D£S G£OM£TR£S SUR LA PO£SI
ment; en un mot, chez nous le style doit se proportionner au sujet : nous enflons toutes les voiles de rdoqucnce ipiand il iauL dépeindtc Jupiter ioiidroyant les Titans; nous diminuons de ton, s'il s'agit d'Apollon qui poursuit Daplnié. et nous le rabaissons encore d'un carat, s'il faut chanter I histoire d Argus. Quel effort de modestie! Nos despotes curvilignes avouent qu'ils ne savent ce que c'est que le beau désordre de Tode ; et j'ose conclure de là que ie resit de leurs connaissances poétiques ne sont pas plus, étendues. Pour leur expliquer cependant ce que c*est que ce désordre de Tode, ils permettront qu*on leur apprenne qu'àuteefois Apollon rendait des oracles par le ministère 4*nne prêtresse, ou pythonisse. Elle entrait en fureur, et proférait les paroles sacrées avec enthousiasme. On suppose donc que le poëte ressent une inspiration toute pareille; l'esprit alors transporté avec rapidité passe des idées intermédiaires ([ni servent à la liaison du discours commun et auxquelles un lecteur sensé supplée facilement, et lenthousiasme le pousse aux objets les plus frappants, négligeant le reste comme des bagatelles qui ne mènent pas directement au fait Ainsi ses paroles se précipitent pour ne dire que de grandes choses; ces coups de force ne peuvent pas se soutenir à la longue; les poëtes judicieux les lancent comme des traits de lumière, pour rabaisser ensuite de ton , par la raison que tout ce qui est de la grande vivacité doit être court, comme le sont les plaisirs les plus sensibles de Thumamté.
Oserions-nous demander ce (jue dirait de ce raisonnement uu écolier de logique : «Il a paru de mauvaises odes, donc le siècle s'est dégoûté des odes. .. Ne verrait-il pas que le »=iècle se dégoûte des mauvaises odes, mais non pas du genre? Enlin, nos législateurs se déclarant, ils publient leurs lois, nous leur en faisons des lemercSments. Apparemment que Racine, Boileau et Voltaire faisaient des vers sans règles, et qu'il en fallait établir pour l'avenir; mais ils ne disent rien que fou ignore, et peut- être permettrontils qu'on leur fasse comprendre le sens de certaines choses qu'apparemment ils ne se sont pas donné le temps de débrouiller. On veut que le vers soit aussi naturel et aussi exact grammatiealement que la prose ne pourrait s'exprimer mieux. C'est le grand mérite de Racine, et qui fera durer sa réputation tant que lu
lanis^e française ne se corrompra pas; mais ce n^est pas à dire qu'il n'y ait des exceptions pour la poésie, et (jiiil iaille absolument la juger comme de la prose. L ellipse est une beauté en vers ; Racine a bien dit : ^
Je Taiinais inconstant; qu'aurais -je fait fidèle?
C'est dans un moment de passion qu'Hermione s'exprime aînti. £n prose il faut nécessairement : «s'il eût été fidèle.» Donc, en jugeant Racine sur les régies des despotes, ce vers ne vaudrait rien« J*en conclus donc que des lois qui ne sont pas justes ne valent rien; et si je conclus mal, vous verrez que c*est pour n*avoir point Fesprit philosophique.
On donande d*un poëte delà justesse dans les pensées, une élégance harmonieuse et continue, de Tordre et de la liaison dans les idées, un ton proportionné au sujet qu'il traite, des grâces, de l'aboi ulance et de la variété, surtout l'art de plaire. Tout cela sont des dons de la nature qu on appelle génie et talent, qui se perfectionnent par l'étude des bons auteurs, et se raffinent par le goût. Nous osons répondre que ceux qui seront doués de ces faveurs divines n'auront pas besoin d'un privilège de nos despotes pour trouver des lecteurs et des admirateurs. Ces talents vraiment divins sont si rares chez toutes les nations policées et dans tous les âges, que les noms de ceux qui les ont possédés ne parviendront jamais à charger la mémoire des amateurs. Peut-être nous serait -il permis d*avaneer que les géomètres ont été plus communs, parce qu'avec de l'application et un calcul tout mécanique, cave des courbes qui \ euL Mais nous nous abstiendrons d'avancer une assertion aussi téméraire, hcréti(|Me et e ntant l'hérésie; nous nous contentons d'assurer que la pot sie exige le plus grand génie, joint à une imagination vaste, mais réglée.
Je commençais à trembler en voyant les nouvelles règles des géomètres législateurs de la poésie, et je ne craignais pas sans raison qu'il ne leur prit fantaisie de supprimer la rime et d'établir à sa place des chiffiws au bout des vers, en valeur de certain nombre de syllabes. Cela les aurait peut-être réconciliés avee la poésie, et ils auraient acquis des droits légitimes sur les vers qu'ils se seraient assujettis par. les nombres et les calculs. Mais,
a Andromaque, acte IV, scène V. Le Roi altère légèremeot le texte.
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