‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 42 sur 97 · DE L. ACADÉMIE DES NOBLES A BERLIN · texte numérisé non relu

DE L. ACADÉMIE DES NOBLES A BERLIN

temps des Médicu, au haut point de perfection ou Ils parvinrent

sous Louis XIV, et il finira par les peraonnes les plus oélëbres qui les cultivent de nos jours.

Le professeur d lustoire et de géogi ajdiie a composera un abrégé de l'histoire ancienne de Hollin; il tâchera de leur bien imprimer les grandes époques et le nom des hommes les plus fameux. 11 pourra se servir d'Echard pour l'histoire romaine, et d'un abrégé du père Barre pour Thistoire de l'Empire; cependant il doit élaguer soigneusement les petits détails. Proprement l'étude de l'histoire ne doit s*étendre que depuis Charles «Quint jusqu'à DOS jours; ces fidts intéressants tiennent à nos jours, et il n*est pas permis à un jeune homme qui veut entrer dans le monde d'ignorer des événements qui sont liés à la chaîne des affaires eourantes de l'Europe et la forment. Il ne suffît pas que le professeur enseigne l'histoire; il faut chaque jour, la le<,oa iifde, qu il y ajoute une demi-heure puai interroger les jeunes gens sur le point d'histoire (ju'il a traité, jiar où il fera accoucher leur esprit de réllexions soit morales, soit politiques, soit pliilosophiques ; ce qui sera plus utile pour eux que tout ce qu'ils auront appris. Par exemple , sur les différentes superstitions des peuples : «Croyez - vous que Curtius, en sautant dans cet abîme qui s'était «fonné k Rome, le fit fermer? Vous voyez que cela n*arrive pas «de nos jours; ce qui doit bien vous faire voir que ce conte n'est «qu'une fable ancienne.» Après Thistoire des Décius, le maître a une occasion toute trouvée d'embraser dans le cœur des élèves cet ardent amour de la patrie, |)rincipe fécond en actions héroïques. S'il s'agit de César, ne peut-il pas interroger la jeunesse sur ce qu'ils pensent de l'action de ce citoyen, qui opprima la patrie? Est- il question des croisades, elles fournissent un beau sujet pour déclamer contre la superstition. Leur raconte -t- on le massacre de la Saint -Barthélémy, on leur inspire de l'horreur pour le fanatisme. Leur parle -t- on d'un Cincinnatus, d'un Scipion, d'un Paul -Emile, on leur fait sentir que la vertu de ces grands hommes a été la source de leurs belles actions, et que sans vertu il fk'y a ni gloire ni véi'itable grandeur. Ainsi Thistoire fournit des exemples de tout J'indique la méthode, mais je n'épuise

* U. Wc^udia.

8o VIL UXSTRUCTIOM POUK LA DlKKCIiQN

pas la matim; un professeur intelligent en aura assez pour dirifer son travail, par ce qu'on vient d*en dire.» Le même profes* seur, en traitant la géographie « commencera par les quatre parties du monde. Le nom des grands peuples suffit pour FAsie, TAfirique

et l'Amérique. f/Europe demande une conDaissanrr |»lus exacte. L'Allemagne étaiit la patrie de la jeunesse (ju il élève, le professeur entrera dans de plus grands détails des souveiaiiis qui la gouverjieuL, des rivières cjui la traversent, des capitales de elun^ne province, des villes impériales, etc. 11 pouira se servir de iiiibaei* pour cette partie de ses leçons.

