I. (b) ODE A MON FRÈRE HENRI
Ce mélange fâcheux de souffrance et de gloire De l'archive des temps remplit la longue histoire
De désastres cruels.
Un bonheur toujours pur, dont l'éclat se conserve, Se refuse à nos vœux; le destin le réserve
Pour les dieux immortels.
Au courage obstiné la résistance cède, Un noble désespoir est Tunique remède
Aux maux désespérés; Le temps met fin à tout, rien n'est longtemps extrême, Et souvent le malheur devient la source même
Des bonheurs désirés.
Les aquilons mutins d'un ormeau qu'on néglige Par leurs fougueux assauts font incliner la tige,
Qui cède pour un temps ; Mais de la molle arène et du niveau de l'herbe Il se lève, et dans peu de sa tête superbe
Il ombrage les champs.
Dans les bras d'Amphitrite , où son éclat expire, Le soleil de la terre abandonne l'empire
Aux ombres de la nuit; Mais ses rayons vainqueurs au point du jour éclipsent Ces flambeaux lumineux, ces astres qui pâlissent,
Et l'obscurité fuit.
Telle réapparaissant couverte de ténèbres, Ma patrie éplorée, à ses voiles funèbres
Attachant ses regards, De nos calamités l'âme encore effrayée , Sur nos lauriers flétris tristement appuyée,
Maudissant les hasards;
APPENDICE
Malgré tant de périls, de revers mémorables, Recourbé sous le poids des destins implacables
Contre elle déchaînés, J'entrevois, à travers cette ombre que j'abhorre , Les prémices charmants et la naissante aurore
De ces jours fortunés.
Les dieux pour les mortels ne font plus de miracles; Entourés de dangers, de gouffres et d'obstacles
Qui bordent leur chemin, Ils leur ont départi l'audace et le courage, Utiles instrumente dont le pénible ouvrage
Asservit le destin.
Le tribut de la mort se doit à la nature, C'est lui rendre son bien, dont on tire l'usure
Pendant qu'on en jouit; Mévius le lui paya de même que Virgile, Thersite comme un lâche, en vrai héros Achille,
Et tout s'évanouit.
Cette mort, dont on craint la redoutable image, Peut vous rendre immortels, si vous vengez l'outrage
De vos lares, Prussiens.
L'amour de la patrie, à Rome secourable, Changeait en demi -dieux de ce peuple adorable
Les moindres citoyens.
Eh quoi! notre siècle est -il donc sans mérite? Du monde vieillissant la masse décrépite
Est - elle sans vertus ?
Par ses productions la nature épuisée Laisse- t-elle en nos temps la terre sans rosée,
L'Océan sans reflux?