XI. EXAMKM D£ L£SSA
multïpUé, ne eomiiMtte des eoneusiions, ées brigandages, et «pie le peuple n'ait pas quelquefois raison de se plaindre de la dureté de leurs exactions; mais le moyen de Tenipèeher dans un royaume
aussi vaste que la France! Plus une monarchie est g^rande, plus il y i*éfii;nera d'ahiis: quand même on proportionnerait le nombre des sui'veillauts ù celui des exacteurs, ces tonunis, par des ruses et des artifices nouveaux, parviendraient encore à tiDnipci les yeux atlenlil?» do ceux qui doivent les éclairer. Si les iîih iiiions de Tauteur avaient été pures, s'il avait bien connu la cause des dépenses ruineuses à l'Etat, il aurait averti modestement de mettre plus d'économie dans les dépenses des guerres, d'abolir ces entrepreneurs qui s'enrichissent de gains illicites, tandis que rÉtat s'appauvrit, d'avoir Tœil à ce que des contrats pour des livraisons ne soient pas piurtes, comme il est airivé, au double de leur valeur, enfin, il aurait pu insinuer qu'en retranchant tout le superiltt des pensions et des dépenses de la cour, ce serait un moyen d'alléger le fardeau des impdts digne de l'attention d'un bon prince. S'il avait pris un ton modeste, ses avis auraient pu faire impression; mais les injures irritait, et ne persuadent personne. Quil propose donc des expédients, s'il en sait, d'acquitter les délies sans hlesser la foi publique et sans fouler les sujets, et je lui réponds qu'aussitôt il sera nommé contrôleur générai des finances.
Un vrai philosophe auiail examiné impartialement si ces armées nombreuses, entretenues pendant la paix, si ces guerres si coûteuses , comme elles le sont aujourd'hui , sont plus ou moins avantageuses que l'usage ancien d'armer à la hâte des paysaos quand' un voisin paraissait à craindre, d'entretenir cette miliee par la rapine et par le brigandage, sans lui assigner de paye régulière, et de la licencier à la paix. L'unique avantage qu'avaient les anciens consistait en ce que le mifitaiie ne leur coûtait rien en temps de paix; mais quand le tocsin sonnait, tout citoyen devenait soldat, au lieu qu'à présent, les conditions étant séparéca, le Cultivateur, le manulacturier continuent chacun leurs ouvrages sans intemiptlQn, pendant que la partie des citoyens destinée à défendre les autres s'acquitte de son emploi. Si nos grandes armées, entretenues dans leurs expéditions aux frais de l'Éui,
SUR L£S PRÉJUGÉS. i5i
«mt coAteims, il en résulte au moins FaTantage que les guerres ne peuvent durer que huit ou dix années au plus, et qu'ensuite répuisement des ressources oblige les souverains k se montrer, dans de certains cas, plus pacifiques qu'ils ne le seraient par indi-
nation. Il résulte donc de nos usages modernes que nos guerres
sont plus courtes que celles des anciens, uiuins mitieuses aux provinces qui leur servent de théâtre, et que nous devons aux grarulos dépenses qu'elles entraînent les paix passagères dont nous jouissons ei que Tcpuisenient des puissances rendra probablement plus Ioniques.
Je passe plus outre. Notre ennemi des rois assure que les son* verains ne tiennent point leur puissance d'autorité divine. Nous ne le chicanerons point sur cet article ; il lui arrive si rarement d'avoir raison . que ce serait marquer de l'humeur de le contredire , quand les probabilités sont pour lui. £n effet, les Oapet usurpèrent Fempîre, les Carlovingiens s*en emparèrent par adiesse et par artifice, les Valois et les Bourbons eurent la couronne par droit de succession. Nous lui sacrifions encore les titres d*images de la Divinité, de représentants de la Divinité, qu'on leur attribue si improprement. Les rois sont homnws comme les autres; ils ne jouissent point du privilège exchmf d*être parfaits dans un monde où rien ne l'est; ils apportent leur timidité ou leur résolution, leur activité ou leur paresse, leurs vices ou leurs vertus sur le trône où les place le lia^ani de leur naissance: et dans un royaume héréditaire il faut de nécessiic que de-^ piiticcs de tout caractère se succèdent. Il y a de rinjustice à prétendre que les princes soient sans défauts, quand on ne l'est pas soi-même. Quel art y a-t-il à dire : un tel est fainéant, avare, prodigue on débaucbé? Pas plus qu'à lire, en se promenant dans une ville^ les enseignes des maisons. Un philosophe , qui doit savoir que la nature des choses ne change jamais, ne s'amusera pas à reprocher à un chêne de ne point porter des pommes, à un âne de ne point avoir les ailes d*un aigfe, à un esturgeon de ne point avoir les cornes d*un taureau; il n'exagérera point des maux réels, mais difficiles à ronédier; il n'ira pas crier : tout est mal! sans dire comment tout pourrait être bien; sa voix ne servira point de trompette à la sédition, de signe de ralliement aux m^on-
i5a XI. EXAi\lEjS DE L ESSAI SUR LES PRÉJUGES,
lents, de prétexte à la rébellion; il respectera les usages établis et autorisés par la nation, le gouvemement, ceux qui le composent, et ceux qui en dépendent. C'est ainsi que pensait le pacifique Du
Mai sais, auquel on fait composer un libelle deux ans après quil est mort cL calcnx, mais dont le véritable auteur ne peut être qu'un écolier aussi novice dans le monde ([u étourdi. Mais que me reste-t-il encore à dire? (^uoii (I:ins wn pays oîi l'auteur de Télémaque éleva le successeur du trune, on se récrie contie Tédu- Cation des princes ! Si l'écolier répond qu'il n'y a plus de Fénelon en France, il doit «;'en pi*endre à la stérilité du siècle, et non pas à ceux qui dirigent l'éducation des princes.
Voici en substance mes remarques générales sur X Estai des préjugés. Le style m*en a paru ennuyeux, parce que c'est toujours une déclamation monotone où les mêmes idées répétées se représentent trop souvent sous la même forme. Parmi ce chaos j'ai cependant trouvé quelques morceaux de détail supérieurs. Au reste, pour faire de cet ouvrage un livre utile, il faudrait en rayer les répétitions, les concelli, les l'aux raisunneinents, les igtjoj -inres et les injures; ce (pii le mlnirait an quart de son volume. Quai -je donc appris par cette lectui'e? quelle vérité fauteur m'a -t- il enseignée? Que tous les ecclésiastiques sont des monstres à lapider; que le roi de France est un tyran barbare, ses ministres des archicoquios, ses courtisans des fripons lâches et rampants au pied du trône, les grands du royaume des ignorants pétris d'arrogance (ah! qu'il en excepte au moins le duc de Niver* nois! que les maréchaux et les officiers français sont des bourreaux mercenaires, les juges d'infâmes prévaricateurs, les financiers des Cartouches h et des Mandrins, ï> les historiens des comiptiiurs de princes, les poêles des empoisonneurs publies, et qu'il n'y a de sage, de louable, de digne d'estime dans tout le royaume que 1 auteur et ses amis, qui se sont revêtus du. titre de philosophes.
Je regrette le temps que j'ai perdu à lire cet ouvrage et celui que je perds encore à vous en faire le recensement. . A Londres, ce a avril 1770.
• VojcBt. IV, p. 3».
b Voyez t,VIU, p. tao et s47» et t. IV, p. 99.