SUR MA CONVALESCENCE
O brillant rayon d'espérance !
O divine convalescence!
Tu finis ces moments affreux
De maux, de tourments, de souffrance;»
Tu délivras un malheureux
Des supplices que lui prépare
La douleur, ce tyran barbare,
Pour lui rendre l'éclat des cieux.
J'éprouvais de cent maux le mélange bizarre, Je sentais les tourments des gouffres du Ténare; Alecton, s'attachant à mon corps décharné, Sur un triste grabat me tenait enchaîné.
Tout ce que des tyrans raffinés dans les vices Ont jamais invente de plus cruels supplices, Ces monstres, de mes maux barbares artisans,
Les exerçaient sans interstices Sur mes membres perclus , à peine palpitants. La nature à mes yeux paraissait se soustraire
A mes organes défaillants.
Animés d'un souffle précaire:
* \ ovez In pièce précédente , qui est probablement, comme celle - ci. du 3 avril 1770, et les lettres de Frédéric à d' A Icmbcrt, de la même date et du 17 mai suivant. Voyez aussi sa lettre à Kouqué, du fi mai 1 77<».
Je semblais isole dans ce triste univers;
Ce qui peut soulager, ou consoler, ou plaire,
Devenait impuissant dans ces tourments d'enfers.
Quinze fois le soleil, fournissant sa carrière,
Au globe qu'il attire a rendu la lumière.
Quinze fois, sur son char d'ébène marqueté.
La nuit a répandu sa sombre obscurité.
Sans que le doux sommeil vint clore ma paupière.
Ma vigueur affaiblie à tant de maux cédait ,
Des fantômes confus dérangeaient ma pensée,
Mes sens étaient vaincus, et mon âme éclipsée
Dans peu m'abandonnait.
Près des bords d'Achéron, de la barque fatale. Un vrai fils d'Esculape,* armé pour mon secours, M'arrache avec effort de la rive infernale,
Et vient de prolonger mes jours.
Santé, que l'on ne connaît guère
Dans les plaisirs , les jeux , les ris , Et qu'insulte souvent la vigueur téméraire.
C'est ta privation qui fait sentir ton prix.
O moment enchanteur ! ô seconde naissance !
Je revis donc pour mes amis; Un moment m'a rendu l'espoir, la jouissance De tous les biens auxquels les mortels sont admis ; Je vous reverrai donc, moments remplis de charmes. O sœur, à qui mes maux ont coûté tant de larmes!
O sœur, mon espoir, mon appui!
Vous m'écrivez, mon mal a fui.
Ah! si je vis, si je respire, Si je suis délivré de mon cruel martyre, Amitié, doux lien si peu connu des rois,
C'est à toi seul que je le dois.
Encor je jouirai de votre amitié tendre.
Je pourrai resserrer ces fidèles liens,
* Le Roi veut sans doute parler de «on premier médecin ordinaire, le conseiller intime Chrétien -André Colhenius, élève de Frédéric Hoffmaun, né à Anrliim le i4 février 1708, mort à Berlin le 5 janvier 1789.