‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 63 sur 97 · DU SYSTÈME DELA JNATURE · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME DELA JNATURE

velles. Daas la pramière de ces opérations Fâme est passive, dans la seconde elle est active. L*invenlion et rimagînatîoii travaillent sur des oltjcis ({ue les sens nous ont appris à connaître : par exemple, comme, lorsque Newton apprit la géométrie, son esprit était patient, il recueillait des notions; mais lorsqu'il parvint à ses découvcrles étonuanlcs, il élail }»lus (|ii\igent, il était créateur. 11 i'aut ]>ieii distinguer dans l'hoiiHuc les difLcrenlcs u|>éi allons de l'esprit, esclave dans celles où l iinpiiision domine, et très-libre dans celles où son imagination Ji' fonvît'u- li-itic avec Tauteur qu'il y a un certain enchaînetiiciii de cause- d iii I mllueace agit sur rhomme et le domine par reprises. Jj'hoaiaic reçoit en naissant sou tempérament, son caractère avec le germe de ses vices et de ses vertus, une portion d'esprit qu'il ne peut ni resserrer ni étendre, des talents ou du génie, ou de la pesanteur et de rincapacité. Aussi souvent que nous nous laissons emportai* à la fougue de nos passions , la fatalité, victorieuse de noti« liberté, triomphe; aussi souvent que la ibrce de la raison dompte ces passions, la liberté remporte.

Mais l'homme n'est^il pas ti'ès-libre quand on lui propose dif* férents partis, quil examine, qu'il penche vers Fun ou versTauti'e, et qu'enfin il se détermine par son choix? L*auteur me répondra sans doute que la nécessité dirige ce choix. Je crois entrevoir dans celte réponse un abus du terme de nécessité conluiMlii a\ec ceux de cause, de inuLil', de l aison. Sans doute que rien n'ai i l ve sans eause, mais toute cause ij'est pas nécessaire. Sans doule qu un homme qui nest pas insensé se déterminera par des raisons relatives à son amour- propre; je le répète, il ne serait pas libre, mais fou à lier, s il agissait autrement. 11 en est doue de la liberté comme de la sagesse, de la raison, de la vertu, de la santé, (pi'aueun mortel ne possède parfaitement, mais par intervalles. Nous sommes, en quelques articles, patients sous l'empire de la fatalité, et, en quelques autres, agents indépendants et libres. Tenons-nous-en à Locke. Ce philosophe est très-persuadé que, lorsque sa porte est fermée, il n*est pas le maître d'en scM'tir, mais que, lorsqu'elle est ouverte, il est libre d*agir comme bon lui semble. Plus on quîntessencie cette matière, plus elle s'embrouille ; on parvient & force de raffinements à la rendre si obscure.

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qu'on ne 6*eiitend plus soi-même; H est surtout fileheux pour les partisans du fatalisme que leur vie active se trouve sans cesse en

contradiclioii avec les principes de leur spéculatioji.

I/atiteiir du sic/ne de la nature, après avoir épuise tous les arguments que son imagination lui fout nit pour prouver qu'une nécessité fatale enchaîne et dirige absolument les hommes dans toutes leurs actions, devait donc eu coudure que nous ne sommes que des espèces de machines, ou, si vous voulez, des marionnettes mues par les mains d'un agent aveugle. Cependant il s emporte eontre les prêtres, contre les gouvernements et contre Fëducation; il eroit donc que les hommes qui occupent ces emplois sont libres, en leur prouvant qu*ib sont des esclaves. Quelle absurdité! quelle contradiction! Si tout est mû par des causes néoessaires, les avis, les instructions, les lois, les peines, les récompenses deviennent aussi superflues qu inutiles; c'est dire à un homme enchaîné : brise les liens; autant vaudrait -il sermonner un chêne pour le persuader de se transformer en oranger. Mais l'expérience nous prouve que l'on peut parvenir à corriger les hommes; il faut donc de nécessité eu couclure qu'ils jouissent au moins en partie de la liberté. Tenons-nous-en aux leçons de cette expérience, et n admettons point un principe que nous contredisons, sans cesse par nos actions.

