‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 72 sur 104 · I.(b) ODE A MON FRÈRE HENRI · texte numérisé non relu

I.(b) ODE A MON FRÈRE HENRI

Mes accents ne sont plus ceux d'un mortel profane , C'est Apollon lui-même, animant mon organe,

Qui parle par ma voix; Des destins éternels la volonté secrète Se dévoile à mes yeux, je deviens l'interprète

De leurs augustes lois.

O Prussiens! c'est à vous que l'oracle s'adresse, Vous, que l'acharnement d'un sort barbare oppresse

Sous cent calamités :

Sachez qu'aucun Etat dans sa gloire naissante N'éprouva sans revers la course triomphante De ses prospérités.

Rome parut souvent au bord du précipice,

Sans que pour son secours l'appui d'un dieu propice

Détournât son affront; Les sénateurs en deuil pleuraient la république Quand Annibal, vainqueur, de ses guerriers d'Afrique

Eut écrasé Vairon.

Au sein de ses dangers s'accrut son espérance; Elle maintint ses murs plutôt par sa constance

Que par ses légions.

Prêt à récompenser ce sublime courage , Mars nomma pour vengeur d'un si cruel outrage

L'aîné des Scipions.

Du Tibre désolé le démon de la guerre

Porte, en passant les mers, sur la coupable terre

Le carnage et l'horreur; Dans les champs africains l'ennemi prend la fuite, Rome fut délivrée, et Carthage réduite

Sous son nouveau vainqueur.

APPENDICE

Dans nos jours criminels, la guerre qui vous mine, Prussiens, semble annoncer la prochaine ruine

De vos vastes Etats; L'Europe frénétique, et l'œil brûlant de rage, Porte dans votre cœur la flamme, le carnage,

L'horreur et le trépas.

Cette hydre, en redressant ses têtes enflammées, Vomissant des soldats, enfantant des armées,

Sur nous fond en courroux; Le monstre vainement de vos mains triomphantes Sentit l'effort puissant; ses têtes renaissantes

Bravent encor vos coups.

Si la Haine et l'Envie, avides de leur proie, Pensent traiter Berlin comme Agamemnon Troie

Après la mort d'Hector, O peuple généreux! abattez leurs trophées; Leurs couleuvres bientôt sous vos pieds étouffées

Feront changer le sort.

C'est dans les grands dangers qu'une âme magnanime Peut déployer la force et le pouvoir sublime

Du courage d'esprit Q'importe la tempête et Jupiter qui tonne?

L'homme qui, plein d'effroi, lui-même s'abandonne

Est le seul qui périt.

Le souverain des dieux, de ses mains libérales, Répand sur les humains, de deux urnes égales.

Et les biens et les maux ; Tandis que la nature attentive, assidue.

Fait naître en même temps la casse et la ciguë,

Le cèdre et les roseaux.

Page 1