XXVI. i
i4a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
n5. AU PRINCE HENRI.
(Breslau) 3 avril 1762.
Mon cher frkhe,
Nous avons eu ici Czernichew avec toute sa généralité. Us ont passé l'Oder, et les voilà bien séparés des Autrichiens. Ils ne sont guère contenu de leurs anciens alliés , et semblent fort satisfaits des ordres qu'ils ont reçus de se séparer d'eux. Le neveu a est arrivé ici. 11 semble avoir une santé fort robuste; cependant nous le ménagerons , et tâcherons de la lui conserver. 11 est fort crû , et ressemble de jour en jour davantage au prince François l>
f Breslau, 3 avril 1762.
. . . . Epargnez , monseigneur, votre colère et votre indignation à votre serviteur. Vous qui prêchez l'indulgence, ayez -en quelqu'une pour les personnes qui n'ont aucune intention de vous offenser ou de vous manquer de respect, et daignez recevoir avec plus de bénignité les humbles représentations que les conjonctures me forcent quelquefois de vous faire.
• Le Prince de Prusse. Vovcz l. VII, p. 4o; t. IX, p. 35 — 4o; l XIX, |>. 3o3, n° aag; et ci -dessus, p. 106, 107, 110, 111 et iq5. Voyez t. IV, p. 2i3; t. XV, p. x; et ci-dessus, p. 193.
Brcfllau, li avril 176a.
Mon très-cher frère,
Vous jugerez vous-même de la surprise où j'ai été en voyant ce que votre lettre du 1 1 de ce mois comprend , à laquelle vous ne devez pas vous attendre à une autre réponse de ma part, sinon que je ne donnerai jamais mon agrément à ce que vous y dites de votre résolution prise, de laquelle votre honneur, votre réputation et votre devoir envers l'Etat vous doivent faire revenir de vous-même, d'autant plus que les conjonctures présentes ne permettent point que vous quittiez l'année confiée à vos soins. Ainsi je continuerai encore à vous écrire pour vous communiquer mes nouvelles, mais non pas pour entrer dans un autre sujet. Je suis avec ces sentiments d'amitié et d'estime que vous me connaissez , etc.
HolT, 18 avril 176a.
Agréez les représentations que je vous fais encore sur le même sujet pour lequel vous n'avez pas daigné me répondre. Ma sensibilité est trop grande pour me voir priver sans émotion de la faveur de votre amitié dans un temps où j'en ai tant besoin. Croyez-vous qu'on renonce au commandement d'une armée sans de bonnes raisons? Et qu'aurai -je de mieux pendant toute ma vie? Quelle carrière ai -je devant moi, quel agrément, quel bonheur à espérer? Rien. La médiocrité sera mon partage; il dépendra de vous d'adoucir mon sort par vos bontés, et de vous souvenir que j'ai tout fait pour les mériter. C'est du moins
a44 IV. CORRESPONDANCE DE FREDERIC
l'unique chose qui me restera, de laquelle je pourrai tirer ma gloire aux yeux du monde entier. Je suis, etc.
B resta u , ai avril 1762.
MON TRKS-CUEK FRKRK,
La lettre que vous venez de me faire, du 18, me fait bien de la peine. Personne ne connaît mieux que vous la situation où je me trouve actuellement encore. Dans d'autres moments, je ne serais point contraire à vos désirs, conformément à mon inclination et à la tendresse que j'ai pour vous; mais dans les circonstances présentes, pleines d'embarras pour moi, vous les augmentez encore. Représente/.- vous, je vous prie, si je me prêtais à votre demande pour confier au général SeydliU le commandement de votre armée, quelle serait l'harmonie parmi les généraux, dont il y en a qui sont ses anciens, sans m'étendre sur d'autres inconvénients qui en arriveraient. D'ailleurs, je ne vois pas tout à fait comment les fatigues, pendant la campagne passée de votre armée, auront pu tant affaiblir voire santé jusqu'à vouloir prendre le dessein de l'abandonner, vu que les choses se sont passées assez tranquillement là, par les efforts (pie l'ennemi a faits ici. Je souhaiterais plutôt que votre armée trouvât des occasions favorables pour agir vivement pendant la campagne qui vient, ce qui dépendra cependant de la tournure (pie les choses prendront Toutes les apparences sont que vous trouverez les conjonctures favorables à faire des expéditions éclatantes et plus distinguées , que vous n'avez pas pu trouver l'occasion de faire pendant toute cette guerre -ci ....
AVEC LE PRINCE HENRI. a45
Breslau , «a avril 1 76a.
Mon cher frère,
J'ai appris, par le peu d'expérience que j'ai dans le monde, que la sincérité réussit souvent mal, et que le silence y est préférable. Voilà pourquoi je ne vous écris que ce que absolument la nécessité des affaires m'oblige de vous mander, et que vous ne trouverez point mauvais, et qu'au contraire votre vivacité me saura gré de ma patience, que vous mettez à d'étranges épreuves. Je suis, etc.
Quartier de Hettlcrn , 30 mai 1 76a.
Mon très -cher frère,
J'ai enfin la satisfaction de vous annoncer la conclusion de mon traite de paix avec la Russie. Mon capitaine et adjudant le comte de Schwerin est arrivé ici aujourd'hui, et m'en a apporté l'instrument signé de la main de l'Empereur. Il m'apprend en même temps qu'on a publié cette paix à Pétersbourg avec beaucoup de solennités, et qu'on a fait mie décharge de plusieurs pièces de canon. A l'ordinaire, on n'observe pas, dans des cas semblables, les mêmes cérémonies chez nous, et on se borne à une simple publication; mais comme c'est un événement qui me fait un plaisir infini, je veux aussi faire une exception à la règle, et faire éclater, par des marques publiques, la joie que j'en ressens. Mon intention est donc que vous ordonniez un Te Deum dans votre armée, et qu'à cette occasion vous fassiez faire une décharge générale de votre artillerie. Vous donnerez en même temps mie fête à laquelle vous inviterez quelques généraux , et porterez les santés de l'empereur de Russie et d'autres personnes distinguées
de la cour, au bruit d'une décharge de tant de canons que vous jugerez convenable; mais vous aurez aussi soin, après cela, de faire insérer daus les gazettes un petit détail de cette fête, et de ne pas oublier d'y faire également mention du nombre des canons qu'on a tirés à cette occasion.
