XV. £SSAI SUR L£S FORMES
main croyait 8*avilir en ciddvant la tem; îl employait à ces travaux les esclaves qii il a\ ait faits à la guerre; aussi la forêt d'Hercyuic couvrait- elle prcstiue entièrement cette vaste étendue de pays qui compose maintenant l'Allemagne. La nation ne pouvait pas être nombreuse, faute de nourriture suffisante; et c'est là sans doute la véritable cause de ces émigrations prodigieuses des peuples du Septentrion, qui se précipitaient vers le Midi pour chei'clier des terres toutes défrichées et un climat moins ligoureux.
On est étonné quand on se représente le genre humain -v ivant si longtemps dans un état d'abrutissement et èans former de société, et Ton recherche avidement quelle raison a pu le porter à se réunir en corps de peuple. Sans doute que les yiolences et les pillages d'autres hordes voisines ont fait naître à ces peuplades isolées ridée de se joindre à d'autres familles pour assurer leurs possessions par leur mutueUe défense. De là sont nées les lois, qui enseignent aux sociétés à préféra? Fintérêt général au bien particulier. Des lors personne, sans craindre de châtiment, n'osa s'emparer du bien d'auLrui, porsonuo n'osa attenter sur la vie de sou A oisin, il fallut respecter sa l'cniitie et ses biens comme des objets sacrés, et si la société «'utièrc se trouvait attaquée, chacun devait accourir poui' la sauver. (Icltc grande vérité, qu'il faut agir envers les autres comme nous voudrions qu'ils se comportassent envers nous , devient le principe des lois et du pacte social de là nait l'amoiu* de la patrie, envisagée comme l'asile de notre bonheur. Mais comme ces lois ne pouvaient ni se maintenir ni s'exécuter sans un surveillant qui s'en occupât sans cesse, ce fut l'origine des magistrats, que le peuple élut et auxquels il se soumit. Qu'on s'imprime bien que la conservation des lois fut
■ Le terme de pacte social uc se trouve pas dotu Ic^ Œuvres de Fréiléric, ù ce n'est dans ce pasi«age et dans U pièce suivante, où îl est répété s^t fois. Les mots paata et eontrai y sont employés dans le même sens.
Parmi 1i>. lettres du Roi à mjlord Marischal et à la ducheK»e de Saxe-Gotha, îl CQ csl ([n( l(|iirs - unes, des années i-V,2 cl 1763, qui roulent sur le cararttre de Rousseau et sur ^«m Emile: Frcdéiic ne jiaraît pas aimer l'un plus que l'atiti e, et il ae l'ait jamais nientioo du Contrai social, dont la première ëdtliou avait paru en 176a. Quant an fitmenx IHtemm a na^mH U prix à tÂeoêémie ^de Dijtm, en tannée 1750, nous trouvons ci 'dessus» p. 179 et 173, un juge* ment scvcre (pii le concerne. Voyei VAveriissemmi de F ÉdUeur «utile dtee volume, a° XIU.
runiqae raison cpiî engagea les hommes à se donner des supé- '
rieure, puisque c'est la vraie origine de la souveraineté. Ce magistrat était le premier serviteur de l'Etat. « Quand ces sociétés naissantes, avaient à craindre de leurs voisins, le magistrat armait le peuple et volait à la défense deî; citoyens.
Cet instinct général des hommes qui les anime à se procurer le plus grand bonheur possible donna lieu à la formation des différents genres de gouvernement. Les uns crurent qu'en s'abandonnant à la conduite de quelques sages, ils trouTeraient ce bonheur; de là le gouvernement aristocratique. D'autres préférèrent roligarchie. Athènes et la plupart des républiques grecques choisirent la démocratie* La Perse et FOrient ployaient sous le despotisme. Les Romains eurent quelque temps des rois; mais lassés des violences des Tarquins, ils touniëraiit la forme de leur gouvernement en aristocratie. Bientôt, fatigué de la dureté des patriciens, qui i oj»pnmaient par des usures, le peuple s'en sépara, et ne retourna à lionie qu après que le sénat eut autorin \v< tribuns que ce peuple avait élus pour le soutenir rontie la violence des grands; depuis, il devint presque le dépositaire de l'autorité suprême. On appelait tyrans ceux qui s'emparaient avec violence du gouvernement, et qui, ne suivant que leurs passions et leurs caprices pour guides, renversaient les lois et les principes fondamentaux que la société avait établis pour sa conservation.
Mais quelque sages que fussent les législateurs et les premiers qui rassemblèrent le peuple en corps, quelque bonnes que fussent leurs institutions, il ne s'est trouvé aucun de ces gouvernements qui se soit soutenu dans toute son intégrité. Pourquoi? Parce que les hommes sont imparfaits, et que leurs ouvrages le sont par conséquent; parce cpie les citoyens, poussés par des passions, se laissent aveug;ler par l'intérêt particulier, qui toujours bouleverse l'intérêt général; enfin, parce que rien n'est stable dans ce monde. Dans les aristocraties, l'abus que les premiers membres de l'Etat font de leur autorité est, pom* l'ordinaire, cause des révolutions qui s'ensuivent. La démocratie des Romains fut bouleversée par le peuple même; la masse aveuglée de ces plébéiens se laissa corrompre par des citoyens ambitieux qui ensuite les
' « Voyez t. I, p. ia3, ci t. VRI, p. 95, 66» i68 et 998.