‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 64 sur 97 · XII. EXAMEN CRITIQUE · texte numérisé non relu

XII. EXAMEN CRITIQUE

cara<itëre du prince. Lorsqu'il est faible et bigot* les ecclésiasticpies prévalent; s*il a le malheur d*étre incrédule, les prêtres eabalent contre lui, et, faute de mieux, calomnient et noircissent sa mémoire.

Je passe encore ces petites bévues aux prc\jugés de l'auteur; mais coinineiit peut-il accuser les rois dV'lre la cause de la niau- ^ aise «^dncalioii de leurs sujets? Il s'iuiajîiuc <jue c'est un [triucipe de poIili(|iie, <|u"il vaul niieiiv ({u'un g(ui\ t'ineincnl coininaiide à des iguor.nils (|iià une iiali«»u éclaiic'c. Cela sent un peu les idées d'un recteur île collège (]ui, rcsseni' dans un petit cercle de spéculations, ne cuutiail ni le niondc, ni les gou\ ernenients, ni les éléments de la politique. Sans doute «pic tous les gouvernements des peuples civilisés veillent à l'instruction publi<]ue. Que sont donc ces collèges, ces académies, ces universités dont l'Europe fourmille, si ce ne sont pas des établissements destinés à instruire la jeunesse? Mais prétendre que dans un vaste État un prince réponde de l'éducation que chaque père de famille donne à ses enfiints, c'est la prétention la plus ridicule que l'on ait jamais formée. 11 ne faut pas (pi'un souverain fouille dans l'Intérieur des famiOes et qu'il se mêle de ce qui se tait dans les maisons des particuliers, ou il n'en {ïeut résulter que la tyrannie la plus odieuse. Notre philosupiie écrit ce qui se présente au bout de sa plume, sans en examiner les eonséqucnccs, et il a de rijiiincur assurément lorscpi il (pialilic jMilinient les cours de foyers de la C(Hi (I j»ti(»n puJ>li(pie; en > érilé j'en suis liofilcux poui- la philoso- ))liio. (îdunuent peut - on exagérer à ce point? (Aunnienl peut-on dire tic telles sottises? Un espiit moins véhément, un sage se serait contenté de remai-quer que plus les sociétés sont nombreuses, et plus les vices y sont ratlinés: plus les passions ont occasion de se déployer, plus elles agissent. On passerait la com« paraison du loyer à Juvénal ou à quelque satirique de profession;

mais à un philosophe je n'en dis pas davantage. Si notre

auteur avait été six mois syndic dans la petite ville de Pau dans le Béam, il apprécierait mieux les hommes qu'il n'appi'endra jamais à les connaître par ses vaines spéculations. Gomment peut -il s'imaginer que les souverains encouragent leurs sujets au crime, et quel bien leur reviendrait -il de se mettre dans la

DU SYSTÈME DE LA NATURE. idS

nécessité de punir les malfaiteui^s? Il arrive sans doute de loin à loin que quelques scélérats échappent h la rii:jucur des lois; mais jamais cela ne pr<»vieril d'un liessi iii jixe d cncourager les attentats par l'espérance ilc l'inipunité; il faut attribuer ces sortes de cas à la ti*op grande indiilgtjnce du prîtire. Tl arrive sans doute dans tout gouvernement que des coupables, par intrigue, par corruption, ou par Tappui de pix>tecteurs puissants, trouvent le moyen de se soustraire aux punitions qu'ils ont méritées; mais pour arrêter ces sortes de manèges, d*intrigues, de GorruptioM, il faudrait qu^un prince possédât romoiscience que les théologiens attribuent à Dieu.

