DES GÉOMÈTRES SUR LA POÉSIE
henfensement pour nous, cette \âée ne lêwr est pas venue; îls ont la giàcc d'approuviM" la rinic cl de. la trouver mèine nécessaire k la versification ir.iiiyaise. Nous sonimi - Jiiiinilié<; de ce qu'ils promulguent leurs lois si sècheuient sans les nioli\ ci". Nous (levions nou? flatter qu'ils auraient eni|»lov('' leur espiil philosophique à exaniincr si c est ia rime ou le ini'f i e (jui i cudent nos s^rands vers monotones. S'il y a quelque chose qui peine à la longue dans ia lecture de ces vers, c'est le retour perpétuel de ia même cadence, inconvénient auquel il serait facile d'obvier par le mélange de diCférents mètres. Nous pensions que nos pédagogues auraient fait quelque réflexion physique prise des sens par rapport à la rime, qu'ils auraient justifié le sentiment du plus grand poSte de nos jours* Le peintre et le sculpteur doivent travaiUer pour les yeux, le poëte et le musicien, pour les omOes; chaque artiste est adressé au tribunal du sens pour lequel U travaille. C'est donc aux oreilles^ et non aux yeux à juger de la rime. Mais des géo* mètres qui prostitueraient leur génie à ces détails croiraient employer la massue d'Hercule pour écraser des cîron*. Ces mêmes géomètres prétendent bannir la poésie de la musique et la leuiplacer par une prose cadencée. ISou> avons lieu de croire qu'ils étaient en exlasc de l'harmonie des sphères célestes tjuaud cette pensée leur est échapj»ée. Ce a est pas de la jH ose qu il faut à la musique, mais, s'il faut le dire, des vers dont les rimes soient toutes masculines; nous qui n'imposons pas des lois en despotes, nous sommes obligés de rendre raison de nos opinions. Voici les miennes. Dans la déclamation, l'e muet ne choque point l'oreille, parce que la langue française n'appuie pas sur la dernière syllabe. It n'en est pas ainsi de la musique; la note jointe sur la dernière syllabe oblige d'appuyer, et cette espèce de tenue rend Ve muet, qui de soi* même est sourd, désagréable et choquant
Nos géomètres nous ramènent pour la seconde fois leur vieillard tm la scène. Comme il paraît que c'est leur argument favori , examinons*le attentivement, et voyons si en e£fet il peut prouver contre la poésie. Pour prouver que la poésie n'est qu'un amusement frivole, il faudrait que dans tout l'univers, à un certain âge de raison, tout le monde se dégoûtât de la poésie, comme les enlants, des poupées, sans que des choses étrangères s'en piê-
lassent; mais qu*il y ait à Paris quelque vidilard qui radote, qu*îl yen ait de misaothropes, hypocondres, malades, paralytiques, apoplectiques, que cela prouve- t-il, sinon qu*un vieillard malade
et chagrin n'est plus susceptible des plaisirs dont il jouissait dans
sa jeimesse? Qu'un Pascal, (|u'un Malebranche n'aient pas aimé la poésie, et que ces deux grands hommes d'ailleurs en aient jugé cùuime des imbéciles, cela prouve qu'on parle de travers de ce qu'on ne connaît pas, et c'est unf grande letton pour le vulgaire et pour les philosophes mêmes de s'instruire avant de décider. Nous consentons donc de bon cœur que tous les vieillards qui ont les ressorts de Tâme usés ne lisent plus de vers, et qu'ils se fassent géomètres.
Il semble que notre lé^slateur s'adoucisse quelquefois. II fait grâce à Racine; et pourquoi ne traite-t-il pas de même les bonnes pièces de Corneille, et Boileau, ce vrai législateur du Parnasse, et Rousseau, THorace firançais? D semble que La Fontaine remporte sur les autres; mais voici ce qui démasque encore les funestes intentions des géomètres. Après nous avoir donné selon leur style des lois rigoureuses, ils s'avisent ici de nous présenter pour modèles les aimables négligences de La Fontaine. La dialectique des algébristes est en vérité incompréhensible pour nous autres pauvres poètes, qui nous contentons de raisonner selon le& règles ordinaires de la logique. Mais rapportons leurs propres paroles :
«L'esprit exige que le poëte lui plaise toujours, ei il veut ce- « pendant des repos; c'est ce qu'il trouve dans La Fontaine, dont «la négligence même a ses charmes, et d'autant plus grands, que «son sujet la demandait.» Ainsi les géomètres se reposent dans la négligence des poètes, et il y a des sujets qui demandent des poëtes négligents. Voilà des jugements de philosophes. Il est clair que ces gens se moquent de nous, et qu'ils ne veulent dominer au Parnasse que pour y mettre tout en combustion et en désordre. S'ils s'ennuient de VirgUe, c'est pour le décrier, et pour insinuer que sa réputation ne subsiste que par un préjugé d'école; s'ils louent le Tasse, la raison en est qu'après avoir abattu Virgile, il ne faut que deux coups de plume pour découvrir les absurdités du Tasse et pour le perdre à son tour; et quand il n*y aura phis