P. S. .... L'empereur de Russie s'est engagé de me donner un corps auxiliaire, contre les Autrichiens, de dix-huit mille hommes, c'est-à-dire, de vingt bataillons de huit cents hommes, de deux régiments de cavalerie et de mille Cosaques. Ces régiments ont aussi effectivement leur ordre d'être au plus tard en quinze jours ou plus tôt ici. Voilà ce qui obligera Daun de rassembler tout ce qu'il y a de troupes en Saxe: sinon, vous patienterez seulement quatre semaines encore , où je lui donnerai tant à faire par des diversions, qu'il sera bien nécessité de quitter absolument la Silésie pour se replier vers la Moravie. Si Daun retire à soi beaucoup de régiments de la Saxe, rien ne vous empêchera alors de prendre Dresde et de passer outre en Bohême, droit vers Prague. II serait d autant mieux si vous pouviez vous rendre maître de cette place; de cette façon, nous nous prêterons les bras l'un l'autre dans nos opérations, et parviendrons à notre but, pour obliger les Autrichiens à accepter la paix de nous.
Betllcrn, 3i mai 176a.
Mon thks - ciikh frkhk ,
J'ai bien reçu la vôtre du 26 de ce mois, et je vois qu'il faut vous faire une idée de la situation générale des choses, et entrer en quelque détail de mon projet, afin que vous en combiniez mieux les parties. J'ai ici quatre-vingt-deux mille hommes contre moi; je n'en ai que soixante - seize mille. Ce ne serait pas ce qui m'embarrasserait; mais une suite de nos malheurs passés a donné
aux ennemis la facilité d'occuper tous les postes avantageux. A moins de vouloir hasarder étourdiment sa fortune, il ne faut pas penser à les attaquer. Restent les diversions. Voilà donc sur quoi mon plan se fonde. Werner partira dans quelques jours pour se joindre à vingt -six mille Tartares que le Kan m'envoie, et ce corps doit agir en Hongrie pour faire diversion. Le Kan le suit immédiatement avec cent mille hommes. Vous conviendrez qu'il faut de nécessité que Daun détache au moins trente mille hommes pour s'y opposer; alors j'envoie le prince de Bevern avec douze mille hommes à Cosel, qui fera mine de pénétrer en Moravie. Il faudra donc de nécessité que Daun détache au moins dix mille hommes contre lui; c'est alors que je marcherai aux montagnes, et que, avec le secours des Russes, je serai assez fort pour le chasser de la Silésie et reprendre Schweidnitz. Dans tout ce que je viens de vous dire, je n'articule pas un mot de la grande armée turque qui agira contre les Autrichiens. Il leur faudra détacher au moins cinquante mille hommes contre les Turcs seuls, sans compter ce qu'il leur faut nécessairement opposer à Werner. Soyez sûr que soixante mille hommes est peu. Toute l'armée ennemie, avec les cercles, fait, selon mon calcul, cent vingt mille hommes; décomptez -en soixaute mille pour la Hongrie, reste à soixante mille. Or, couvrir avec ce nombre la Bohême, la Moravie, la Saxe et la Silésie, cela est impossible. Ainsi, si Ton ne vous oppose que vingt mille hommes, vous qui en avez cinquante mille bien comptés, vous en viendrez à bout. Dès que nous serons en Moravie, je pourrai détacher selon le besoin, mais pas plus tôt. Quand même les Autrichiens auraient dessein de jeter vingt mille hommes à Prague , soyez sûr que je saurais leur en faire perdre l'envie. Je ne crains dans la suite pour vos opérations que des diversions de la part des Français; eux seuls peuvent vous faire manquer Prague, sans quoi je n'y vois aucune difficulté. Six semaines plus tôt ou plus tard n'entrent point en ligne de compte; pourvu qu'on prenne son moment, et que la chose réussisse, le reste n'y fait rien.
i23. AU MÊME.
Bcttlcrn , 4 176a.
. . . . Le margrave» est encore mal; il y a quelque espérance de son rétablissement. Son corps est dans un épuisement total pour s'être servi, cet hiver, de remèdes qui ont fait faire à son tempérament des efforts au-dessus de son âge et de sa compétence. Nous avons ici le comte Woronzow, qui va en ambassade en Angleterre; c'est un joli homme; il a vu toute l'Europe, il est modeste, et raisonne bien de tout. 11 a été, l'année passée, ministre de sa cour à Vienne , et m'a conté des anecdotes curieuses de cette cour, mais que je ne puis vous écrire; aussi bien seraitce un almanach de l'an passé, qui ne pourrait servir à Tannée courante. Mon neveu commence à s'éveiller; il a beaucoup de douceur, il ne manque point d'esprit; il n'y a qu'une grande timidité qui le rend circonspect. Mais j'espère beaucoup et je me flatte que cette campagne lui fera du bien pour l'esprit et le corps. b
Bcttlcrn, a8 juin ijGa.
.... 1 ont vient à point à qui peut attendre; un peu de patience, et l'ennemi sera d'une façon ou d'autre obligé à détacher de la Saxe. Les Cosaques sont arrivés avant-hier, et le corps de troupes viendra le 3o; et alors tout se mettra en train incessamment. Goltz doit recevoir lesTartarcs actuellement, et j'attends à chaque moment des nouvelles de là -bas. Ne vous imaginez pas que je puisse fournir par milliers des chevaux, des hommes et des armes: je dois à Berlin trois millions aux livranciers, et j'ai déjà payé, cet hiver, dix -huit cent mille éeus pour des chevaux. 11 faut que
* Le margrave Charles: il mourut à Brcslau le 32 juin.
*» \ <»cz ci -dessus, |i. 110, 111 cl et ci -dessous, p. a34-
les officiers fassent mieux leur devoir, et que l'on ait plus l'œil à la conservation tics corps, sans quoi, quelque argent que j'eusse, l'armée serait un tonneau des Danaïdes dont tout s'écoulerait, quelque peine qu'on se donnât pour le remplir ....
Le pauvre margrave est mort; je le regrette du fond de mon cœur; c'était un bien honnête homme, bon patriote, et mon bon et ancien ami. «
ia5. AU MÊME.
Seiteudorl\ 1 3 juillet 176a.
Mon tkks-ciikk fkkkk.
