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i46 XI. EXAMEiN DE L'ESSAI
plus noble emploi de la tociété, celui de défeadre ses coneîtoyeiu? O Scipioii, toi qui sauvas Rome des mains d*Amubal, et qui domptas Carthage; Gustave, grand Gustave, le protecteur de la liberté germanique; Turenne, le boudier et Tépéede ta patrie; Marlborough, dont le bras soutint TEurope en éfinilibit* ; Eugène, la|i[)ui, la force et la i^luire de 1 Autriche; Maurice, le dernier héros de la Kratice! dégagez- vous, ombres niagnaiiimcs , tics piistwis (It la mort et des liens du fombeau! Avec (|iiel etoiuiemeut ueatendi'ez-vous pas connue eu ce siècle de paradoxes on insulte à vos travaux et à ces actions qui vous ont valu à juste titie rinimortalité ! Reconnaîtrez «vous vos suceessaurs aux épithètes élégantes de bourreaux mercenaires, par lesquelles des sophistes les désignent? Que dîrez-vous en entendant un cynique, plus impudent que Diogène, aboyer du fond de son tonneau contre vos réputations brillantes, dont la splendeur ro£Fusque? Mais (|ue peuvent ses cris impuissants contre vos noms environ- V nés des rayons de la gloire et contre les justes acclamations de
tous les âges, dont vous reeucilleA encore le tribut? Vous qui marchez sur les pas de ces vrais héros, coutiiiuez. i* imiter leurs vertus, et méprisez les vaines clameurs d ua sophiste insensé qui, se disant l'apôtre de la vérité, ne débite que des mensonge», des calomnies et des injures.
Indigne dédamateur, faut -il t'apprendre que les arts ne se cultivent en paix qu'à l'abri des armes? N'as-tu pas vu, durant les guerres qui se sont faites de ton temps, que, tandis que le soldat intrépide veille sur les frontières, le cultivateur s attend à recueillir le fruit de ses travaux par d'abondantes moissons? Ignores- tu que, tandis que le guerrier s'expose sur terre et sur mer à la mort quil donne ou qu*il reçoit, le commerçant, sans être distrait de ses soins, continue à rendre son négoce fiorissani? Ks-tu assez stupide pour n'avoir pas l'cmanpié que, tandis que ces généraux et ces ni liciers que ta pliinie traite si iadignemeiit bravaient les rigueurs de la saison, et s'exposaient aux plus dures fatigues, tu méditais tranquillement dans ton taudis les rapsodies, les balivernes, les impertinences, les sottises que tu nous débites? Quoi! sera-t-il dit que tu embrouilleras toutes les idées? et par dw sopbismes grossiers prétendras -tu de rendre équivoques les
prudentes mesures qu'emploient des gouvernements sages et prévoyants? Faudra-t-îl prouver en notre siècle qtic, sans Je vaillants soldats qui défendent les rovamnes, ils deviendraient la proie (lu prenn'er occupant? Oui, monsieur le soi- disant philosophe, la France entretient de grandes armées. Aussi n'est -elle plus exposée à ces temps de confusion et de trouble où elle se déchirait par des guems civiles, plas pernicieuses et plus enieiles que les guerres étrangères. II parait que vous regrettez ees temps où de puissants vassaux ligués ensemble pouvaient résister au souverain qui n'avait pas des forces suffisantes à leur opposer. Non» vous n*ètes point Tauleur de Y Essai sur les préjugés; ce livre ne peut avoir été écrit que par quelque chef de parti de la Ligue ressuscité, qui, respirant encore Tesprit de faction et de trouble, veut CAciter le peuple à la rébellion contre rauloritc légitime du souverain. Mais que n annez.-vous pas dit, si dans 1«î cours de la dernière Sfuerre il fût arrivé que les Anglais eussent pénétré jusqu'aux portes de Paris? Avec quelle impétuosité ne vous seriez-vous pas déchaîné contre le gouvernement qui aurait si mal pourvu à la sûreté du royaume et de la capitale! £t vous auriez eu raison. Pourquoi donc, homme inconséquent et ivre de tes rêveries, tâches -tu de flétrir et d*avilir ces vraies colonnes de rÉtat, ce militaire respectable aux yeux d*un peuple qui lut doit la plus grande reconnaissance? Quoi! ce^ défenseurs intrépides qui s'immolent, les victimes de la patrie, tu leur envies les honneurs et les distinctions dont ils jouissent à si juste titre ! Ils les ont payés de leur sang, et c'est an risque de leur repos, de leur ^anté et de leur vie qu'ils les ont «ibtenus. () l'indigne mortel, qui veut avilir le mérite, qui veut lui enlever les ipconipeoses qui lui sont dues, la gloire qui l'accompagne, et étouUér les sentiments de reconnaissance que lui doit le public!