£n fait de gouvernement, notre auteur broncbe à chaque pas; il «"imagine que la nécessité et la misère provoquent les hommes aux plus grands crimes. Ce n'est point cela. Il n'y a aucun pays où loiiL lionmic 4[iii n'est ni paresseux ni l'aiiiéant ne irom c .suffisamment par son lra\ail de quoi subsister. Dans tons les Ktats, l'espèce la plus danî^ereiise est celle des dissi|);jienrs cl des prodigues : leurs profusions épuisent en peu de temps leurs l'essources; ce qui les réduit à des extrémités fôcheuses qui les forcent ensuite à recourir aux expédients les plus bas, les plus odieux, les plus infâmes. La troupe de Calilina, les adhérents de Jules César, les frondeurs que le cardinal de Retz avait ameutés, ceux qui s^attachèrent k la fortune de Cromwell, étaient tous gens de cette espèce, qui ne pouvaient s'acquitter de leurs dettes ni réparer leur fortune délabrée qu'en bouleversant TÉtat dont ils étaient citoyens. Dans les premières familles d'un État, les prodigues friponnent et cabalent; chez le peuple, les dissipateurs et les paresseux liuissenl par do\ cnii' brigands et par conuiiellre les attentats les jdus énormes contre la sûreté pui)li(|ne.

Après (pie Tantenr a pioin é é\ ideniniPnL qu'il ne eonnait ni les bommes, ni conurient il faut les gouverner, il répète les déclamations des satires de Boileau contre Alexandre le («rand, il fait des sorties contre Cbarles-Quint et son fds Philippe 11, quoiqu'on s'aperçoive à ne s'y point tromper qu'il en veut à T. nuis XIV. De tous les paradoxes que les soi-disant philosophes de nos joiuv soutiennent avec le plus de complaisance, celui d'avilir les grands hommes du siècle passé paraît leur tenir le plus à cœur. Quelle

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réputatioii leur reviendra- t-il d*exagérer les ikntes d*un roi (pii les a eftacéêÊ k force de gloire et de grandeur? Les fautes de

Louis XIV, d'ailleurs, sont connues, et ces soi-disant philosophes n*ont pas seulement le petit avantagée d'être les premiers à les découvrir. Un prince qui ne réîjnern qne huit jours en commettra sans doute; à plus forte raison un monarque qui a passé soixante années de sa vie sur le trône. Si vous voulez vous ériger en juge impartial , et que vous examiniez la vie de ce grand prinee, vous socex obligé de convenir qu'il a fait pKift de bien que de mal dans ion rojauma* U faudrait remplir un yolunie» si Ton voulait faire son apologie en détail; Je me borne ici aux chefii principaux. Attribues donc, comme de raison, la persécution des huguenots à la fidblesse de son âge, à la superstition dans laqudle il avait été élevé, comme à la confiance imprudente qu'il avait en son confesseur; mettez Fincendie du Palatinat sur le eompte de l'humeur dure et altière de Louvois : il ne vous restera guère de reproches à lui faire que sur quelques guerres entreprises par vanité ou par esprit de hauteur. Au reste, vous ne pouvez lui refuser d*avoîr été le protecteur des beaux -arts. La France lui doit ses manufactures et son commerce; elle lui doit, de plus, l'arrondissement de ses belles frontières et la considération dont elle a joui de son temps en £urope. Rendez donc hommage à ses qualités louables et vraiment royales. Quiconque de nos jours veut entamer les souverains doit attaquer leur mollesse, leur fainéantise, leur ignorance; ils sont la plupart plus fiiibles qu'ambitieux, et plus vains qu'avides de dominer.

Les véritables sentiments de Fauteur sur les gouvemements ne se découvrent que vers la fin de son ouvras^; c'est là qu'il nous apprend que, selon lui, les sujets devraient jouir du droit de déposer leur'? sr>uverains lorsqu'ils en sont mécontents. C'est pour amener les clioses à ce bnt qn il s<> i écrie conti*- cc^ grandes armées qui pourraient y porter quelque obstacle; on croirait lire la fable du Loup et du Berger de La Fontaine. Si jamais les idées cireuses de notre philosophe pouvaient se réaliser, il faudrait préalablement refondre les formes de gouvernement dans tous les États de TËurope, ce qui lui parait une bagatelle; il faudrait

