‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 26 sur 81 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

n4 III. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

4o. AU MÊME.

(Polsdam) ce 17 ( juillet 1756).

Mon cher frère,

Je ne m'étonne point que vos ofGciers qui reviennent de recrues ne sachent pas ce qui se passe au conseil de la reine de Hongrie. Elle n'envoie les ordres à ses troupes que pour exécuter, et, si ce n'est les maréchaux, personne ne sait ce qui se passe. Kn attendant, des magasins se font, des munitions s'assemblent en Moravie, en Bohême; des régiments de Hongrie sont en marche pour entrer dans les deux camps, dont l'un doit être de soixante mille hommes, et l'autre de quarante mille. Les troupes qui sont en Bohême et en Moravie demeurent tranquilles dans leurs quartiers, jusqu'à ce que les autres les aient jointes. Les camps ne se formeront qu'après la moisson. Voilà des choses positives. On m'assure, d'ailleurs, que des troupes d'Italie se sont mises en marche pour se joindre aux autres, et les nouvelles secrètes me font envisager la guerre comme inévitable. Si tout cela n'en est pas assez, vous aurez la bonté de vous donner un peu de patience, et vous verrez que je n'ai point pris une vainc alarme." Je vous embrasse, mon cher frère, en vous priant de me croire avec une parfaite amitié, etc.

4i. AU MÊME.

(PoUiUm) ce 9 tnoûl i75ti).

Je prends trop de part à votre jour de naissance pour ne vous en pas féliciter. Je vous prie d'accepter ce tableau il représente un paysage agréable; j'espère qu'il sera comme l'augure du

• Voyez t. IV, p. 34 et .suivantes.

De Philippe Wouwcrmar.s.

AVEC LE PRINCE DE PRUSSE. n5

sort qui nous esl destiné. Conservez -moi toujours votre amitié, et soyez persuadé des sentiments de tendresse avec lesquels je suis invariablement, clc.

4a. AU MÊME.

(PntstUm) rc af» (août 1756).

Mon cher fkkke, ma chkke sckuk, a

Je vous écris à tous les deux, faute de temps. Je suivrai les conseils que vous avez eu la bonté de me donner, et je prendrai congé de la Reine b par écrit; et pour que la lecture de ma lettre ne l'effraye pas, je l'enverrai à ma sœur, qui aura la bonté de la rendre dans un moment favorable. Je n'ai point encore de réponse de Vienne; je ne la recevrai que demain, selon ce que Klinggraffc me mande. Mais je crois être plus sûr de la guerre que jamais, à cause que les Autrichiens ont nommé des généraux, et que leur armée doit marcher de Kolin à Kônigingrâtz; de sorte que, m'attendant à une réponse ou fière, ou très -peu sûre, sur laquelle on ne pourra pas se reposer, j'ai tout arrangé pour partir samedi. Demain, dès que j'en saurai davantage, je ne manquerai pas de vous le mander. Vous assurant que je suis avec une parfaite tendresse, mon cher frère, ma chère sœur, etc.

* l.a princesse Amélie.

I' La Reine- mère.

r Envoyé «lit Roi à Vienne. Voyei l. IV, p. 3o et suivantes.

nf. III. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

(PoUdam) ce 36 (août 1756).

Mon cher frère,

J'ai déjà écrit à la Reine, en adoucissant les choses autant qu'on peut les adoucir; ma sœur, à qui j'ai adresse la lettre, la lui remettra.

Vous avez vu la pièce que j'ai envoyée à Klinggraff. Leur réponse est qu'ils n'ont point fait contre moi d'alliance offensive avec la Russie. La réponse est impertinente, haute et méprisante, et pour les sûretés que je leur demande, pas un mot: de sorte que l'épée seule peut couper ce nœud gordien. » Je suis innocent de cette guerre, j'ai fait ce que j'ai pu pour l'éviter; mais, quel que soit l'amour de la paix, il ne faut jamais y sacrifier sa sûreté et son honneur. C'est, je crois, de quoi vous conviendrez, vu les sentiments que je vous connais. A présent, il ne faut penser qu'à faire la guerre de façon à faire perdre à nos ennemis l'envie de rompre trop tôt la paix. Je vous embrasse de tout mon cœur. J'ai eu terriblement à faire.

Berlin, i"j août 175(1.

Mon très -cher frère,

La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrirc hier m'a mis au fait de la réponse de Vienne et de votre résolution. Je souhaite que votre santé et votre vie soient conservées. Voilà le principal article; votre esprit et la valeur des troupes feront le reste. Je me souviens que Montécuculi dit dans ses Mémoires que tout le mal qu'on prévoit à la guerre n'arrive pas, et que le bien qu'on espère manque de même souvent, en dépit des meilleurs

» Frédéric partit pour l'armée le a8 août. Voyez t. IV, p. 80 et suivantes.

arrangements. Mais l'art consiste à trouver les moyens de redresser les chose*, par la force d'esprit, qui fait naître les moyens, a \ oilà ce qui ne vous a jamais manqué, mon très- cher frère, et ce qui fait que l'armée sous vos ordres sera en sûreté, et assurera celle de l'Etat. Heureux si je puis contribuer par mon zèle au bien-être de la patrie et à votre gloire! Soyez persuadé, mon très-cher frère, que c'est le but où se borne mon ambition.

La Reine se porte bien; elle affecte de la fermeté, elle la soutient devant le monde; mais en particulier son cœur pâtit. Ma sœur fera venir le médecin,1* et prendra toutes les précautions pour que sa santé soit conservée.

J'ai l'honneur d'être, etc.

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