Ne penses pas que les miiitaii'cs soient les seuls qui aient à se plaindre de notre auteur. 11 ne se trouve aucune condition dans le royaume à Fahri de ses traits. Il nous apprend que les places de la justice sont vénales en France. Il y a longtemps qu'on le sait. Pour connaître la source de cet abus, il faut remonter, si je ne me trompe , aux temps ou le roi Jean * fut prisonnier des
a Voyei t. IV, p. 109, et t. Vill, p. lao.
as Xi. £XAM£J!4 DE LESSAi
Anglais, ou, pour plus de sûrelé, à la prison de François La
i rajicc se trouvait engagée par honneur à délivrer son roi des mains de Charles -Quint, ijui ne voulait lui rendre la liberté que conditiniiiiellpiTient. Le trésor étant ( puisé, et ne pouvant trouver une soMunc aussi considérable «juOii l'exigeait pour la rançon du Roi, on eut recours au funeste expédient de mettre en vente les charges de judicaluie, pour en racheter la liberté de ce prince. Des guerres presque continuelles qui suivirent après la délivrance de François 1", les troubles intestins et les guerres civiles qui s'allumèrent sous ses descendants, empêchèrent les monarques d'acquitter cette dette, dont ils payent encoi« actuellement la finance. Le malheur de la France a voulu que Jusqa*en nos jours Louis XV ne s*est pas trouvé dans une situation plus favorable que ses ancêtres; ce qui fa emp^hé de restituer aux propriétaires les axaiices considérables quils avaient faites dans ces temps lalarniteux. Faut -il donc s'en prendre à Louis XV, si cet ancien abus n'a pas ent oie pu être aboli? Sans doute que le droit de décider de la fortune des pai'tieuîiers ne devrait pas s'acquérir par de l'argent; niais quon en accuse les auteurs, qui seuls <m sont coupables, et non pas un rm qui en est imiocent. Quoique ces abus subsistent , fauteur sera néaiunoins obligé d'avouer qu'on ne peut avec vérité charger le parlement de Paris de prévarication, et que la vénaUté des charges n*a point influé sur son équité. Que Taufeeur se plaigne, à' la bonne heure, d*un nombre confus de lois, variant de province en province, qui dans un royaume comme la France devraient être simples et uniformes. Louis XIV \oiâlat t'iilreprendre la réforme des lois; niais toutes sortes d'obstacles renipêchèrcnt de perfeetionnei* son ouvrage. Que notre autJMH- sacbe donc, s'il l'ignore, et comprenne, s'il le peut, les peines iullnies et les obstacles renaissants que rencontrent ceux qui veulent toucher aux usages consacrés par la coutume. 11 faut descendre dans des détails infinis pour s'éclaii*cir de la liaison intime de différentes choses que la succession du temps a formées , et auxquelles on ne peut toueher sans tomber dans des inconvénients pires que le mal qu*on veut guérir; c*est le cas oii Ton peut dire que la' critique est aisée, mais Tail difficile.
Approches à présent, monsieur le contrôleur général des
finances, et vous, messieurs les financiers, TOÎd votre toor.
L*auteur, de mauvaise humeur, s'emporte contre les impôts, contre les perceptions des deniers ])ublics, contre les charges que porte le peuple et dont il prétend qu'il est foulé, contre les traitants, contre ceux qui administrent ces revenus, qu'il accnse généralement de nialvcrsaLiuns, de concnssions et de rapines. Cela est très-hien, s'il prouve le fait. Mais comme, en le lisant, je me suis mis en garde contre ses exagérations perpétuelles, je le soupçonne d'outrer infiniment les choses dans l'intention de rendre le gouvernement odieux. Cette épithète de tyran harbare, idée inséparable dans son esprit de celle de la rojrauté, et qu'il applique, quand il peut, indirectement à son souverain, me rend ses déclamations suspectes de mauvaise foi. Voyons à présent s*il connaît les choses dont il parle, et 8*il s*est donné la peine d'examiner Fétat de la question. D'où sont venues ces dettes immenses dont la France est chargée? Quelfes causes lés ont produites? 11 est connu qu*une grande partie datent encore du règne de Louis XIV, eontractées pendant la gfuerre de succession, la plus juste de toutes celles que ce monarque avait entreprises. Depuis. Je duc d'Orléans, régent du royaume, se llaUa de les acquitter au rnoven du système que Law lui proposa; mais en outrant ce système, il bouleversa le royaume, et les dettes ne furent acquittées qn en parlie, mais non pas entièrement éteintes. Après la mort du Régent, et sous la sage administration du cardinal de Fleury, le temps consolida quelques anciennes plaies du royaume ; mais les guerres qui s'allumèrent depuis obligèrent Louis W d'en contracter de nouvelles. La bonne foi, le soutien du crédit public, veulent que ces dettes s'acquittent, ou qu'au moins le gouvernement en paye exactement le dividende* Les revenus ordinaires de l'Etat étant couchés sur le tableau des dépenses courantes, d'oit le Roi prandrait-il les sommes nécessaires pour payer le dividende * et pour amortir ces dettes, s'il ne les recevait de ses peuples? Et comme un long usage de ce pays a introduit que les perceptions de certaines fermes et de nouveaux impôts passassent par les mains des traitants, le Roi se trouve, en quelque façon, nécessité de se servir de leur ministère. On ne nie poiiU que daus la finance ce nombre de commis et d'employés, peut-être trop