Oc qui a arrêté la conclusion de l'alliance avec la Porte a été la nouvelle subite de ma paix avec les Russes. J'ai enfin disposé l'empereur de Russie de faire déclarer à la Porte qu'il ne se mêlerait pas de la guerre qu'elle pourrait faire aux Autrichiens, et je moyenne un accommodement entre la Russie et le kan des Tartarcs, touchant un certain fort nommé Sainte -Elisabeth. Cette négociation, où il a toujours fallu aux courriers six semaines ou deux mois pour aller et revenir, a arrêté la conclusion de l'alliance. Hier je reçois un courrier de Constantinople avec la déclaration du grand vizir que, dès que l'empereur de Russie se sera expliqué (ce qui doit déjà être fait), ils signeront le traité, et déclareront tout de suite la guerre à l'Impératrice - Reine. Je crois donc qu'au mois de septembre leurs opérations commenceront, et il vaut mieux tard que jamais. 1» Je dois vous dire encore que je vous ferai avoir cinq cents Cosaques du corps de M. Romanzoff. Vous pourrez les employer en Lusace, ou, si vous voulez , contre les cercles. L'Empereur m'a demandé le général Bclling nommément, que je dois lui envoyer, s'il entreprend la guerre. Vous comprenez que je n'ai pu le refuser. Je
a De la main du Roi.
k Voyci I. XXIV. [>. i4.
compte que vous pourrez le garder durant tout le mois d'août, en l'envoyant avec deux bataillons, et gardant le troisième. Vers ce temps , les Turcs se déclareront , et je vous enverrai un régiment de hussards à sa place.
Seiteodorf, 1 7 juillet 1762.
. . . . Ma devise est: Feslina lente. Je chemine lentement, mon cher frère; mais j'ai un homme encore plus lent et immobile visà-vis de moi , et je n'ai pas la foi assez vive pour transporter des canons , des montagnes , et surtout le maréchal Daun. Ayez donc encore un peu de patience; j'espère bien, mais je n'ose rien promettre.
Scitendorf, 18 juillet 1763.
Mon très -cher frkhe,
Je vous donne la triste nouvelle du détronement de l'empereur de Russie. a Czernichcw a déjà reçu l'ordre de se séparer de mon armée; il faudra attendre de meilleures déclarations de la Russie. Vous garderez en attendant b ....
Vous pouvez juger de l'embarras cruel où je me trouve tout au milieu de mes opérations, qui avaient toute l'apparence de
• Voyex t. V, p. 100 et 191: t. XVIH, p. 148: t. XIX, p. 334; et t. XXIV p. i5.
•» Le reste de cet alinéa, déchiffre par le prince Henri lui- même . est illisible dans l'autographe.
AVEC LE PRINCE HENRI. a5i
prendre une heureuse tournure. 11 faut à présent attendre les premières nouvelles que nous aurons, et qui pourront nous donner quelques éclaircissements sur l'avenir. *
Quartier de DittmannsdorJ*, 3o juillet 176a.
Mon CIIEH FRICHE ,
Les lettres qui ont suivi celle que je vous ai faite le 18 de ce mois, au sujet de la révolution arrivée à Pétersbourg, vous doivent déjà avoir tranquillisé sur les premières appréhensions que naturellement un événement de cette sorte devait tout d'abord produire sur chacun, avant qu'on eût des notions ultérieures des circonstances qui l'accompagnaient. Grâce à Dieu , tout ce dont cet événement paraissait nous menacer est passé, et en conséquence d'une nouvelle dépêche que je viens de recevoir aujourd'hui matin du sieur de Goltz , l'Impératrice m'a fait réitérer les plus fortes assurances que le changement survenu dans cet empire-là ne porterait coup en aucune façon à la paix nouvellement conclue, mais qu'au contraire ce traité serait regardé comme sacré dans tous ses points : que d'ailleurs les ordres étaient effectivement donnés pour le rappel des troupes russes de Prusse et de Poméranie dans l'empire , et qu'ainsi l'évacuation de tous mes États se ferait dans peu. Je ne saurais entrer dans le détail des circonstances qui ont motivé les généraux russes à user de la façon dont ils ont agi en Prusse et en Poméranie après les premières nouvelles de la révolution qui nous donnèrent l'alarme : elles son£ trop amples pour les détailler ici , et en partie fondées sur des conjectures que je ne saurais vous donner comme tout à fait certaines. Mais ce que je vous marque de l'état de mes affaires à Pétersbourg est sûr, et vous pouvez, compter que la paix
• De In main du Roi.
a5a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
avec la Russie sera observée, que la bonne intelligence entre moi et cette cour sera permanente , que la ville de Berlin n'aura rien à craindre , et que tout ce que les troupes russes tenaient occupe de mes provinces sera évacué dans peu par elles. Ainsi, mon cher frère, restez ferme dans les mesures que vous avez prises, sans en altérer ni changer aucun point, et sans vous en laisser détourner par quoi que ce puisse être ....
Dittraanosriorf, 4 août 176a.
. ... Je reçois dans ce moment une dépêche de Constantinoplc qui porte que le traite est signé, que les Turcs m assisteront de toutes leurs forces, et porteront tout de suite la guerre en Hongrie. Je fais partir sur - le - champ la ratification du traité. J'espère donc que cela fera dans peu de temps une forte impression sur la cour de Vienne, que vous prendrez alors sûrement Dresde , et moi Schweidnitz , que , selon les circonstances , vous pourrez peut-être encore prendre Prague, si la garnison n'en est pas trop nombreuse, du moins prendre des quartiers d'hiver en Bohême, et moi en Moravie. Cela fera la paix, mou cher frère; mais nous ne l'aurons que vers le printemps qui vient ....
i3o. AU MÊME.
l'clerswaldau, 19 août 176.2.
MON THKS-CIlEIt FHKIIE ,
Je vous ai marqué notre petite bataille;* niais voici une nouvelle à laquelle vous ne vous attendrez pas. La nuit du 17 au 18, * L'affaire de Kcichcnbach , le 16 août.
AVEC LE PRINCE HENRI. a53
Daim s'est retire avec toute l'armée à Wartha. Aujourd'hui, s'entend cette nuit, il est parti avec une colonne, prenant de Silberberg par Neurode le chemin de Braunau, l'autre, a celui de la Moravie. Son armée était forte de cinquante -cinq bataillons et de cent treize escadrons.
Vous jugez bien que ce n'est pas nous qui l'avons fait fuir; il faut donc que les nouvelles de la Turquie aient donné lieu à cet événement, qui assurément n'est point dans l'ordre naturel des choses. Peut-être vous apercevrez-vous bientôt de quelque chose d'approchant en Saxe.
i3i. AU MÊME.
Pétcrswaldau, 9 septembre 176a.
Mon cher frî:re ,
]\otre siéfjc avance de façon qu'il doit finir bientôt; il le serait déjà, si de certains empêchements n'avaient retardé les travaux, comme, par exemple, des sources d'eau qui ont obligé les mineurs à faire de nouveaux rameaux, ce qui nous a fait perdre deux jours. Mais je puis vous dire à présent avec certitude que j'espère de vous dépêcher le 12 un courrier avec la nouvelle de la reddition de la place. h Le maréchal Daun est toujours à Scharfeneck, Loudon à Wiistengiersdorf, et Beck à Wartha.
• Loudon.