Du principe de la fiitalité résultent les plus funestes conséquences pour la société; en fadmettant, Maic-Aurële et Catilina, le président de Thou et Ravaillac seraient égaux en mérite. U ne faudrait considérer les hommes que comme des machines, les unes faites pour le vice, les autres pour la vertu, incapables de iHt [ iter ou de déaiériler par elles-mêmes et par conséquent d'être punies ou recompensées; ce qui sape la morale, les bonnes moeurs et les fondements sur lesquels la société est établie. Mais d'oii vient cet amour que généralement tous les hommes ont pour la liberté? Si c'était un cire idéal, d'où le connaîtraient -ils? Il faut donc qu'ils en aient fait Texpérience, qu'ils l'aient sentie; il faut donc qu'elle existe réellement, ou 11 serait improbable qu'ils pussent Taimer. Quoi qu*en disent Calvin, Leibniz, les Arminiens et fauteur du Système de la nature, ils ne pei*suaderont jamais à personne que nous sommes des roues à moulin qu'une cause né*

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eessaû^ et îrréaistilile fait mouvoir au gré de son capirîce.' Toutes ces fautes dans lesquelles notre auteur est toodl>é vîanneat de la fureur de l'esprit systématique; il s'est prévenu pour ses opinions ; il a rencontré des phénomènes, des circonstances et des morceaux de détail qui cadraient bien avec son principe; mais en généralisant ses idées, il a trouvé d'autres coTubiiiaisotis et des vérités d'expérience ({ui lui étaient contraires; pour ces dernières, à force de les tordre et de Icnr faire violence, il les a ajustées le mieux qu ii a pu avec le i^estc de son système. 11 est certain qu'il n'a né^li^é aucune des preuves qui peuvent fortifier le dogme de la fatalité, et en même temps il est clair qu'il le dément dans tout k cours de son ouvra§;e. Pour moi» je pense que dans un cas pareil un véritable philosophe doit sacrifier son amour- propre à . l'amour de la vérité.

Mais passons à l'article qui regarde la religion. On pourrait aeeuser l'auteur de sécheresse dVsprit et surtout de maladresse, j>arcc qu'il calomnie la religion chrétienne, en lui imputant des défauts quelle n'a pas. (-omment pcut-il dire a\ cc \ érité que cette relieion est cau&c de tous les malheuis du f,^cnrc humain? Pour s'exprirner avec ju^lt'^^( Il turail pu dire sim[)lenuMjt que l'ambition et l'intérêt des lionimes se servent du prétexte de cette reli^on pour troubler le monde et contenter les passions. Que peut- on reprendre de bonne foi dans la morale contenue dans le Décalogue? M'y eut-il dans l'Evangile que ce seul précepte: « Ne fîdtes pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse, » on serait obligé de convenir que ce peu de mots l'enferme la quintessence de toute morale. Et le pardon des offenses, et la charité, et l'humanité ne furent-elles pas préchées par Jésus dans son excellent sermon de la montagne? 11 ne fallait donc pas confondre la loi avec fabus, les choses écrites et les choses qui se pratiquent, la véritable morale chrétienne avec celle que les prêtres ont dégradée, (jonnucnt donc pcut-il charger la religion chrétienne en elle-mêiue deti'e la cause de la dépravation des mœurs? Mais fauteur pourrait accuser les ecclésiastiques de subelituer la foi aux vertus de la société, des pratiques extérieures aux bonnes oeuvres, des expiations légères aux remords de la conscienee, des indulgences qu'Us vendent, à la nécessité de IX. Il

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s^amender; U pouvait leur reprocher d^absoadie du ienuent. de coDlraindre et de violenter ke eotneienoes. Ces abus criniiiiels méritait qu*on s'élève contre ceux qui lee iotrodoÎMat et contre ceux qui lei autoriteat; mais de quel droit le peut-il faire, lui qui suppose les hommes maduacs? Coimnent peut- il reprendre «ne machine tonsurée, que la nécessité a forcée de tromper, de friponner et de se jouer însolanment de la crédulité du vulgaira?

