‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 4 sur 104 · A MES NEVEUX LES PRINCES · texte numérisé non relu

A MES NEVEUX LES PRINCES

En perdant tous tes sens, tu viens hors de saison Vanter les vains progrès qu'aura faits ta raison.

Pour moi, plus franc et plus sincère.

Je porte avec ingénuité

Un hommage tout volontaire

Au tronc de la Vérité ;

Je prends en pitié la sagesse

Qui choisit pour son fondement

Un corps tout usé de vieillesse.

Notre gaité, notre tristesse, Tout nous vient ou de l'âge, ou du tempérament;

Quand on n'a plus l'esprit volage,

Quand on n'a plus de sentiment,

C'est malgré soi que l'on est sage.

11 n'est point de Nestor austère à nous transir

Qui ne rappelle avec plaisir

Les jours de sa naissante aurore,

Et qui ne brûle du désir

De retourner, s'il peut, encore Sous l'empire charmant de Vénus et de Flore.

Ses regrets importuns vous doivent avertir

Que malgré lui, par impuissance,

Il renonce à la jouissance

Des bienfaits que vous possédez ; Les destins rigoureux ont de plus décidé Qu'il n'en garderait point la plus frêle espérance.

Vous voyez donc, mes chers neveux, Que votre âge est le seul où Ton peut être heureux. Usez de ce trésor avec poids et mesure :

Partout l'abondante nature

Vous fournit des plaisirs nouveaux;

Le ciel, en dépit des dévots, Prodigue ses faveurs aux enfants d'Epicure,

Et la volupté la plus pure, Comme une immense mer en répandant ses flots,

Les désaltère de ses eaux.

De sa liqueur enchanteresse

Page 1