•» Le m septembre 1763, Frédéric écrivit au bas d'un ordre de Cabinet adressé au major Lcfebvrc, qui faisait les fonctions d'ingénieur en cbefau siège de Scbwcidnitz : «Le ta sera, selon toutes les apparences, la fin de vos travaux; •ce sont deux jours; ils s'écouleront comme les précédents, et vous vous verrez •couronné de gloire, le fier Gribeau val à vos genoux, et le bruit de votre gloire •retentira jusqu'à Paris. Madrid, Lisbonne et Home Scbwcidnitz ne capitula que le 9 octobre. Simon Lefcbvre, lieutenant - colonel du génie et membre de l'Académie des sciences de Hcrlin, mourut à Neissc en 1771. Voyez t. V, p. aoa à a<>4. et t. XIII. p. Ja. Voyez aussi les Souvenirs d'un citoyen (par Formcy) f t. Il, p. i4a et suivantes.
a54 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
Noire neveu est allé aujourd'hui assister à un fourrage. Il commence à s'éveiller; mais nous ne sommes que des pygmées en comparaison de lui. Imaginez- vous le prince François, mais plus grand encore; voilà comme il est à présent.
J'ai reçu , ces jours passés , un beau présent de M. Krassnakoff , que ni vous ni moi ne connaissons ; il consiste en deux dromadaires chargés d'une tente tartare, et en deux chevaux cosaques. Les dromadaires ont attiré ici une foule prodigieuse, excitée par la curiosité de voir ces singuliers animaux. Un empereur qui serait venu ici en personne n'aurait pas été plus considéré; le camp, le peuple, la noblesse, filles, femmes, enfants, tout est accouru; on n'a parlé huit jours que des dromadaires, à un point qu'ils auraient donné de l'envie à tous ceux qui veulent faire du bruit, et qui veulent que leur nom soit dans la bouche de tout le monde. Je suis tout glorieux de mon équipage asiatique, et je ne doute point qu'il n'ait un succès prodigieux partout où il passera. Je crois, mon cher frère, que cela ne vous touche guère , et que vous apprendriez avec plus de plaisir la retraite du prince de Stolberg, et mieux encore celle de Serbclloni. Je voudrais par des sortilèges vous la procurer, si cette belle science était aussi réelle que nos ignorants d'aïeux l'ont cru. Il faudra voir ce que le temps amènera , et si le ciel n'inspirera pas à nos ennemis l'envie de faire une grande balourdise , une insigne sottise qui nous débarrasse d'eux. Je le souhaite de tout mou cœur pour vous, pour moi, et pour tout le peuple. Ainsi soit-il!
Adieu, mon cher frère; vous serez instruit de tout ce qui se passera ici , ou de ce que je puis prévoir ou conjecturer. Je vous prie de me conserver votre amitié, et d'être persuadé de la tendresse et de la parfaite estime avec laquelle je suis, etc.
AVEC LE PRINCE HENRI. 25a
i3a. AU MÊME.
PéterswalHau , la septembre 176a.
Je vais, mon cher frère, vous mettre sous les yeux un tableau général de la situation présente où nous nous trouvons. 11 vous suffira d'y jeter un coup d'œil pour comprendre la raison du peu de projets que je puis former. Je crains que vous n'ayez eu raison de ne pas vous attendre à une diversion de la part des Turcs; les dernières lettres que j'ai reçues de Constantinople font évanouir le peu d'espérance qui me restait de ce côté -là. Cela m'oblige à renoncer au projet de la Moravie, parce que je ne pourrais pas m'y soutenir, à cause que les Autrichiens ont fait marcher sept raille Hongrois dans le pays de Teschen, et que, si je les laissais derrière moi, ils me couperaient les vivres, qu'il faudrait tirer de Cosel, sans compter qu'un autre corps ennemi se tiendrait dans les montagnes de Johannesberg ; de sorte que, par deux corps différents, les munitions de bouche seraient harcelées. Pour éviter ce mal, il faudrait laisser un grand corps dans la Haute - Silésic , ce qui affaiblirait si fort l'armée principale, qu'elle ferait une misérable pointe, qu'elle ne pourrait s'y soutenir, et serait obligée de revenir sur ses pas hiverner en Haute- Silésie; or, la campagne précédente a si fort ruiné le pays, que le plus grand inconvénient qui m'arrête est celui de ne pouvoir faire subsister les troupes. 11 faut donc de nécessité se retourner d'un autre côté.
Le siège de Schwcidnitz sera, s'il plaît à Dieu , bientôt achevé, voilà un grand pas de fait vers la paix. Mais le comté de Glatz est un sujet de discorde qui pourrait la rompre, ou du moins la retarder. Ce comté est entouré d'ouvrages, toutes les gorges et entrées sont fortifiées jusqu'aux dents; et quand même nous pourrions y entrer, le siège de Schweidnitz a consumé la plus grande partie de nos munitions, ce qui nous empêcherait également de reprendre la forteresse de Glatz. Toutefois , en reprenant Dresde, nous aurions un équivalent; et, pour ravoir cet électorat, on serait bien obligé de nous rendre et Glatz, et le pays de Clèves , et Gueldre. Voilà donc pourquoi je regarde la
prise de Dresde comme le coup le plus important pour nous, parce qu'il mènerait à une bonne paix, dont, selon les apparences, on pourrait convenir l'hiver prochain.
J'attends donc la réduction de Schwcidnitz , pour voir quels mouvements le maréchal Daun Fera; en attendant, je lui donnerai toutes les inquiétudes que je pourrai, et cela de tous cotés, pour voir ce qu'il conviendra le mieux de faire; et alors, si des raisons valables ne m'en empêchent pas, je me propose de marcher avec trente bataillons et soixante -dix escadrons en Saxe, droit à Dresde. Si je puis y arriver avant Daun, j'espère que nous ferons décamper Hadik, et que vous pourrez assiéger Dresde; je couvrirais le siège du côté de Wcissig, et tout irait à merveille. Daun, qui ne s'est pas battu pour Schwcidnitz., ne se battra pas pour Dresde, et, la ville prise, je partagerais mes troupes, une partie en Lusace, et l'autre en Thuringe. 11 ne s'agit que de faire venir de la farine à Torgau: je fourragerai, et me tirerai bien d'affaire du reste; car si je n'envoie que quinze bataillons, et si Daim y va, je ne puis prendre d'ici que quinze autres bataillons, et je serais si fort en détachements, que je n'aurais point de masse pour m'opposer à l'ennemi.
