiégé dos eontroveises , et celle formule mène à de promptes conclusi ii-. Nos nouveaux j)édagogues nous instruisent que l'ode don être sublime d n?i bout à l'auli'e: et moi, je les supplie de lire le Traité du Sublime de Longin,^ <pi'assuréinent ils ne connaissent pas. Mais les promptes décisions ont quelque chose d'imposant qui les contente plus que des discussions de matières aussi puéi'iles. Si cependant nous osions les instruire à notre tour, nous prendrions la liberté de leur appitndre en toute humilité qu'il y a plus d'un genre diodes. 11 y en a de pindariques, oti l'on fait entrei' autant de pensées sublimes que Ton peut; il y en a de moins élevées qui ne manquent pas d'agré-
• Clande Favrc de VaugdM, né à Bourg > en -BccMe m i$$ô, grammaîricû célèbre , traducteur He Quinte - Curec» el, jusqu'à sa mort, arrivée en t65o, on drs piin( FC(\nctears iiu Dictionnaire ih tAcodâme/rançoise, donilapre»
micre édition parut rn
*» Traite du ^Subiune au du MervetHctut dans le discours, traduU du grec de ItOngin par BoiUttti.