‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 81 sur 97 · XV. ESSAI SUR LES FORMES · texte numérisé non relu

XV. ESSAI SUR LES FORMES

asscrvircnl el les privtTont de leur lilierté. C'est le sort auquel rAuiili t en e doit s'atlendre , si la ehambrf» basse ne préfère pas les véritables intérêts de la nation à cette eorruption ijilanie (pii ravilit. Quant au gouvernement monarchique, on en n vu bien des eqièces différentes. L'ancien gouvernement féodal, qui était presque général en Europe il y a quelques siècles, s'était établi par les conquêtes des barbares. Le général qui menait une borde se rendait souverain du pays conquis, et il partageait les provinces entre ses principaux offiders; ceux-là à la vérité étalent soumis au suzerain, et lui fournissaient des troupes, sll les demandait; mais comme quelques-uns de ces vassaux devinrent .itissî piitftsants que leur chef, cela formait des Etats dans FEtat (rétait une pépinière de guerres ei\ ilcs dont résultait le jualheur de la société générale. En Allemaî^e ces vassaux sont devenus indépendants; ils ont été fijipi iijics en France, en Angleterre et en Kspagne. Le seul uiodeie <[ui nous reste de cet abominable gouvernement subsiste encore dans la république de Pologne. En Turquie, le souverain est despotique, il peut commettre impunément les cruautés les plus révoltantes; mais aussi lui arrivet-il souvent, par une vicissitude commune chez les nations Barbares ou par une Juste rétribution, qu*il est étranglé à son tour. Pour le gouvernement vraiment monarchique, fl est le pire ou le meilleur de tous, selon qu'il est administré.

' Nous avons remarqué que les citoyens n!ont âccordé la prééminence & un de leurs semblables qu'en faveur des services qu'ils attendaicut de lui; ces serviees coiisistent à maintenir les lois, à faire exactement observer la justice, à s'opposer de toutes ses forces à la eorruption des mœurs, à défendre l'Etat contre «:e8 ennemis. Le magistrat doit avoir l'œil sur la culture des terres; il doit procurer l'abondance des vivres à la société, encourager findustrie et le commme; il est comme une sentinelle permanente qui doit veiller sur les voisins et sur la conduite des ennemis de l'Etat. On demande que sa prévoyance et sa prudence forment à temps les liaisons, et choisissent les alliés les plus convenables anx intérêts de son association. On voit par ce court etposé quel détail de connaissances chacun de ces articles exige

en particulier. Il faut joindre à cela une étude approfondie du

]<Mîa1 du pays qne le magistrat doit gouverner, et bien eonfiaitre

le génie (le la nation, parce qu'en péchant par ignorance, le souverain &e rend aussi coupable (pic par les péchés qu'il aurait commis par malice : les uns sont des «léfauts de paresse, les autres des vices du cœur; mais le mal qui en résulte est le même pour la société.

Les princes, les sotiverains, les rois ne sont donc pas revêtus de Vautorité suprême pour se plonger impnnr'Tnent dans la débaudie et dans le luxe; ils ne sont pas élevés sur leurs concitoyens pour que leur orgueil, se pavanant dans la représentation, insulte avec mépris à la simplicité des mœurs, à la pauvreté, à la misère; ils ne sont point à la téte de TËtat pour entretenir anprès de leurs personnes un tas de fainéants dont Toisiveté et l'inutilité engendrent tous les vices. La mauvaise administration du gouvernement monarchique provient de bien des causes différentes, qui ont leur source dans le caractère du souverain. Ainsi un prince adonné aux femmes se laissera gouverner par ses maîtresses et par ses favoris; ceux-l?i, abusant ilu pouvoir qu'ils ont sur l'esprit du prince, se serviront de cet ascendant pour commettre des injustices, protéger des gens perdus de mœurs, vendre des charges, et autres infamies pareilles. Si le prince, par fainéantise, abandonne le gouvernail de l'État en des mains mercenaires, je veux dire à ses ministres, alors l'un tire à droite, Tautre à gauche, personne ne travaille sur un plan général, chaque ministre renverse ce qu*îl a trouvé établi , quelque bonne qiie soit la chose, pour devenir créateur de nouveautés et pour réaliser ses fantaisies, souvent au détriment du bien public; d'autres ministres qui remplacent ceux-là se hâtent de boideverser à lenr tour ces arrangements avec aussi peu de solitlité que leurs prédécesseurs, satisfaits de passer pour inventeurs. Ainsi celte suite de changements et de variations ne domie pas à ces projets le temps de pousser racine» De là naissent la confusion, le désordre et tous les vices d'une mauvaise administration. Les prévaricateurs ont une excuse toute prête : ils couvrent leur turpitude de ces changements perpétuels; et comme ces sortes de ministres se contentent de ce que personne ne recherche leur eonduite, ils se gardent bien d'en donner l'exemple en sévissant contre leurs su-