Vous comprenez cela très -naturellement, et que, pouvant prévoir le mouvement que le maréchal Daun fera, il serait trèsinconsidéré de ma part de manquer aux précautions que je dois prendre. Je vous prie de me dire, sur ceci votre sentiment. Quant à Loudon , nous n'avons rien à craindre de lui ; il commande le cordon qui couvre l'armée de Daun ; celui - ci est à Scharfeneck îivec trente -trois bataillons et soixante-dix escadrons ; il se tient là pour tourner ou vers la Moravie, ou vers la Saxe, selon qu'il le jugera à propos. C'est donc sur l'arrangement des ennemis que je fonde mes conjectures, et que j'établis mon projet. Je voudrais volontiers faire mieux; mais je ne vois dans les circonstances présentes aucune opération préférable à celle-là, quelque difficile qu'elle soit
AVKC I.E PRINCE HENRI.
i33. AU MÊME.
IVtersvt nldfiti . 19 septembre 1763.
.... Notre siège ennuie tout le monde, mon cher frère; on me persécute pour en apprendre la fin. Je ne reçois pas une lettre de Berlin qui ne contienne un article sur ce chapitre.» Cependant je n'y sais d'autres moyens que la patience; on fait tout ce qui est possible , mais je ne saurais empêcher l'ennemi de se défendre , et Gribeauval lutte d'habileté contre Lefebvrc. Cependant bientôt, bientôt, nous en verrons la fin. Il fait ici un temps du mois de décembre; les saisons sont aussi déréglées que la politique de l'Europe. Finalement, mon cher frère, il faut pousser le temps avec les épaules. Les jours se succèdent, et enfin nous attraperons celui qui mettra fin à nos travaux et à nos peines. Adieu; je vous embrasse de tout mon cœur.
i34. DU PRINCE HENRI.
Frcyberg, ag octobre 1762.
Mon trks-cukr frkre,
C'est un bonheur pour moi de vous apprendre l'agréable nouvelle que votre armée a remporté aujourd'hui un avantage considérable sur l'année combinée des Autrichiens et de l'Empire. Je suis marché hier au soir; j'ai trouvé l'armée ennemie en marchant par Wcgfurth, laissant le Spittelwald à gauche, pour tomber sur la hauteur de Saint -Michel. J'ai fait deux attaques et deux fausses; l'ennemi a fait une résistance opiniâtre, niais la valeur soutenue de vos troupes a prévalu, et après un feu de trois heures, l'ennemi a été obligé de céder partout. J'ignore le nombre des prisonniers, mais cela doit passer les quatre mille; l'armée de l'Empire n'a quasi rien perdu; tout l'effort est tombé
• Voycx t. XIX , p. 33g et suivantes.
a58 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
sur les Autrichiens. Nous avons quantité de canons et de drapeaux. Le lieutenant - général Roth, de l'armée de l'Empire , se trouve au nombre des prisonniers. Je compte que nous avons perdu environ deux à trois mille hommes, parmi lesquels il n'y a aucun officier de marque.
Le lieutenant-général de Seydlitz a rendu les plus grands services; les généraux Bclling et Kleist ont fait de leur mieux.
Toute l'infanterie a fait merveille ; il n'y a pas un bataillon qui ait plié. Mon aide de camp,» qui vous présentera ma lettre, a été chargé d'aider à conduire l'attaque par le Spittelwald; si, eu cette considération, vous vouliez avoir la bonté de l'avancer, j'aurais de très-humbles grâces à vous rendre.
J'ai bien des officiers pour lesquels je vous prierai , qui se sont distingués et comportés avec courage.
Vous me permettrez que je fasse payer ceux qui ont pris les drapeaux et les canons.
L'ennemi se relire vers Dresde et Dippoldiswalda. J'envoie cette nuit à leurs trousses. J'attendrai les nouvelles que je recevrai, pour me conformer en eonséquence. Mon aide de camp est au fait de tout, et pourra vous rendre compte de tout ce que vous pourrez désirer savoir relativement aux circonstances présentes, h
L'ennemi n'a rien détaché de l'autre côté de l'Elbe. Ils ont voulu m'attaquer comme demain, mais à cette heure ils n'y pen-
* Le capitaine de Kalckreuth, ne en 17^7. crée comte depuis, et promu au grade de fcld- maréchal le 3 juin 1807, mort en 18 18.
k> Le le 1 il - maréchal comte de Kalckreuth dit dans ses Souvenirs : *Lc Roi
• Ot une critique amère de la campagne du prince, en partie assez fondée, ajou-
• tant itéralivement : Cela ne vous regarde pas; il n'r a pas de voire faute; je
• sais que vous /ailes tout ce que vous pouvez pour empêcher les mauvaises me- » sures. Je palliai ce que je pus, ordinairement en vain. Cette conversation
• assez pénible , dont jamais je n'ai fait un mot de mention au prince , quoique
• le Roi m'en répétât fréquemment Tordre, dura une heure, au bout de laquelle •le Roi me congédiait très - gracieusement, me conduisant jusqu'à la porlr; «et, me l'ouvrant, il me dit à l'oreille, quoiqu'il n'y avait personne dans la
• chambre : Je vous ai fait major. • Voyez lUtnerva, ein Journal historischen und polilischen Inhalts, von Dr. Friedrich llran. Jcna, 18^9, t. CLXXXIX, p. 36o et 3Gi. Le passage des Souvenirs du comte de Kalckreuth que nous venons de citer a son correctif dans la Vie privée, politique et militaire du prince Henri , p. i46, et dans notre t. V, p. ao5 — ai 3.
AVEC LE PRINCE HENRI. a5o
seront guère. Le général Wied passera demain, je crois, l'Elbe; cela viendrait fort à propos pour moi.
Je suis avec tout l'attachement, mon très -cher frère, etc.
i35. AU PRINCE HENRI.
LKwenbcrg, a novembre 176a.
Mon cher frère.
L'arrivée de Kalckreuth avec votre lettre, mou cher frère, m'a rajeuni de vingt ans; hier j'en avais soixante, aujourd'hui dixhuit. Je bénis le ciel de ce qu'il vous a conservé en bonne santé, et que les choses se soient si heureusement passées. Vous avez pris le bon parti de prévenir ceux qui voulaient vous attaquer, et par vos bonnes et solides dispositions vous avez vaincu toutes les difficultés d'un poste fort et d'une vigoureuse résistance. C'est un service si important que vous rendez à l'Etat, que je ne saurais assez vous marquer ma reconnaissance, et me réserve de le faire en personne.
