VI. ÉP1TRE A MA SG^UR DE BAIREUTH
J'attends sans murmurer, victime obéissante,
Que l'inexorable trépas,
En consommant ses attentats, Veuille émousser sur moi sa faux étincelante. Mais si tant de faveurs que j'ose demander Sur un faible mortel ne peuvent se répandre,
O mes dieux ! daignez accorder Qu'on me voie et ma sœur un même jour descendre Dans ces champs ombragés de myrte et de cyprès,
Séjour d'une éternelle paix , Et qu'un même tombeau puisse enfermer ma cendre.
Cette Êpître était accompagnée de la lettre suivante :
Ma. très- chère sœur,
Daignez recevoir avec bonté les vers que je vous envoie; je suis si plein de vous, de vos dangers et de ma reconnaissance, qu'éveillé comme en rêve, qu'en prose comme en poésie, votre image règne également dans mon esprit, et fixe toutes mes pensées. Veuille le ciel exaucer les vœux que je lui adresse tous les jours pour votre convalescence. Cothenius* est en chemin; je le diviniserai, s'il sauve la personne du monde qui me tient le plus à cœur, que je respecte et vénère, et dont je suis jusqu'au moment que je rendrai mon corps aux éléments, b
Ma très -chère sœur,
le très - fidèle et dévoué frère et serviteur, Federic.
(Rodewiz) le 12 octobre 1758.
* Voyei ci - dessus , p. 38.
•» Voyex Y Epître au maréchal Keith (U X, p. aoa), et le premier paragraphe du Testament (t. VI, p. ai 5), où Frédéric dit : «Je rends de bon gré mon corps aux éléments;» Voltaire dit de même, dans le second chapitre, de son Micromegas, 1 75a : ■ Quand il faut rendre son corps aux éléments , • etc.
i 7 o APPENDICE.
La margrave étant morte le i4 octobre, et n'ayant plus reçu les deux pièces précédentes, le Roi les adressa à son beau -frère, le margrave de Baireuth, avec la lettre suivante :
Mon cher margrave,
Je vous renvoie cette malheureuse lettre qui n'a point été rendue; vous y verrez ce que je pense. Après cette affreuse perte, la vie m'est plus odieuse que jamais, et il n'y aura pour moi de moment heureux que celui qui me rejoindra à celle qui ne voit plus la lumière. Je suis avec toute l'amitié possible,
Moif CHER MARGRAVE,
voire fidèle frère, (Girlsdorf) le 4 novembre 1758. Federic.