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iMitemes. Les hommes s'attadient à ce qui leur appaitieiit; l'État n'appartient pas à ces ministres; fls n'ont donc pas son bien véritablement à cœur, tout s'exécute avec nonchalance et avec une

espèce d'indifTéreiK^ stoïque , d*où résulte le dépérissement de la justice, des linances et du militaire. De monarchique ijuil éuiL, ce {jom erncnieiiL dégénère en une \éiiLablc aristocratie où les ministres et les généraux dirigent les affaires selon leur fantaisie; alors on ne connaît plus de système général, chacun suit ses idées paru'culières, et le point centrai, le point d'unité est perdu. Comme tous les ressorts d'une montre conspirent au même but, qui est celui de mesurer le temps, les ressorts du gouvernement devraient être montés de même pour que toutes les différentes parties de l'administration concourussent également au plus grand bien de l'Etat, objet important qu'on ne doit jsmais perdre de vue. D'ailleurs, Tintéret personnel des ministres et des généraux fait pour Tordinaire qu'ils se contrecarrent en tout, et que quelquefois ils empêchent l'exécution des meilleures choses, parce (jue ce ne sont pas eux qui les ont proposées. Mais le mal arrive à son comble, si des âmes perverses parviennent à persuader au souverain que ses intérêts sont différents de ceux de ses sujeU : alors le souverain devient rennemi de ses peuples sans savoir pourquoi: il devient dur, sévère, inhumain par mésentendu; car le principe dont il part étant faux, les conséquences le doivent être nécessairement Le souverain est attaché par des liens indissolubles au corps de l'État; par conséquent il ressent par répercussion tous les maux qui aiHigent ses sujets» et la société souffre également des malheurs qui touchent son souverain. Il n'y a qu'uo bien, qui est celui de l'Etat en générai Si le prince perd des provinces, il nest plus en état comme par le passé d'assister ses sujets; si le malheur l a fnreé de contracter des dettes. c esL aux pauvres citoyens à les acquitter; en revanche, si le peuple est peu nombreux, s'il croupit dans la niisèitJ, le souverain est privé de toute ressource. Ce sont des vérités si incontestables, quil n'est pas besoin d'appuyer davantage là -dessus.

Je le répète donc, le souverain représente l'État; lui et ses peuples ne forment qu'un corps, qui ne peut être heureux qu'autant que la concorde les unit. Le prince est à la société qu'il gou-

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verne ce qae la tête e$t au corps : fl doit voir, pcDser et agir pour toute la communauté, afin de lui procurer tous les avantages dont elle est susceptible. Si l'on veiil que le gouvernemenl monarchique 1 i iiipoiLe sur le républicain, l'arrêt du souverain est prononcé : il il*iit être actif el intègre, et rassembler toutes ses ibrces pour remplir la carrière qui lui est presciite. Voici l'idée que je me fais de ses devoirs.

li doit se procurer une connaissance caucte et détaillée de la force et de la faiblesse de son pays, tant pour les ressouioes pécuniaires que pour la population, les finances, le commerce , les lois et le génie de la nation qu*il doit gouverner. Les lois, si elles sont bonnes, doivent être exprimées datrement, afin que la chicane ne puisse pas les tourner à son gré pour en éluder l'esprit et décider de la fortune des particuHers arbitrairement et sans règle; la procédure doit être aussi courte qu'il est possible, afin d'empêcher la ruine des plaideurs, qui consumeraient en laiix frais ce qui leur est dû de justice et de bon droit. Cette partie du gouvernement ne saurait être assez surveillée, pour mettre toutes les barrières possibles à l'avidité des juges et à fintérét démesure des avocats. On i^tient tout le monde dans son devoir par des visitations qui se font de temps à autre dans les provinces, ou quiconque se croit lésé ose porter ses plaintes à la commission, et les prévaricateurs doivent être sévkement punis. U est peut-être superflu d'ajouter que les peines ne doivent jamais passer le délit, que la violence ne doit januiis être employée au ïieu des lois, et qu'il vaut mieux qu'un souverain soit trop indulgent que trop sévère. Gomme tout particulier qui n'agit pas par principes a une conduite inconséquente, d autant plus importe-t-il qu'un magistrat qui veille au bien des peuples ag^isse d'après un système arrêté de politique, de guerre, de fmance, de commerce et de lois. Par exemple, uu peuple doux ne doit point avoir des lois sévères, mais des lois adaptées à son caractère. La base de ces systèmes doit toujours être relative au plus grand bien de la société; les principes doivent être adaptés à la situation du pays, à ses anciens usages, s'ils sont bons, au génie de la nation. Par exemple, en politique c'est un fait connu que les alliés les plus naturels et par conséquent les meilleurs sont ceux dont le? inté-

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