LETTRE A VOLTAIRE
Grand merci de la tragédie de Socrate; elle devrait confondre le fanatisme absurde , vice dominant à présent en France , qui , ne pouvant exercer sa fureur ambitieuse sur des objets de politique, s'acharne sur les livres et sur les apôtres du bon sens. Les frocards, les mitres, les chapeaux d'écarlate Lisent en frémissant le drame de Socrate; L'atrabilaire amas de docteurs, de cagots, De la raison humaine implacables bourreaux, En pâlissant de rage, en bouffissant leur rate, D'absurdes zélateurs vont soulever les flots. Si des Athéniens vous empruntez les dos Pour porter à ceux-ci quelque bon coup de patte, Les contre - coups sont tous sentis par vos bigots.
Déjà leur cabale est accrue Du concours imposant des Mélites nouveaux, Pédantesques tyrans, la honte des barreaux.
On s'empresse, on opine, et la troupe incongrue, En vous épargnant la ciguë , Pour mieux honorer vos travaux.
Elève des bûchers, entasse des fagots.
Le brasier étincelle, et déjà part la flamme Qu'allume la main de Y infâme Pour consumer ce bel esprit,
• Voye» t. Xll, p. m — iiS.
i 7 2 APPENDICE.
Ce brillant précepteur d'un peuple qu'il éclaire;
Mais au lieu de griller Voltaire, Ils ne pourront rôtir que son malin écrit.
Je vous en fais mes condoléances. Cependant, tout pesé, tout bien examiné, il vaut mieux le livre que l'homme. Vous devez bien croire que je ne me joindrai pas à ces gens -là; et si vous vous plaignez que je vous mords, c'est à mon insu, ou du moins sans intention. Pensez, je vous prie, que je suis environné d'ennemis, pressé de toute part; Ton me pique, m'éclabousse; ici Ton m'insulte; enfin la patience succombe. L'instinct d'un sentiment trop vif l'emporte sur la voix de la raison, et la colère irritée s'enflamme. Je suis dans quelques moments Comme un sanglier écumant Qui résiste et qui se défend Contre les durs assauts d'une meute aguerrie. On le poursuit avec furie ; Il attaque, il blesse, il pourfend, Et donne à propos de sa dent Des coups à la race ennemie, Qui le suit de loin en jappant.
Trop irrité dans sa colère , 11 brave le fer inhumain , Et, brouillant les objets qu'il trouve en son chemin, Un innocent agneau lui parait un Cerbère.
L'homme, ainsi que cet animal, S'il souffre, irrité par le mal, Livre à l'instinct des sens sa faible intelligence. Sous le despotisme fatal De la sanguinaire vengeance, Souvent son aveugle fureur Confond le crime et l'innocence.
Le sage, qui voit son erreur, Le plaint, le déplore, et soupire; Détournant ses pas sans rien dire, II fuit d'un malheureux l'esprit rempli d'aigreur. Laissez - moi donc ronger mon frein tant que dure cetle pénible campagne, et attendez qu'un ciel serein ait succédé à tant