Le professeur en métaph^'siqueb conunencera par un petit cours de morale. Il doit partir du principe que la vertu est utile et très-utile à celui qui la pratique; il lui sera facile de démontrer que sans vertu la société ne saurait subsister; il définira le comble de la vertu par le plus parfait désintéressement, dénntéressnnent qui foit qu*on préfère son bonneor à son intérêt, le bien général à l'avantage .'particulier, et le salut de la patrie à sa propie vie. 11 entrera dans Texamen de Fambition bien ou mal entendue; il montrera que Fambition honnête, ou Fémnlation, est la vertu des grandes âmes; que c*est le ressort qui pousse aux belles actions, et qui fait tout entreprendre aux hommes obscurs pour que leur nom soil regu au temple de Mémoire; (juc ricii n est plus contraire à d'aussi beaux sentiments et n'a> ilit j)lus qut! 1 1 uvie et la basse jalousie. Il ineulqueia suiloul à lajeufjrsse que s'il y a un sentimenl inné dans le etJL'ur de l'homme, o esL celui du juste et de l injuste. Surtout il tâchera de faire de ses élèves des enthousiastes de la vertu.

Le oom*s de métaphysique conunencera par fhistoire des opinions des hommes, en les prenant depuis les péripatéticiens, épi» curiens, stoïciens, académiciens, jusquà nos jours, et le professeur leur expliquera en détail Fopinion de chaque secte, en se servant des articles de Bayle, des lïueukmeê et du traité De natwn deorum de Gcéron, traduits en français; de là il passera k Des Cartes, Leibniz, Malebranche, et enfin Locke, qui, se guidant

« Le Hui parle aussi de la manière d'enseigner l'histoire i. p. 4' » >00, loi , iu8 et il 4— 117» et ci -dessus, p. 3^. M. Sulxer.

DE L'ACADKMIË D£S NOfiL£S A BËRLIN. âi

par l'expérience, 8*avanee dans ces ténèbres autant que ce fi] le

conduit, et s'arrête au bord des abîmes impénétrables à la raison. C'est donc à Locke priiicipaleinent que le juaitie doit s'amUer. Cependant, après chaque leçon il duunera encore une demi-heure à la jeunesse, qui, ayant déjà fait sa logique et sa rhétorique, est toute préparée aux exercices qu'on exigera d'elle.

Le professeur dira donc à un de ces jeunes gens d'attaquer le système de Zenon et à un autre de le défendre, et il en usera de même sur chaque système; après quoi il résumera ce que les élèves auront dit, et leur fera remarquer la faiblesse de leur attaque ou de leur défense, en suppléant aux raisons qu'ils n'ont point alléguées, ou aux conséquences qu'ils ont négligé de tirer des principes. Ces sortes de disputes se feront sans préparation, premièrement, pour obliger la jeunesse à être attentive aux leçons, en set uiiil li( n, pour les ol)lii;cr à penser à ce qu'ils auront à dire, et eti troisième lieu, potn- les accoutumer à palier promptenient sur toutes sortes de matières.

Vient le professeur de mathématiques. Le sieur Sulzer<^ conçoit qu'on n'a pas intention d'élever des Bernoullis ni des Newtons. La trigonométrie et la partie de la fortiûcation sont celles qui peuvent être les plus utiles à la jeunesse qu'il élève, et auxquelles il mettra sa principale application, ainsi qu'à ce qui peut y influer. 11 fera cependant un cours d'astronomie, en par^ courant tous les systèmes différents jusqu'à celui de Newton, en traitant cette matière plus historiquerorat qu'en géomètre. U y ajoutera de même quelques principes de mécanique, sans cependant trop approfondir la rnatièi*e, faisant attention surtout à. rectifier le jugement de la jeunesse et à faccoutumer le plus qu'il pourra à combiner des idées et à saisir facilement les dliféituts rapports que les vérités ont les unes avec les autres.

Le professeur en droit b se servira de Hugo Grotius pour en extraire ses leçons; on ne prétend point qu'il fonne des juriscon-

> M. Soltcr fut d'ob ord dési<^ne pour enseigner lei madlCIBAtiqucs ; mais

avant m^me que les élèves lussent réunis, on le chargea des cours de niétaphysiqtie et de morale, et ce lut M. de Castillan lits qui tut chargé des 16(006 de mathématiques. Voyez Thiébault, Le, p. iSs.

^ M. Stoteh.

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