IX. DIALOGUE DE MOiiALE
besoin d'être assisté et d^adu; de qui pourrai -je exiger de pareils services, si je ne m*en acquitte pas moi -même?
Demande. En servant les hommes, on n'oblige souvent que des ingrats; que vous reviendra -t -il de vos peines?
Réponse. Il est beau de ùàxt des ingrats ; il est infilme de TêCic.
Demande. La recimnaissanee est un poids bien pesant, et souvent insupportable; on ne s'acquitte jamais d'un bienfait. Ne trouvez -vous pas qu'il est dur de le porter toute sa vie?
Rki'onse. Non, parce ()ue. ce souvenir me rappelle sans cesse les belles actions de mes aiiiis; U mémoire de letirs nobles procédés est longue dans mon esprll: je n'ai la niinniire courte que sur le suji-t. des oifcnses. Il n'est puitit de \ert.u sans rceonii,ii>>sance; elle est l'âme de Taniitié, de la plus (iouce consolation de la vie. C'est elle qui nous lie à nos parents, à noti-e patrie, à nos bienfaiteurs, ^^on, je n'oublierai jamais la société qui m'a vu naître, le sein qui m'a allaité, le père qui m'a élevé, le sage qui m'a instruit, la langue qui m'a défendu, le bras qui m'a assisté.
Demande. J*avoue que les services qu'on vous a rendus vous ont été utiles; mais quel intérêt propre vous oblige à la reconnaissance?
Réponse. Le plus grand de tous, cdui de me ménager des amis dans le besoin, de mériter par ma reconnaissance que des âmes bienfaisantes m'assistent, parce qu'aucun homme ne peut se passer de secours, et (|u'il faut s'en rendre digne, enfin parce
que le public abhorre les ingrats, qu'il les regarde comme les perturbateurs (les j)lus doux, liens de la société, qu ils icadenl 1 amitié dangereuse, les bons offices nui&iLles à ceux qui s'en acquittent, parce qu'enfin ils rendent le mal pour le bien. Il faut avoir un cœur insensible, pervers, atroce, pour être ingrat. Serai -je capable d'une pareille noirceur? Me rendrai-je indigne de la société des honnêtes gens? Agirai -je contre cet instinct secret démon coeur qui me crie : Ne sois pas inférieur à tes bienfaiteurs; rendsleur, s'il se peut, au centuple les services que tu reçus de leur générosité? Ab! plutôt que la mort termine mes jours, que je ne les souille par une telle iniamie! Pour que je sois gai et content, il fiiut que je sois satisfidt de moi-même; il faut, le soir, qu'en xécapitiilimt mes actions, je trouve de quoi flatter mon amour^
A L'USAGJ:: DE LÀ JLUJNE ^OBL£SS£. 1 1 1
propre, et non de quoi le ravaler : plus je trouve en moi de traces de justice, de générosité, de noblesse, de reconnaissance, demandeur d'âme, plus je suis satisfait
Dhamdb. Biais cette reconnaissance, vous Tétendei envers la patrie; que liû devez -vous?
Réponse. Tuul, mes faibles talents , mes soins, mun ainoui', tna v ie.
Demande. 11 est vrai ijtu Tainour de la patrie a [)rotiuit en Grèce comme à Rome les plus belles acUons. C'était par ce principe, et tant les lois de Lycurgue furent observées, rpie F^acédéiiionc soutint son empire ; c'était par une suite de cet attachement inviolable pour leur pati-ie que la république romaine éleva des citoyens qui la reodirent maîtresse du monde. Mais comment eombinez-vous \otvt intérêt avec celui de votre patrie?
Réponse. Je le combine sans peine, pàrce que toute belle action encfaaine«et entrafine sa récompense à sa suite. Ce que je sacrifie de mon intérêt, je le rega^ en réputation; et la patrie, en bonne mère, se trouve même d'ailleurs obligée de récompenser les services qu ou lui rend.
Demakdb* £n quoi peuvent consister ces services?
RiroNSC Us sont innombrables. On peut être utile à sa patrie en élevant ses enfants avec les principes de bons citoyens et d'honnêtes gens, eu perfectionnant l'agriculture sur ses lcilc^, eu administiaiii la justice cquitablemeut et a\ec impartialité, en maniant les deniers publics avec désintcicsscineiit. en tàctiant d'illustrer son siècle par sa vertu ou par ses lumières, en embrassant le nicLîer des ai'mes par un pur sentiment d'iioimeur, en renonçant à la mollesse en faveur de la vigilance et de racti\ ilé, à l'intérêt en faveur de la réputation, à la vie en faveur de la gloire, en acquérant toutes les connaissances qui sont nécessaires pour réussir dans cet art si diilicile, afin de pouvoir défendre les intérêts de ma patrie au péril de mes jours. Voilà mes devoirs.
DsiiAMOB. Cest vous charger de bien des soins et des peines.
REPONSE. La patrie l'éprouve les citoyens qui lui sont inutiles , c*est un fSeurdeau qui la surcbarge. Par une convention tacite, tout membre doit contribuer au bien de la grande ikmille, qui est l'État; et comme on émonde dans les plants d*arbres les rameaux