Kalckreuth vous rendra compte de tous les mouvements que je fais faire de mon côté pour faciliter, autant qu'il dépend de moi, vos opérations; et comme je les lui répéterai encore, il vous les dira de bouche. Ce n'est pas beaucoup, mais c'est tout ce qui dépend de moi pour contribuer à faire tourner la té te à Hadik , à qui elle tourne facilement. J'ai ordonné des réjouissances, qui se feront depuis Lauban jusqu'à Frankenstein et Ncisse, pour célébrer votre victoire, et rendre avec plus de raison la pareille aux Autrichiens , qui nous ont donné cette désagréable sérénade le aG du mois passé. a Si le bonheur favorise nos vues sur Dresde , nous aurons indubitablement la paix ou cet hiver, ou ce prin-
• Frédéric parle de l'affaire de PreUscbendorf , qui n'eut pas lieu le aC septembre, comme il le dit ici, ni le 37, comme il le dit t. V, p. 307, mais le ao,. Voyez Berlinische Nachrichtrn von Slaats- und srlrhr/en Sachen, 176a. n" tat, p. 4^7 et suivante».
aCo IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
temps, et nous sortirons honorablement d'une conjoncture difficile et périlleuse où nous nous sommes trouves souvent à deux pas de notre entière destruction. Par ceci vous aurez seul la gloire d'avoir porté le dernier coup à l'obstination autrichienne , et d'avoir jeté les premiers fondements de la félicité publique , qui sera une suite de la paix.
Je ne veux point arrêter Kalckrcuth davantage. Vous avez, bien fait de faire distribuer les récompenses promises. J'ai encore quelques petites bagatelles dont je puis disposer, et j'attendrai sur ceux que vous me direz s'être le plus distingués, pour leur en témoigner ma reconnaissance. Adieu, mon cher frère; je suis avec tous les sentiments d'amitié, de tendresse et de reconnaissance, etc.
i3f>. AU MÊME.
SprotUu,4 (novembre 176a).
Mon cher fhkre,
Le peu de pertes que vous avez fait à votre action me réjouit infiniment; c'est faire les choses galamment, et ne point arroser vos lauriers de nos larmes. Vos lieutenants seront capitaines, comme vous le désirez, et j'assemblerai de croix tout ce qu'on en pourra trouver à Berlin , pour que vous puissiez les distribuer à ceux qui se sont le plus distingués ou par leur valeur, ou par leur intelligence, ou par leur zèle. Mon croc est très -mal fourni de matières à gratifications; je pourrais donner des prébendes in partibus infidelium; cependant je ferai ce qui sera possible, pour témoigner à ceux qui l'ont mérité ma bonne volonté et ma reconnaissance. Je vous ai annoncé un détachement de Cararaelli; mais comme cela se trouve faux, je le révoque, et vous envoie une lettre de Lentulus où vous verrez que c'est un bruit sans fondement. Les Saxons et les Autrichiens en feront sûrement courir de cette espèce le plus qu'ils pourront. Toutefois j'ai bien des
raisons de croire que Daun ne détachera rien. Cela serait si long à détailler, que je vous prie de vous en rapporter sur ma bonne foi. Toutes nos montagnes ont retenti hier du bruit de votre victoire; pour rendre la chose plus touchante, les canons ont tiré à boulets aux endroits où nos postes sont à portée de l'ennemi. La galanterie ne sera pas de leur goût; mais c'est un rendu, et vous m'avez fait grand plaisir de me fournir sitôt l'occasion de m'acquitter envers eux. Adieu, mon cher frère; je vous prie d'être persuadé de l'estime, de la tendresse et de la reconnaissance avec laquelle je suis , etc.
Freybcrç, 19 novembre 176a.
Mon très -cher frkre.
Votre neveu est arrivé, en m'assurant de votre gracieux souvenir. J'ai eu le plaisir de l'embrasser, en songeant à la reconnaissance que je vous dois. J'avoue que j'aurais pu le rencontrer et passer devant lui sans me douter que je lui appartienne de si près; sa taille énorme, le changement qui s'est fait dans toute sa personne, m'a fait sentir que le temps a un cruel empire sur les hommes. Je l'ai trouvé, en le jugeant par comparaison du passé, fort libre et dégagé, poli et attentif: il avoue qu'il doit cela aux soins que vous avez bien voulu vous donner pour lui pendant le cours de cette dernière campagne , et cet aveu ajoute beaucoup à l'amitié qu'il m'inspire
iv: CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
i38. AU PRINCE HENRI.
Meissen, ao novembre 176a.
Mon cher frère,
Je suis bien aise de ce que vous soyez, content de notre neveu; il faut le dégourdir encore davantage; plus on lui fait voir, plus on l'amuse, et mieux c'est. Si vous pouvez le faire danser, c'est, je crois, le plus grand plaisir que vous pourrez lui faire; mais je crois que Freyberg ne fournira guère de sujets à la danse.
Les Autrichiens ont demandé à faire une convention pour l'hiver. On est convenu de nommer un lieutenant-général de chaque part; j'ai chargé Krockow de cette commission, eux Ried. Voulez-vous bien faire expédier un passe-port pour le général Ried, et l'envoyer à Krockow, pour que, après-demain, jour de l'entrevue, on puisse le faire délivrer à Ried? Cette convention une fois conclue, rien n'empêchera que les troupes n'entrent d'abord dans leurs quartiers. La souplesse que les Autrichiens témoignent en cette occasion est une suite de la bonne leçon que vous leur avez donnée à Freyberg, et l'on sera obligé de recourir à vous pour donner des leçons de politesse à la fierté dédaigneuse de nos ennemis. Je vous communiquerai tous les points dont les commissaires sont convenus; au moins jouirons - nous d'un repos solide durant l'hiver. Adieu , mon cher frère; je souhaite que votre santé aille toujours en augmentant, et que vous n'oubliiez pas celui qui est avec une sincère tendresse, mon cher frère, etc.
i39. DU PRINCE HENRI.
Krcyberg, a3 novembre 176a.
Mon très -cher frère,
Quoique ma reconnaissance ne trouve point de mots pour s'exprimer, je dois pourtant vous assurer que je suis sensiblement
louché pour la bonté que vous avez eue de m'accorder le plaisir de voir notre neveu ici. 11 pense vous rendre compte des différents terrains qu'il a vus. 11 a été voir les mines, c'est-à-dire tout ce qui se fait sur terre, car je n'aurais osé lui conseiller de descendre sous terre. Toutes les bonnes qualités que son cœur et son esprit renferment se développeront entre vos mains, et je suis très-assuré qu'il vous donnera toujours davantage sujet d'être content de lui
i4o. DU MÊME.
Freyberg, a8 novembre 17GJ.
