‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 33 sur 104 · ÉPITRE AU COMTE HODITZ · texte numérisé non relu

ÉPITRE AU COMTE HODITZ

SUR ROSSWALDE."

O singulier Hoditz! vous qui, né pour la cour, Avez fui, jeune encor, ce dangereux séjour, Libre des préjugés qui trompent le vulgaire, Vous riez de ces fous dont l'esprit mercenaire N'amasse des trésors que pour les dépenser, De ces fats dont l'orgueil sait si bien s'encenser, Se dresse, se rengorge, et se mire en ses plumes, Et de ces sombres fous qui, dans les amertumes, Toujours pour leur grandeur occupés de projets, S'épuisent en travaux sans réussir jamais, Mécontents du présent à leurs vœux peu sortable, Cherchent dans l'avenir un sort plus favorable; Vous avez rejeté ce dangereux poison, Vous bornez vos désirs à suivre la raison.

Etre heureux en effet, c'est bien la grande affaire; L'orgueil est à mes yeux une triste chimère.

A quoi vous eût servi que, valet grand seigneur,

» Au commencement de septembre 1770, Frédéric se rendit à Ncusladt en Moravie, pour faire visite à l'Empereur (voyez t. VI, p. ag). 11 logea au château de Rosswalde en allant et en revenant, et en invita le maître, le comte Hoditz , à venir le voir à Potsdam. Ce fut à cette occasion qu'il lui dédia la présente EpUre, le a6 mars 1771.

Vous eussiez quarante ans déchaussé l'Empereur? • 11 est beau d'approcher de près du diadème , Mais il vaut mieux encor dépendre de soi-même. Ainsi vous avez su, d'un choix prémédité, Préférer aux grandeurs l'heureuse liberté.

Sans faste et sans apprêts, guidé par la nature, Même sans y penser, disciple d'Epicure.

Rosswalde, en héritage entre vos mains passé, Le disputa bientôt au palais de Circé, Et ce bourg, ignoré du Tanaïs à l'Ebre, Grâces à vos talents est devenu célèbre.

Ce n'est plus ce donjon sombre et peu fréquenté Qu'à peine on tolérait pour son antiquité; C'est un séjour divin ; les yeux et les oreilles S'étonnent d'y trouver cent charmes, cent merveilles; Le Tasse et l'Arioste en deviendraient honteux, S'ils voyaient vos travaux les surpasser tous deux.

Là , des enchantements l'ingénieux prestige Produit à chaque instant prodige sur prodige; Tout respire, tout vit, tout être est animé.

Par un charme soudain ce bois est transformé, C'est un jardin superbe, et là -bas, par miracle, Vous lisez dans un puits les arrêts d'un oracle. La nature parait obéir à vos lois, Tout s'arrange, se fait, se plie à votre choix. Tandis qu'en avançant on examine, on cause, L'œil est soudain frappé d'une métamorphose : En fuyant Apollon, plus prompte qu'un coursier, Daphné subitement se transforme en laurier.

Là, j'aperçois Renaud dans le palais d'Armide; Ici sont tous les dieux célébrés par Ovide,

* Dans le manuscrit original . ce vers est accompagné de la note suivante : • I /empereur Charles VI, dont le comte était chambellan.* Ce manuscrit de neuf pages in- 4, de la main d'un secrétaire, avec des corrections de celle du Roi, se trouve aux archives du Cabinet , et porte la date •l'otsdain, le aC de

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