A L USA6£ DE LA JEUNE NOBLESSE
Réponse. Tuer tin homme est pour le mort un riioindrc mal que de le dlfiamer : l'assassiner avec le poignard ou avec la langue, c'est la même chose.
Demande. Vous ne calomniei^ez donc personne. Cependant, sans être assassin, il peut arriver que vous tuiez quelqu'un, non que je vous soupçonne de commettre un meuitiv de sang-£roid; mais si quelqu'un de vos égaux se déclare votre ennemi et vous persécute, si quelque brutal vous insulte et vous déshonore, la colère vous emportera, et la douceur de la vengeance vous incitera k commettre quelque action violente.
RipONSB. Gela ne se devrait pas, mais je «uis homme; né avec des passions vives, j'aurais sans doute un fort combat à livrer pour réprimer la premit*re impulsion de la colère; je devrais toutefois la vaincre. C'est aux lois à Nenger les offenses que reçoivent les particuliers; aucun individu n"a le droit de punir ceux qui l'outragent; mais si par malheur un premier mouvement l'emportait sur ma raison, j'en aurais des regrets pour la \ïe.
Dkmauds. Gomment concilierez -vous cette conduite, étant militaire, avec ce que le point d'honneur ^ge d'un homme de condition? Vous savez que malheureusement, dans tous les pays, les lois du point dlionneur sont précisément Topposé des lois civiles?
REPONSE. Je me proposerai de tenir une conduite sage et mesurée, pour ne point donner lieu à de mauvaises querelles; et si
l'on m'en suscitait sans qu'il y eût de ma faute, je serais forcé de suivre l'usage reçu, me lavant les mains de ce qui en pourrait avenir.
Dkmanoe. Puisque nous sommes sur le sujet du point d'honneur, expliquez -moi en quoi vous le faites consister.
REPONSE. Le point d'honneur consiste à éviter tout ce qui peut rendre méprisable, et il oblige à se servir de tous les moyens honnêtes qui peuvent augmenter ia réputation.
DnuNoi. Qu'est-ce qui rend un homme méprisable?
REPONSE. La débauche, la'faînéaqtîse, Fîneptie, l'ignorance, la mauvaise conduite, la poltronnerie, et tous les vices.
Demande. Qu'est - ce qui procure une.l>onne réputation ?
« Voye» t. IV, p. 180.
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io8 IX. DIALOGUE DE MORALE
Réponse. L'intégrité, des procédés honnêtes, des connaissances, de rapplîcatîon, de la vigilance, la valeor, les belles actions civiles et militaires, en un mot, tout ce qui élève un
homme au-dessus des faiblesses hiirn iiiics.
Demande. A propos de faihlessis luimaines, vous êtes jeune et dans l'ajje où les passions sont les plus vives. Si vous résistez à la ciipitiité, à l'ambition désordonnée, à la vengeance, il me semble de vous voir sn('('ond)er aiix attraits d'un sexe enchanteur, qui blesse en séduisant , et pousse les ti'aits empoisonnés si profondément au cœur, qu'ils égarent la raison. Ah! que je plains d'avance le mari dont la femme vous aura suhjugaé! Qu'en pensez-vous?
Réponsb. Je suis jeune et fragile, je l'avoue; cependant je connais mes devoirs, et il me semble que, sans troubler le repos des familles et sans employer la violence, un jeune homme peut apaiser ses passions par des moyens plus innocents.
Demande. Je vous entends. Vous faites allunon au mot de Porcins Gaton, qui, voyant sortir quelque jeune patricien de chez une fille de joie, s'écria qu'il s'en réjouissait, parce qu'il ne troublerait point le repos des familles en agissant ainsi. Cependant cet expédient est sujet à d'étranges inconvénients, et séduire des lllles ....
Hn'ONSK. Je n'en séduirai point, parce que je ne veux ni tromper personne ni me parjtirer. Tromper est d'un malhonnête homme, se parjurer est d'un scélérat.
Demande. Mais quand votre intérêt l'exige?
Réponse. Un intérêt se trouverait donc contraire à l'autre; car, si je manque de parole, je n'oserai pas me plaindre si l'on m'en manque, et si je me joue du serment, je ne pourrai pas compter sur ceux qu'on me fera.
Demande. Cependant, en suivant la règle de Gaton, vous vous exposez à d'autres hasards. .
Réponse. Tout homme qui s'abandonne à ses passions est un homme perdu. Je me suis prescrit pour règle de ma vie en toutes choses : use, mais n'abuse pas.
Demande. Cela est fort sage. Mais êtes -vous sûr de ne vous jamais écarter de cette règle?
 L'USAGK DL LA J£UN£ I^OBLËSSK 109
REPONSE. Uamaur de ma conservation m'oblige à veiUer à ma
santé. Je sais que rien ne la ruine plus que les excès de l'amour; je dois donc être sur mes gardes pour ne point épuiser nies forces, pour ne point ni'atlirer de maladie lâcheuse qui rendrait ma {\o~ rissantt' jeunesse languissante, valétudinaire et misérable. J amais le cruel reproche à me faire d être fliomicide de moi-même: de sorte que si Tintérêt de la volupté m'eatraine, riatéiét de ma conservation m'arrête.
DiMANDB. Je n'ai rien à répliquer à ces raisons. Mais si vous êtes si rigide envers vous •'même, vous serez sans doute dur envers les autres?
Rkponsb. Je ne suis pas dur envers moi-même, je ne suis que sage ; je ne me reAise que les choses nuisiUes à ma santé, à ma réputation, à mon honneur, et bien loin d*étre insensible, je compatis à tous les maux de mes semblables. Je ne m'y borne pas, je tâche de les assister et de leur rendre tous les services qui dépendent de moi , soit en les secourant de mon bien dans leur indigence, soit en les conseillant dans leui's embarras, soit en découvrant leur innocence quand ou les calomnie, soit eu les recommandant lorsque j*en trouve l'occasion.
Dbhanob. Si vous donnes beaucoup en aumônes, vous épuiserez vos fonds,
RiroNSB. Je donne selon mes moyens. Cest un capital qui rapporte au centuple par le sensible plaisir que Ton éprouve en soulageant un malheureux.
Dbmanoe. Mais on risque plus quand on se rend le défenseur des opprimés.
Réponse. Verrai -je liiiaocence ])ersécnlée sans l'assister? Moi, sachant et pouvant ser\jr de léiiKiin contre la fausseté de l accusatioii, je trahirais la vérité, pouvant la faire connaître, et je manquerais à tous les devoiis de rhonnête homme par inscufiibilité ou par faiblesse !
Demakob. Cependant, vu comme le monde va, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.
RipoNSB. Pour rordinaire, e^est la manière dure de dire la vérité qui la rend odieuse; mais en l'annonçant modestement et sans fiiste, il est rare qu'elle soit mal reçue. Enfin j'éprouve le
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