‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 65 sur 97 · DANS UN ÉTAT · texte numérisé non relu

DANS UN ÉTAT

Des personnes peu éclairées ou peu sincères ont osé se àèdmr les ennemies des sciences et des arts. S^il leur a été permis de calomnier ce qui fait le plus dlionnenr k Fliumanité, à plus forte

raison doit -il être permis de le défendre; c'est le devoir de tous ceux qui aiment la société, et qui ont un cœur reconnaissant de ce qu'ils doivent aux lettres. Le malheur veut que souvent des paradoxe^) lassent plus d'imprcssi(»fi sur le public (jue des vérités; c'est alors qu'il faut le détromper, et confondre par de bonnes raisons, et non par des injures, les auteurs de telles rêveries. Je suis liontenx de dire dans cette académie qu*on a eu leffrontene de mettre en question si les sciences sont utiles ou nuisibles à la société, chose sur laquelle personne ne devrait avdr de doute. Si nous avons de la préférence sur les animaux, ce n'est certainement pas par les facultés du corps, mais c'est par Tesprit plus étendu que la nature nous a donné; et ce qui distingue lliomme de riuwmie, c'est le génie et les connaissances. D'oii viendrait la distanoe infinie qu'il y a entre un peuple policé et un peuple har^ bare, là ce n*est que l'un est édairé, et que Fautre végète dans l'abrutissement et dans la stupidité?

Les îiaLions qui oui joui de cette supériorité ont été reconnaissantes envers ceux qui leur ont procuré cet avantag^e. De là vieut la juste réputation dont Jouissent ces lumières de Tunivers,

lya Xlll. DISCOURS DE L'UTILITÉ

ces sages qui, par leurs savants travaux, ont édairé leurs compatriotes et leur siècle.

L'homme est peu de diose par lui-même; il nait avec des dispositions plus ou moins propres à se développer. Mais il faut les eultiver; il TauL que ses connaissances si; iiuiliiplient, pour que ses idées puissent s'étendre; il faut (pic sa nuMiioire se remplisse, ]>()iir que ce magasin lournisse à rimai^inniion des malines sur ]('S(|uelIes elle puisse s'exereei'. et (pie le jnj^ement se rafruif, pour trier ses propres productions, l/espiit le plus vaste, privé de connaissances, n'est qu'un diamant bnit qui n'acquerra de prix qu'après avoir été taillé par les mains d'un liabile lapidaire. Que d'esprits perdus ainsi pour la société, et que de grands hommes en tout genre étouilés dans leur germe, soit par Tignorance, soit par rétat abject oii ils se trouvaient placés!

Le véritable bien de TÉlat, son avantage et son lustre exigent donc que le peuple qu*il contient soit le plus instruit et le plus éclairé quil est possible, pour lui fournir, en chaque genre, un nombre de sujets habiles et capables de s'acquitter avec dextérité des difTérents emplois qu*ii faut leur confier.

Ceux qui par le hasard de la naissance sont dans une positiofi h ne pouvoir apprécier les torts inlinis (pu, SiJuiTrent plus ou moins Inus les gonverneraenis eiai»p«''ens par les fanles dont TigTiorance est cause, ne sentiront peut- ètie pas anssi Ai\ement ces inconvénients que s'ils en avaient été les témoins. ( )n pourrait rapporter une multitude de ce» exemples, si la nature et Tétea* due de ce discours ne nous resserraient dans de justes bornes. C'est la paresse qui dédaigne de s'instruire, c'est l'ignorance ambitieuse qui prétend à tout et qui est incapable de tout, qu'aurait dû fronder je ne sais quel énergumëne • qui , ne débitant que de misérables paradoxes, a osé soutenir que les sciences sont pernicieuses, quelles ont rendu les vices plus raffinés, et qu'elles pervertissent les mœurs. De pareilles faussetés sautent aux yeux, et sous quelque apparence qu*on les présente, il demeurera constant que la culture de l'esprit le rectifie au lieu de le dépraver. Qu"est-ce qui corrompt les mœurs? Ce sont les mauvais exemples; et comme les maladies épidémiques l'ont de plus grands ravages

• J. «J. Rousseau.

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