Mon tkks-ciiek frère,
Si je consultais le sentiment qui m'anime, j'irais tout de suite vous remercier de bouche pour la donation que vous avez eu la grâce de ra'envoycr. * Le présent que vous me faites là est trèsconsidérable ; je ne dissimule pas que les besoins de la vie me rendent sensible aux choses qui les procurent, mais je puis avec vérité vous dire que mon plus grand plaisir consiste d'avoir une preuve certaine de votre satisfaction. Il n'y a aucune proposition qui puisse m'ètre plus agréable que celle que vous daignez me faire en me permettant d'oser vous faire ma cour à Leipzig, après avoir été privé de cet honneur pendant plusieurs années. J'en profiterai avec tout l'empressement. Je compte de me rendre d'ici à une couple de jours à Dahlcn , maison qui appartient au comte de Bunau, à distance égale de Leipzig, de Meisscn et de Torgau. Si vous vouliez agréer que j'osasse, pour une couple de semaines, faire un tour à Berlin pour arranger mes affaires domestiques, je retournerais ensuite par Magdebourg ; cependant
• Après avoir vu avec son frère le champ de bataille de Freyberg, le 10 novembre 176a, Frédéric retourna à Mcissen , d'oii il expédia, le môme jour, lacté île la donation qu'il faisait au prince des deux bailliages de Weceleben et de Wcstcrbourg , situés dans la principauté de Halbcrstadt , et faisant partie de la suècession du margrave Charles.
je ne suis pas si fort pressé , et j'aimerais mieux avant tout de vous faire ma cour pendant quelque temps. C'est uniquement pour que je puisse m'arranger sur la résolution que vous voudrez prendre que j'anticipe à vous écrire à ce sujet. Je suis, etc.
i4i. AU PRINCE HENRI.
Leipzig, 14 janvier 176;!.
Mon cuer frère,
Je me suis bien douté que vous ne trouveriez pas Berlin comme autrefois. La suite de nos calamités doit à la (in se faire ressentir
à un pays pauvre, naturellement stérile, et dont on force la fécondité à force d'industrie et de travaux. Cependant je ferai ce que je pourrai pour remédier à la disette autant que mes petits moyens me le permettent. D'ailleurs, mon cher frère, vous n'avez aucun lieu de vous inquiéter de tous les bruits qu'on public au sujet de Wésel et de Gueldre; quand même les Autrichiens s'en mettraient en possession, cela ne dérangerait en rien nos affaires. Nous aurons la paix à la fin de février ou au commencement de mars , et au commencement d'avril chacun se trouvera chez soi comme en 56. Les cercles vont se séparer incessamment des Autrichiens; cela devient indifférent à présent, vu la tournure que les choses ont prise. Quoi qu'il en soit, il est toujours bon qu'on sorte les tisons du brasier pour en amortir la flamme. Je souhaite que vous vous amusiez bien à Berlin; pour moi, qui n'apprends que par mes neveux comme on se divertit à Leipzig, je n'entends parler que de bals et redoutes, et, pour vous en donner une idée, une madame Frideric, ci -devant jardinière à Seidlitz, à présent femme d'un officier de hussards francs, est une des principales héroïnes de ces fêtes. Faites prier dans les églises de Berlin que le ciel préserve nos jeunes gens du danger qu'ils y courent. Adieu, mon cher frère; n'oubliez pas un vieux frère que la guerre, la politique et les finances font donner
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au diable, et qui, tant qu'il végétera dans ce monde-ci, sera avec la plus tendre amitié et la plus parfaite estime, etc.
Leipzig. a5 janvier 1763.
Mon cueh frère ,
Rien ne peut m'èlre plus agréable que la part obligeante que vous prenez, à mon existence. Je deviens bien vieux, mon cher frère ; dans peu je serai inutile au monde et à ebarge à moi-même. C'est le sort de toutes les créatures de dépérir avec 1 âge ; mais il ne faut cependant pas abuser du privilège de radoter.
Vous me parlez toujours de notre négociation d'un ton comme si vous y mettiez peu de confiance. 11 est très - sûr que le chapitre des événements est inépuisable ; il est sûr qu'il peut arriver tout plein de choses que l'esprit borné des hommes ne saurait prévoir. Mais , suivant le cours ordinaire et les degrés de probabilité suffisants pour fonder des espérances, je crois que notre paix sera faite avant que le mois de février soit entièrement écoulé. J'y mets ce terme pour l'envoi de différents courriers qui sont indispensables, parce que, mon cher frère, quelque hâté que l'on soit, il y a de certaines choses qui se font mal, si elles se font avec précipitation, et qui demandent de la maturité et de la réflexion. Une paix comme celle-ci constate l'état de deux peuples. Durant le cours de la paix, il y a tant de discussions entre les voisins, que, si l'on ne s'accorde sur les principales, on fournit des aliments d'une nouvelle guerre au premier esprit inquiet qui en veut profiter. Ayez donc encore un peu de patience , et j'espère que je pourrai vous donner des nouvelles que ce grand ouvrage a été heureusement conclu. Je suis, etc.
ïGG IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
i43. AU MÊME.
Leipzig, a février 1763.
MON' CHER FRÈRE
J e croirais vous manquer, si je ne vous donnais pas le premier la bonne nouvelle que la paix est faite. Nous sommes d'accord sur tout, on signera le traité la semaine prochaine, et ainsi se terminera cette cruelle guerre, qui a tant coûté de sang, de soucis et de pertes. Vous connaissez trop ma façon de penser pour croire que j'aie signé ma honte ou quelque chose de préjudiciable aux avantages de la postérité. Je crois que nous avons fait la meilleure paix que possible dans les circonstances où nous nous trouvons. Cela fait, je renverrai incessamment les régiments de la Westphalie, du Rhin et de la Prusse; mais ceux de la Marche et de la Poméranie seront obligés d'attendre ici jusqu'à ce que les rivières soient ouvertes, et que l'on puisse procéder aux transports des magasins , de sorte que je donne encore tout le mois de mars avant l'entier retour des troupes. Je me presse de vous rendre tout ceci à la chaude , persuadé de la part que vous y prenez, en vous assurant de la tendresse avec laquelle je suis, etc.
(Leipiû;) y l'évricr 1763.