* Yojcs ft. I, p. 91 el ftttlTAates, et d-dcmit, p. 46 ci 47*

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emoft, oe- qui me paraît imposaible, que mi sujcti érig^ an juges de leur mailre fiuaant et sages et iqidtableat qne lei aapiranti aa trène fusient wiia ambition, que ni rintiiguef ni la cabale, dî un esprit dMndépendanoe ne passent prévaloir; il fàn*

drait encore que la raee détrônée fût totalement extirpée, ou ce seraient des aiiiiieuts de guerres civiles, et des chefs de jjartis toujours prêts à se mettre à la tète des factions pour troul>leî l'Etat. II résulterait encore en const qiunoe de cette forme de gouvernemeut que les candidats et les prétendants au trône remueraient continuellement, animeraient le peuple contre le prince, et fomenteraient des séditions et des révoltes à la faveur desquelles ils se flattsraient d'élever leur fortune et de parvenir à la domination; de sorte qu*un gouvernement pareil serait sans eesse exposé à des guenres intestines mille fois plus dangereuses que les guerres étrangbcs. C'est pour éviter de semblables inconvénients que Toisdre de sueoessioa a été adopté et établi dans plusieurs Etats de l'Europe. On s*est aperçu du trouble queles éleotions entraînent après elles, et Ton a craint, comme de raison^ que des voisins jaloux ne profitassent d*une occasion aussi iavo* raUe pour subjuguer ou dévaster le royaume^ L'auteur pouvait facilement s'éclaircir sur les conséquences de ses principes; il n aq uit qu'à jeter un cou[) d'oeil sur la Pologne, où chaque élection de roi est l'époque d'une guerre civile et étrangère.

C'est une grande erreur de croire que dans les choses humaines il puisse se rencontrer des [tertcctions; l'imagination peut se forger de telles chimères, mais elles ne seront jamais réalisées. Depuis que le monde dure, les nations ont essayé de toutes les fonnes de gouvernement, les histoires en fourmillent; mais il n'en est aucun qui ne soit si\)et à des inconvénients. La plupart des peuples ont cependant autorisé l'ordre de succession des familles régnantes, parce que, dans le cboix qu'ils avaient à faire, c'était le parti le moins mauvais. Le mal qui résulte de cette Institution consiste en ce qu'il est impossible que dans une famille les talents et le mérite soient transmis sans inteiruption, de père en fils, pendant une longue suite d'années, et qu'il arrive que le tiéne est quelquefois occupé par des princes indignes de le remplir. Dans ce cas même reste la ressource d'batîles ministres, qui

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peuvent réparer par leur jcapaoté cé que l'ineptiè du goureram

erâterait sans doute. Le bien qui suit évidemment de cetarrangeinciiL consiste en ce que les princes nés sur le trône ont moins de morgue et de va?iité (jue de nouveaux parvenus qui, enflés de leur grandeur v\ dedaig^nanl ceux qui lurent leurs «'{jaiix, se complaisent à leur faire sentir en toute occasion leur supériorité. Mais observez surtout qu'un prince qui est sûr que ses enfants lui succéderont, croyant travailler pour sa famille, s appliquera avec bien plus de zèle au vrai bien de TÉtat qu il envisage comme son patrimoine; au lieu que, dans les États électifs, les souverains ne pensent qu'à eux, à ce qui peut durer pendant leur vie, et à rien de plus; ils tâchent d^emîcbir leur famille, et laissent tout dépérir dans un État qui, à leurs yeux, est une possession précaire, h. laquelle il faudra renoncer un jour. Si quelqu'un veut s'en con^ aincre, il n'a qti'à s'informer de ce qui se passe dans les évêchés de l'Allemagne, en Polos^e, à Rome même, où les tristes elTets de l'élection ne sont, que tro[> r\ iiîi nt s. ( hicltjue parti qu'on prenne dans ce monde, il se trouve Nujel a des difficultés et souvent à de terribles inconvénients. 11 faut donc, lorsqu'on se croit assez lumineux pour pouvoir éclairer le public, se garder surtout de proposer des i^emèdes pires que les maux dont on se plaint, et, quand on ne peut faire mieux, s'en tenir aux anciens usages, et surtout aux lois établies.

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DISCOURS

DE L'UnUTÉ

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