‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 87 sur 97 · XVI. LETTRES · texte numérisé non relu

XVI. LETTRES

sont cités pour servir d'exemple à la pottérilé, et laissent un souvenir qui ne périt jamais» Dans laquelle de ces trois classes toules-vous être compris? Sans doute dans la demièM.

Après avoir détruit tant de faux raisonnements, vous ne devex vraiment pas vous attendre que votre Épicure, tout Gîte qu'il est, m'en impose. Agréez que pour le réfuter solidement je commente ses propres paroles. « Le sage ne doit se mêler ui d'af- . laires ni de gouverneniefit. » Oui, s'illialjite une île déserte. «Son «ànie impassible ne doit êUc t xjxi^ée à aucune passion, ni à la «mauvaise humeur, ni à la jalousie, ni k la eoiere.» Voilà donc Kpicui'e, le docteur de la volupté, qui recommande Timpassibilité stoïque. Ce n'était pas ce qu'il devait dire, c'était tout le conbraire* Le plus noble efîort du sage ne consiste pas à éviter les occasions, mais, quand elles se présentent, à conserver la tranquillité de son âme dans des momttits où tout ce qui Fenvironne soulève et irrite ces différentes passions. Un pilote n'a point de mérite à conduire son vaisseau quand la mer est calme; il en a beaucoup lorsque, après avoir été ballotté lori^Lciiij)^ par des ouragans et des vents contraires, il conduit beureusement son navire dans le port. Personne ne fait attention aux choses aisées et faciles , il n'y a que les difficultés vaincues dont on vous tienne compte. «Il \aut donc bien niu;ux laisser aller le monde comme il va, et ne penser qu'à soi-même.» Ah! moiisieur Epicure, sontce là des sentiments dignes d'un philosophe? î.a première chose à laquelle vous devriez, penser, n'est-ce pas le bien derimmanité? Vous osez, aonoucer qu'un chacun ue doit aimer que soi-même! , Un homme qui par malheur suivrait vos maximes ne serait -il pas détesté universellement et avec raison? Si je n'aime personne, comment puis-je prétendre qu'on m'aime? .Ne comprenezvous pas qu'on m'envisagera comme un monstre dangereux, dont il est loisible de se défaire pour maintenir la sûreté publique? Et si l'amitié disparaît, quelle consolation reste- t-il à notre pauvre espèce? Recourons à une allégorie pour nous expliquer plus intelligiblement; comparons un Etat quelconque avec le corps humain. C'est de l'activité et du concours unanime de toutes ses parties que résultent sa santé, sa iorce et sa vΣi^ue«r; les veines, les artères et jusqu'aux nerfs les plus déliés coopèrent

SUR L'AMOUR DE LA PATRIE. aa3

à son exjste&ce animale. Si reslomac ralentÎMait son mouvement péristallique, à les boyaux ne renforçaient leur mouvement ver* miculaire^ les poumons leur aspiration» le cœur sa diastole et sa systole, si enfin chaque soupape des artères ne s'ouvrait et ne se fermait selon les besoins de la circulation du sang , si les sucs nerveux ne se portaient aux parties de la contraction nécessaire au mouvement, le corps tomberait en langiieiii , il dépérirait insensiblement, et i iiiacli> ité de ses parties otcasioiineiaiL sa dcsUuclioti totale. Ce cor}>s, ccsL l'Kial; ses membres, c'est \oiis et tous les citoyen» »|ui lui appartiennent, Votib vdvcz donc tpi il faut que chaque individu remplisse sa Lâche pour que la masse générale prospère. Dès lors (jue devie/it cette heureuse indépendance dont vous vous faites le panégyriste, si ce n'est qu'elle vous rend un membre paralytique du corps auquel vous appartenez? Observez, encore , s'il vous plaît, que votre philosophe confond les idées les plus claires : il recommande la paresse et la fainéantise, comme si c'étaient des vertus; mais tout le monde convient que ce sont des vices. Est -il digne d'un philosophe de nous exciter à perdre le temps, qui est ce que nous avons de plus précieux, qui fuit toi\jours, et qui ne revient jamais? Faut- il nous encourager à nous abandonner à f oisiveté, à négliger nos devoirs, à devenir inutiles à tout le monde et à dharge à nous-mêmes? Un ancien proverbe dit : L'oisiveté est la mère de tous les vices ; on pourrait y ajouter : et le travail est le père des vertus. Ceci est une vérité constante, attestée par l'expérience de tous les temps et de tous les lieux.

En voilà, je crois, assez pour Kpiciue; reste à examiner maintenant vos propres opinions. Coudanmez les ambitieux, j'y consens; censurez les avares, j'y souscris; mais faut -il pour cela que des idées mal digérées et des préjugés pitoyables vous induisent à refuser vos soins pour contribuer comme tous les autres citoyens à futilité publique? Vous possédez tous les matériaux propres pour un tel ouvrage, l'ei^t, la droiture, les talents; et puisque la nature ne vous a rien refusé de ce qui peut vous donner de la réputation, vous êtes inexcusable, si vous laissez inutiles les faveurs dont elle vous a comblé. Vous exaltez votre indépendance, votre prétendue royauté, et celte liberté dont

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