' Biais faisons un moment ti^êve avec le systëme de la fatalité, et prenons les choses comme elles sont réellement dans le monde. L'auteur devrait savoir que la religion, les lois, un gonverncnicut quelconque, n'empêcheront jamais que les Etals ne contiennent plus ou moins de scélérats dans le grand nouilii e des citoyens qui les composent; |)ariout la grosse masse du peuple est peu raisonnable, facile à se livrer au torrent des passions, et plus encline • au vîce que portée au bien; tout ce qu'on peut attendre d'un bon gouvernement, c'est que les grands crimes y soient plus rares que dans un mauvais. JNotre auteur devrait savoir que des exagérations ne sont pas des raisons, que des calomnies décréditcnt un philosophe comme un auteur qui ne Test pas, et que, lorsqu^il se âche, ce qui lui arrive parfois, on pouitait lui appliquer ce que Ménippe dit à Jupiter : «Tu prends ton foudre, tu as donc tort, »s Il tt*y a sans doute qu'une morale; elle contient ce que ks individus «e doivent réciproquement, elle est la base de la société; sous quelque gouvernement, de quelque religion qu*on soit, elle doit être la même; celle de l'Evangile, prise dans toute sa pureté, serait utile par sa pratique. Mais si nous admettons le dogme du fatalisme, il n'y a plus ni morale ni vertu, et tout Tédilice de la société s'écroule. Il est inconl csiaMf (jiu; le i)iit de nuUe auteur est de renverser la religion; mais il a choisi la roule la plus détournée et la plus difficile pour y parvenir. Voici, ce me semble, la marche la plus naturelle quil devait suivre : attaquer la partie historique de la religion , les fables absurdes sur lesquelles on a bâti son édifice, les traditions plus absurdes, plus folles, plus ridicules que tout ce que le paganisme débitait de plus extra^ vagant. C'était le moyen de prouver que Dieu a*a point parlé,

« GW Cyniscm cpii parle ainsi & Jupiter, dan* le /apUer ea^mnân d« LaeisB, «luip» i5.

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€*4toit le moyen de retirer ies hommes de Jeitr sofcte et stupide crédulité. L'auteur avait eDCore une voie plus abré|ée pour aller k cette même fin. Après avoir étalé les arguments contre Timmortalité de Tâme que Lucrèce expose avec tant de force dans son troisième livie, il devait en conclure que, tout finissant pour Fhomme avec cette vie, et ne lui restant nul objet de crainte ni d'espérance après &a iiioiL, il ne peut subsister par conséquent aucun rapport entre lui et la Divinité, qui ne peut ni le punir ni le récompenser. Sans ce rapport, il ny a plus ni culte ni religion, et la Divinité ne devient pour l'homme qu'un objet de spéculation et de curiosité. Mais que de singularités et de contradictions dans Touvrage de ce pjiilosoplie! Après avoir laborieusement rempli deux volumes de preuves de son système, il avoue qu^ y a peu d'hommes capables de llembrasser et de s'y fixer. Ou croiraît donc qu'aussi aveu^ qu'il suppose la nature, il agit sans cause ^ et qu'une nécessité irrésistible lai fait composer un ouvrage capable de le précipiter dans les plus grands périls, sans que lui ni personne en puisse jamais recueinir le moindre fruit

V'enons-en à présent aux souverains, que Fauteur a singulièrement pris ù lâche de décrier. J'ose l'assurer que jamais les ecclésiastiques n'ont <liL aux princes les sottises qu'il leur prête. S'il leur arrive de (juahller les rois d'images de la Divinité, c'est sans doute dans un sens très -hyperbolique, quoique Tintention soit de les avertir par cette comparaison de ne point abuser de leur autorité, d'être justes et bien&isants, selon l'idée vulgaire qu'on se forme de la Divinité chez toutes les nations. L'auteur se figure qu'il se fait des traités entre les souverains et les eecléélastiques, par lesquels les princes promettent d'honorer et d'accréditer le clergé, k condition qu'il prêche la soumission aux peuples. J'ose l'assurer que c'est une idée creuse, que rien n'est plus faux ni plus ridiculement imaginé que ce soi-disant pacte. Il est très - probable que les prêtres tâchent d'accréditer cette opinion, pour >(' faire valoir et pour jouer un rôle; il est certain que des souverains , par leur créddlli r , leur superstition , leur ineptie et leur aveuglement pour l'Eeli^e, donnent lieu de les soupvoinier d'une pareille intelligence; mais tout dépend eUectivemeot du

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