APOLOGIE DU SUICIDE
Ami , le sort en est jeté ;
Las du destin qui m'importune,
Las de plier dans l'infortune
Sous le joug de l'adversité,
J'accourris le temps arrêté
Que la nature notre mère
A mes jours remplis de misère A daigné départir par prodigalité.
D'un cœur assuré, d'un œil ferme,
Je m'approche de l'heureux terme Qui va me garantir contre les coups du sort.
Sans timidité, sans effort, J'entreprends de couper dans les mains de la Parque Le fil trop allongé de ses tardifs fuseaux ;
Et sûr de l'appui d'Atropos,
Je vais m élancer dans la barque
« Voyes t. XII, p. 5o-56. Voltaire, parlant à Frédéric de cette poésie dans une de ses lettres, la désigne par les mots Votre épitre «TErfurt; et dans les Œuvres complètes de Voltaire, édition de Kehl, t. LXV, p. a4g, les éditeurs ont ajouté en note sous le texte de cette lettre : Le testament du Roi, avant la bataille de Rossbach.
APPENDICE
Où, sans distinction, le berger, le monarque, Passent dans le séjour de l'éternel repos.
Adieu, lauriers trompeurs, couronnes des héros, 11 n'en coûte que trop pour vivre dans l'histoire;
Trop souvent vingt ans de travaux
Ne valent qu'un instant de gloire
Et la haine de cent rivaux.
Adieu, grandeurs, vaines chimères,
De vos bluettes passagères
Mes yeux ne sont plus éblouis.
Si votre faux éclat dans ma naissante aurore
Fit trop imprudemment éclore Des désirs indiscrets, longtemps évanouis,
Au sein de la philosophie,
Ecole de la vérité, Zénon me détrompa de la frivolité Qui fait l'illusion du songe de la vie,
Et je sus avec modestie Repousser le poison qu'offre la vanité.
Adieu, divine volupté, Adieu, plaisirs charmants qui flattez la mollesse,
Et dont la troupe enchanteresse, Par des liens de fleurs enchaînant la gaîté,
Compagne dans notre jeunesse
De la brillante puberté,
Fuit de l'insipide vieillesse Les arides glaçons et la rigidité.
Ah ! que l'Amour me le pardonne,
Plaisirs, si je vous abandonne;
•Mon pinceau ne sait point flatter.
Quand neuf lustres complets m'annoncent mon automne, Plaisirs, je vous voyais tous prêts à me quitter. Mais que fais-je, grand Dieu! courbé sous la tristesse, Est-ce à moi de nommer les plaisirs, l'allégresse?
Et sous la griffe du vautour,
Voit -on la tendre Philomèlc * Va*. Ma muse ne sait point flatter.