‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 34 sur 104 · AU COMTE HODITZ · texte numérisé non relu

AU COMTE HODITZ

Vénus, Pallas, Diane, Apollon, Jupiter, Neptune, Mars, Mercure et le dieu de l'enter.

Ces dieux, qui n'existaient qu'au code poétique, Ont retrouvé chez vous autels et culte antique : Des prêtres revêtus d'habits pontificaux Amènent la victime, et puis de leurs couteaux L'égorgent, en l'offrant aux dieux en sacrifice; Ils aspergent l'autel du sang de la génisse , Ils invoquent ces dieux, l'encens fume pour eux. Que l'ombre de Symmaque a approuverait vos jeux , Si , dans ce nombre outré de cultes ridicules Dont on charge à plaisir les peuples trop crédules, Il voyait par vos soins ressusciter le sien !

Mais vous aimez la Fable, en restant bon chrétien. Et sans que la vraie foi puisse en être alarmée, Vous pouvez vous créer tout un peuple pygmée. Je crus, dans leur cité, quand leur essaim parut. Etre avec Gulliver tombé dans Lilliput; Je semblais un géant envers cette peuplade, Typhée, ou Géryon, ou du moins Encelade, Et la cité, bâtie à leur proportion, N'avait point de clocher qui m'atteignît au front. Telle Virgile a peint la naissante Carthage, Où tout un peuple actif s'empressait à l'ouvrage , Et travaillait aux murs qu'avait tracés Didon.

Bientôt d'autres objets nous font diversion : De voix et d'instruments la douce mélodie Par un plaisir nouveau change et diversifie Tout ce qu'ont prodigué les charmes précédents ; Tant l'esprit des humains se plaît aux changements! Tantôt c'est l'opéra, tantôt la tragédie, Ou bien la pantomime, ou bien la comédie, Qui viennent tour à tour par leur variété Ecarter les ennuis de l'uniformité.

Mais serai -je muet au sujet des actrices,

Svmmaquc ( Quintu» Aurclius Avinnus S\ mniachu.s ). préfet de K 384, est connu dan» l'histoire par »es effort» pour soutenir le paganisme

Ces vestales qu'encor je ne crois pas novices, Qui, venant étaler leurs grâces, leurs appas, Semblent briguer l'honneur de passer dans vos bras? Ce sérail de beautés qui forment les spectacles N'aiment que leur sultan, respectent ses oracles; Sa volonté décide et marque leur devoir, Il fixe leur destin en jetant son mouchoir.

Ce sultan, cher lloditz, vous le devez connaître; J)e ces lieux enchantés n'est-ce pas l'heureux maître. Génie infatigable, inépuisable, égal, Et qui, toujours nouveau, demeure original?

Ainsi vos jours heureux sans embarras s'écoulent, Les Amours enfantins et les Plaisirs les moulent.

Lorsque dans vos jardins, vers la fin d'un beau soir, La rivale du jour vient de son crêpe noir Obscurcir les objets de la nature entière, Vous parlez , et d'abord reparait la lumière. Tel Dieu créant ce monde, auquel il se complut, Dit : Que le jour paraisse! et la lumière fut. A Rosswalde aussitôt cent raquettes s'élancent, Et remplissent les airs des feux qu'elles dispensent, De leur gerbe brillante éclairent l'horizon, Et semblent suppléer au char de Phaéthon.

Vos prestiges de l'art égalent la nature.

Mais ce jour fortuné penche vers sa clôture ; Pour le finir ainsi qu'il avait commencé, Mon comte va choisir dans son peuple empressé Un tendron de quinze ans. Grands dieux, qu'elle était belle î Le fameux Phidias, l'élégant Praxitèle, En elle auraient cru voir une divinité; Si ce n'était Vénus, c'était la Volupté, Les charmes enchanteurs, les Grâces l'ont pétrie. Elle doit cette nuit lui tenir compagnie; L'Amour, qui l'aperçoit, en rit malignement, Ses rivales en feu s'en plaignent vivement.

Ah! qu'il est difficile, en un sérail de belles, De contenter sou goût sans causer des querelles !

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