‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 83 sur 97 · D£ GOUV£RI^£M£NT · texte numérisé non relu

D£ GOUV£RI^£M£NT

objet des plus importante que la conservation des bonnes mœurs

dans leur intégrité; le souverain peut y contiibucr beaucoup en distinguant et récompensant les citoyens (]ui ont fait des actions vertueuses, en tcmoiguaal du mépris pour ceux dont la dépravation ne rougit plus de ses dérèglements. Le prince doit désapprouver hautement toute action deshonnéte, et i*eiuser des distinctions à ceux qui sont incorrigibles. Il est encore un objet intéressant qu'il ne faut pas perdi^e de vue, et qui, s'il était négligé, porterait un préjudice , irréparable aux bonnes mœurs : cest quand le prince distingue trop des personnes qui, sans mérite, possèdent de grandes richesses. Ces bonneui's prodigués mal à propos confirment le public dans le pr^ugé vulgaire qull suffit d*avoir du bien pour être considéré. Dès lors Tintérêt et la cupidité secouent le frc^ qui les retenait; chacun veut accumuler des richesses; on emploie les voies les plus iniques pom* les acquérir; la corruption gagne, clic s'enracine, cde devient générale ; les hommes à talents, les hommes vertueux sont méprisés, et le publie n'honore que ces bâtards de Midas dont la grande dé})ense et le faste l'éblouissent. Pour empêcher que les mœurs nationales ne se pervertissent jusqu'à cet horrible excès, le prince doit cire sans cesse attentif à ne distinguer que le mérite personnel et à ne témoigner que du m^[krîs pour Topulence. sans mœurs et sans veitus. Au reste, comme le souverain est proprement le chef d'une famille de citoyens, le père de ses peuples, dans toutes les occasions il doit servir de dernier refuge aux malheureux, tenir lieu de père aux orphelins, secourir les veuves, avoir des entrailles pour le dernier misérable comme pour le premier courtisan , et répandre des libéralités sur ceux qui, privés de tout secours, ne peuvent trouver d'assislaiii i: (|nc par ses bienfaits.

Voilà, selon les prnicipes que uons avons établis au commencement de cet Essai, l'idée exacte qu'on doit se former des devoirs d'un souverain et de la seule manière qui peut rendre bon et avantageux le gouvernement monarchique. Si bien des princes ont une conduite différente, il faut l'attribuer au peu de réflerion qu'ils ont fait sur leur institution et sur les devoirs qui en dérivent. Ds ont porté une charge dont ils ont méconnu le poids et rimportance, ils se sont fourvoyés faute de connaissances, IX. i4

aïo XV. ESSAI SUR LES FORMES DE GOUVERiNEMEi^T.

car dans nos temps Tigaoratice fait commettie plus de fautes ipie la ihéchanceté. Cette esquisse de souverain paraîtra peutêtre aux censeurs Tarchétype des stoïdens, Tidée du sage qu^ils avaient imaginé, qui nVxista jamais, et dont le seul filare-Aurèle approcha le plus près. Nous souhaitons que ce iaible essai soit capable de former des Marc-Aur^les; ce serait la plus belle récompense à laquelle nous pussions nous attendre, et qui ferait en même temps le Incn de rhunianilé. Nous devons cependant ajouter à ceci qu un prince qui lournirait la carrière laborieuse (jue nous avons tracée ne parviendrai l pas à une pcrfecliou entière, parce qu'avec toute la honnc volonté possible, il pouiTait se tromper dans le choix de ceux qu'il emploierait à radniinistration des affaires; parce qu*on pourrait lui représenter les choses sous un faux jour; que ses ordres ne seraient pas exécutés ponctuelle^ ment; qu'on voilerait des iniquités de façon qu'elles ne parviendraient pas à sa connaissance; que des employés durs et entieis mettraient trop de rigueur .et de hauteur dans leur gestion; enfin, parce que, dans un pays étendu, le prince ne saurait être partout. Tel est donc et sera le destin des choses d'id-bas, que jamais on n'attdndra au degré de perfection qu'exige le bonheur des peuples, et quen fait de gouvernement, comme pour toute autre chose, il faudra se contenter de ce qui est le moins défectueux.

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