‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 4)Chapitre 73 sur 104 · I. (b) ODE A MON FRÈRE HENRI · texte numérisé non relu

I. (b) ODE A MON FRÈRE HENRI

Ce mélange fâcheux de souffrance et de gloire De l'archive des temps remplit la longue histoire

De désastres cruels.

Un bonheur toujours pur, dont l'éclat se conserve, Se refuse à nos vœux; le destin le réserve

Pour les dieux immortels.

Au courage obstiné la résistance cède, Un noble désespoir est Tunique remède

Aux maux désespérés; Le temps met fin à tout, rien n'est longtemps extrême, Et souvent le malheur devient la source même

Des bonheurs désirés.

Les aquilons mutins d'un ormeau qu'on néglige Par leurs fougueux assauts font incliner la tige,

Qui cède pour un temps ; Mais de la molle arène et du niveau de l'herbe Il se lève, et dans peu de sa tête superbe

Il ombrage les champs.

Dans les bras d'Amphitrite , où son éclat expire, Le soleil de la terre abandonne l'empire

Aux ombres de la nuit; Mais ses rayons vainqueurs au point du jour éclipsent Ces flambeaux lumineux, ces astres qui pâlissent,

Et l'obscurité fuit.

Telle réapparaissant couverte de ténèbres, Ma patrie éplorée, à ses voiles funèbres

Attachant ses regards, De nos calamités l'âme encore effrayée , Sur nos lauriers flétris tristement appuyée,

Maudissant les hasards;

APPENDICE

Malgré tant de périls, de revers mémorables, Recourbé sous le poids des destins implacables

Contre elle déchaînés, J'entrevois, à travers cette ombre que j'abhorre , Les prémices charmants et la naissante aurore

De ces jours fortunés.

Les dieux pour les mortels ne font plus de miracles; Entourés de dangers, de gouffres et d'obstacles

Qui bordent leur chemin, Ils leur ont départi l'audace et le courage, Utiles instrumente dont le pénible ouvrage

Asservit le destin.

Le tribut de la mort se doit à la nature, C'est lui rendre son bien, dont on tire l'usure

Pendant qu'on en jouit; Mévius le lui paya de même que Virgile, Thersite comme un lâche, en vrai héros Achille,

Et tout s'évanouit.

Cette mort, dont on craint la redoutable image, Peut vous rendre immortels, si vous vengez l'outrage

De vos lares, Prussiens.

L'amour de la patrie, à Rome secourable, Changeait en demi -dieux de ce peuple adorable

Les moindres citoyens.

Eh quoi! notre siècle est -il donc sans mérite? Du monde vieillissant la masse décrépite

Est - elle sans vertus ?

Par ses productions la nature épuisée Laisse- t-elle en nos temps la terre sans rosée,

L'Océan sans reflux?

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