DES GEOMETRES SUR LA POESIE
de poème 4 le pubUe s'amiuera avec des eourbes de toutes le^ espèces. Les dames calculeront les préoessions équlnoxiaies à leur toilette. Les propos de raelles Fouleront sur les angles d'incidence et de reflexion, sur les secdons eoniipies, et sur toute Talgèbre de Tunivers. J*ose cependant avertir nos législateurs curvilignes que cet heureux temps n'arrivera pas, ou que, s*U arrive, il ne durera guère. Citoyens de l'Empyrée, ils ne connaissent pas les hommes; ce serait ieui' rendre un triple sei\icc que de les détromper de la poésie et de leurs plaisirs, ne fussent-ils (ju'errreur et (ju'illusions , et de les priver d'un art ch u iuant qui adoucit leui's mœurs, console, élève l'esprit, et les aiuuse.
Au reste, nous ne prétendons pas que tout le monde ait le même goût; nous ne forçons pas ceux qui aiment la poésie à lire préférablement un auteur à un autre ; mais nous pensons qu'il est injuste qu'on fasse de ses goûts des lois générales pour le puLlic.
O mes frères en Apollon! c'est à présent à vous que je m'adresse, après vous avoir découvert les toturs rusés et falla* deux dont nos ennemis se servent pour nous perdre. Vous voyez que ces géomètres portent la guerre dans nos États, qu'ils veulent nous enlever la province de la mythologie. Préparons -nous à temps à nous défendre, et comme les Romains réussirent par la diversion de Scipion à transporter la guerre d'Annihal sur les terres de Garthage, faites- en de même, portez la guerre sur le terrain de Tennemi. On nous accuse que nous nous parons des plumes de la mythologie. Prouvez - leur que leur Newton est un plagiaire qui a pris son calcul du jiiuu\ement des planètes de Huyghens, stui attraction des vertus plastiques ou vertus occultes (les platoniciens, qui a pris le vide d'Epicure, et a donné de l'exisLeiiee au rien, et. ce qui pis est, qui a calculé le rien. Voici comment. Toutes les planètes nagent dans le vide; or, la distance qu'il y a d'une planète à l'autre est calculée; par exemple, on compte trois millions de lieues d'ici à Jupiter. Voilà donc trois millions de riens calculés; or, ce qu'on calcule existe; donc le rien ne peut pas exister. C'est en les attaquant que vous les réduirez à vous of&ir la paix, et les conditions seront que désormais personne ne parlera que de ce qu'il entend hien, et qu'on
74 VI. RÉFLEXIONS SUR LES RÉFLEXlOiNS.
se gardera de donner des règles sur ks arts sans en avoir étudié la matière; que les architectes ne commenceront point par bâtir les toits des maisons, mais par en jeter les fondements; et qu'on étudiera rhistoire selon la chronologie, et non à rebours. Pour
moi, je vous déclare que, tout vieillai'd que je suis, j'aime aussi passionnément la poésie que dans ma jeunesse, et je prie Apollon qu'il me fasse, par sa grâce eiJicace, persévérer dans la foi orthodoxe et \ raimeut poétique qu'IlMinère nous a enscii^née, (jue Virgile a étendue, quliorace a expliquée et commenlée, dont le Tasse, Pétrarque, TArioste, Miiton, Boileau, Racine, Corneille, Voltaire, Pope, ont été les apôtres, et qui, par une tradition non interrompue, est parvenue à nous, dans laquelle je veux vivre et mourir, afin qu'après ma mort mon âme puisse se joindre à cette troupe d^esprits subUmes et bienheureux^ dans TÉlysée qu'ils habitent