‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 3)Chapitre 90 sur 97 · XVI. LETTRES · texte numérisé non relu

XVI. LETTRES

le négdce; de là ce BomBre de vaîUants d飻nsean de la patrie, qui lui dévouent leur repos, leur santé et leurs jouis. Mais si en partie Tîntérèt personnel est le ressort prindpal d'une si noble

aclu ilt, n'y a-t-il pas des motifs bien plus puissants pour la réveiller et Texcitcr dans ceux qu'une naissance plus illustre et des sentiments élevés doivent attacher à leur patrie? L'attarhement aux devoirs, l'amour de l'honneur et de la gloire, sont les ressorts les plus puissants qui opèrent sur les âmes vraiment vertueuses. Peut- on imaginer que la richesse puisse servir d'égide à la fainéantise, et que plus on possède, moins Ton tienne au gouvernement? Ces assenions erronées sont insoutenables; elles ne peuvent partir que d*un cœur de bronze, d'un homme insennble, qui, concentré dans lui-même, n*aime que lui, et se tient isolé, autant qu*!l le peut, de ceux avec lesquels son devoir, son intérêt et son honneur le lient. Hercule, tout Hercule que la Fable nous le représente, seul, n'est pas formidable; il ne le devient que lorsque ses associés l'assistent et le secourent.

Mais peut-être (|uc le raisonnement vous latig^ue : cmjilovons des exemples. Je vais vous en rapporter de raiiLitjuiLé, et principalement des républiques, ])our lesquelles je me suis aperçu que vous avex une prédilection singulière. Je commencerai donc par vous citer quelques traits choisis des harangues de Démosthène connues sous le nom de PMf^piqws : «On dit. Athéniens, que «Philippe est mort; mais qu'importe qu'il soit mort ou qu'il vive? «Je vous dis. Athéniens, oui, je vous le dis, que vous vous ferez «bientôt un autre Philippe par votre né§^genee, par votre indo- «lence, et par le peu d'attention que vous avez aux af&ires les «plus importantes.»* Vous voilà au moins convaincu que cet orateiu* pensait coftime moi; mais je ne me boTM pas à ce seul passage: en \ oici un autre où, a]>rès que Démosthène a dit en parlant <Îij i oi de Macédoine : «On s'attache toujours à celui qu'on «vril NiujiHus plein d'ardeur et d'activité,» il ajoute : «Si donc, «Atheinens, vons pense/, de même, du moins à présent, puisque «vous ne l'avez pas fait encore; si chacun de vous, lorsqu'il en «sera besoin et qu'il pourra se rendre utile, laissant à part tout «mauvais prétexte, est disposé à servir la république, les riches

« V«jci t. VIU, p. ai et aa.

SUR L'AMOUR DE LA PATRIE. 229

«en contribuant de leurs biens, ks jeunes en payant de leurs per- « sonnes; n diacun y eut agir comme pour soi, cessant de se flat- «ter que d'autres agiront pour lui tandis qu'il restera oisif, vous ■rétablirez vos afiPaires à l'aide des dieux, et vous recouvrerez ce «que la négligence vous a fait perdre.» Void un autre passage, qui contient à peu près les mêmes choses, pris d'une harangue pour le gouveiiieiueiiL : «Ecouler, Athéniens, les deuiers publics • qui se perdent en dépenses superllues, vous devez les partager «également, en ^ on^ rendanl utiles, à savoir : ceux d'entre vous » «qui sont en âge de porter les ariiies, par les services militaires; «ceux de vous qui ont passé cet âge, par des emplois de judica- «ture et de police, ou en£n de quelque autre façon. Vous devez «servir vous-mêmes, ne céder à personne cette fonction de ci* «toyen, et composer vous-mêmes une armée qu'on puisse appeler «celle de la république; par là vous ferez ce que la patrie exige «de vous.» Voilà ce que Démosthène demandait des citoyens d'Athènes; voilà comme on pensait à Sparte, quoique le genre de gouvernement y l&t oligarchique. Cette conformité de sentiments avait une raison toute simple : c'est q^*un État, de quelque nature qu il soit, ne peut snb^ster, si tous les citoyens ne travaillent pas d'un commim accord au soutien de leur commune patrie. Repassons maintenant les exemples que nous fournit la république romaine; leur ^n and nuinbro m emiiarrasse siu' le choix. Je ne vous parlerai ni de Mucius Scévola, ni de Décius, ni de l'aacieu lirulu^. qui souscrivit l'arrêt de mort de son propre fils pour sauver la liberté publique; niais oul»lierai-je Atilius Résidus et la générosité avec laquelle il sacrifia son intérêt à celui de la république en retournant à Carthage pour y soufiGnr le dernier supplice? Voilà ensuite Scipion TAfricaio qui se présente. Cette guerre qu'Annibai faisait en Italie, Scipion la transporte en Afrique, et il la termine glorieusement par une victoire décisive qu'A remporte sur les Carthaginois. Ensuite parait Caton le censeur, im Paul-Emile, qui triomphe de Persée; là, c*est Caton d*Utique, ce zélé défenseur du gouvernement. Oublierai-je Qcéron, qui sauva sa patrie prête à succomber par les entreprises meurtrières de Catilina, ce Cicéron, qui défioidit la liberté expirante de la république et qui périt avec die? V<nlà ee que

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