Mon cher frère ,
Nous sommes, comme je vous l'ai mandé, d'accord avec nos ennemis sur toutes les conditions de la paix. Pour moi, je souhaiterais que, au lieu de préliminaires, on signât d'abord le traité. Cela a exigé l'envoi d'un courrier qui reviendra le 1 3 ou le 1 4, de sorte que vous pouvez compter que, ce jour, les préliminaires sûrement et peut-être le traité définitif sera signé. Les conditions sont une restitution in integrum, de toute part, sur le pied où
nous étions avant la guerre. Par complaisance et pour adoucir les esprits , j'ai promis ma voix à l'archiduc Joseph pour le faire empereur. Voilà la substance de la négociation. Il y a bien des articles pour le commerce et autres choses, mais qui ne sont d'aucune importance. Le dessous des cartes a été plus compliqué; un corps de Turcs de cent dix mille hommes sur les frontières de la Hongrie , la paix séparée des princes de l'Empire , et une convention conclue avec les Français pour les provinces du Rhin, a fort accéléré la négociation. Voilà donc une affaire terminée, après d'horribles agitations et périls. Les ratifications ne pourront être échangées que le a5; ainsi les troupes ne rentreront entièrement dans le pays qu'au commencement d'avril. Je souhaite que vous ayez pu vous occuper d'objets agréables à Rheinsberg. Je crains bien qu'il y aura eu quelque petite chose à redire ; mon tour viendra, et je m'y prépare. Cependant j'ai pris mes mesures de façon que je compte tout réparer, et cela, promptement Je mets déjà la main à l'œuvre, et j'espère que dans une année il y paraîtra. J'ai encore beaucoup à travailler, ce qui m'oblige d'abréger cet entrelien; ce ne sera pas cependant sans vous assurer de toute la tendresse avec laquelle je suis, etc.
(Lcipiig) 14 février 1763.
Mon cher frère ,
Je n'ai jamais douté de la part que vous prenez à l'heureux événement de la paix, et je vous remercie, mon cher frère, des vœux obligeants que vous faites en ma faveur. Nous attendons ici la nouvelle de la signature incessamment; les Autrichiens sont convenus de convertir l'acte des préliminaires en paix définitive. Les ratifications pourront donc en être échangées vers le a5 de ce mois , après quoi s'en fera la publication générale. Je ne pourrai être de retour à Berlin que dans six semaines au plus tôt, parce
aG8 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
que j'ai beaucoup à faire ici pour la marche des régiments, pour régler les transports par eau, et autres choses semblables; ensuite je m'en vais en Silésie, où il y a bien des arrangements à prendre. Je veux y finir toutes mes affaires, pour ne point être obligé d'y revenir avant l'année 04- Tout cela, mon cher frère, me traînera jusqu'au mois d'avril; ensuite un nouveau travail succédera à celui-là , pour régler et rétablir tant la Marche que le Magdebourg et Halberstadt; et puis il faudra bien faire un tour en Poméranie, et puis un autre dans le pays de Clèves. Tout cela est un charmant délassement dont, je vous assure, je me passerais bien , si cela dépendait de moi. Toutes nos monnaies seront remises sur un meilleur pied au mois de juin; je paye toutes les dettes de l'Etat entre ci et ce temps -là; après, je puis mourir quand il me plaira. Adieu, mon cher frère; je vous embrasse, en vous assurant de la tendresse avec laquelle je suis, etc.
i46. AU MÊME.
Dahlen, 19 février 1763.
Mon cher frère,
Vous serez surpris de la date de ma lettre. Je suis venu ici, puisque je commence à retirer les troupes, et que cependant je dois me trouver à portée d'être informé tant des mouvements de nos anciens ennemis que pour donner les ordres nécessaires. Les ratifications arriveront, à ce que l'on croit, le 27; alors on publiera la paix partout. Je viens de Mcissen , où le Prince électoral m'a fait complimenter; je l'ai fait recomplimenter à mon tour. Il m'a demandé une entrevue; je le verrai à Moritxbourg, en prenant le chemin de la Silésie. Le roi de Pologne a été fort mal ; il est tant soit peu mieux. Le premier ouvrage de sa convalescence a été d'ordonner de nouveaux impôts. Quel homme! Oui, mon cher frère, toutes nos monnaies seront changées entre ci et le mois de juin, et, Tannée 04» je suis presque sûr de les rétablir
entièrement sur l'ancien taux. J'ai pris ici une inGnité d'arrangements avantageux aux provinces, de sorte que j'espère dans deux années qu'il ne paraîtra plus la moindre trace de la guerre. Le pays se repeuplera d'abord de soixante -quatre mille hommes, sans compter les goujats et valets d'armée, et j'ai tant de magasins de reste, qu'il y a quantité de blé destiné pour les semailles, et d'autre pour abaisser les prix exorbitants. Je ne vous marque ceci que vaguement ; mais tout est déjà réglé et distribué.
Pour moi, mon cher frère, je n'ai personnellement aucun regret que la paix s'est faite comme vous le savez. Si l'Etat avait acquis quelque province de plus, ç'aurait été un bien sans doute; mais comme cela n'a pas dépendu de moi , mais de la fortune , cette idée ne trouble en aucune manière ma tranquillité. Si je réparc bien les malheurs de la guerre, j'aurai été bon à quelque chose, et c'est où se borne mon ambition. Conservez - moi votre précieuse amitié, et soyez persuadé de la tendresse avec laquelle je suis, etc.
(I)ahlcn) a4 février tjG3.
Mon cher irkre,
«Je pense bien comme vous sur la conduite du roi de Pologne; à peine nos troupes ont- elles quitté les villes, que les commissaires saxons y sont entrés avec des assignations et des ordres de payer. ■ Cette conduite inhumaine est certainement avantageuse pour nous, car la misère de ces peuples en obligera beaucoup à se réfugier ailleurs. D'ailleurs, la conduite du roi de Pologne est si bizarre, qu'il se brouille aussi mal à propos que possible avec la cour de Russie.1» Tout ce qui est un mal pour lui devient en ce moment un bien pour nous. Nous avons des nouvelles de
• Voyez t. XIX, p. 38o et 38 1.
b Allusion aux démêlés relatifs au duc de Courlande, dont il a été fait mention t. IV, p. aa6 et 227 , t. V, p. 427, t. XVIII, p. 217 , et t. XXIV, p. 44.
a7o IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
Vienne qui portent que la nouvelle de la paix y a été reçue avec de vraies démonstrations de joie; les ratifications arriveront en deux jours, et cette affaire sera finie. Le comte Kaunitz et sa souveraine sont excessivement dégoûtés de la guerre ; à en juger par les procédés, je crois qu'à présent au moins ils désirent sincèrement de vivre en bonne intelligence avec nous. Cependant il ne faut pas oublier la fable du chat et des souris ; le chat demeure chat, quoi qu'il fasse.
Je crois que le Prince et la Princesse électorale ont de bonnes intentions, qui cependant ne prévaudront pas contre le gouvernement de Briïhl, tant qu'il durera. Il est bien difficile aux hommes, mon cher frère, de porter un jugement de l'avenir; le chapitre des événements est trop vaste; néanmoins j'entrevois que celte paix pourra durer le peu de jours qui me restent à vivre, car toutes les puissances sont épuisées. S'il y a une nouvelle guerre, il y a apparence qu'elle se fera entre la France et l'Angleterre; il n'y a qu'à ne se point allier avec ces peuples et les laisser faire. Que nous importe la merluche et le Cap - Breton?»
Je suis assez content dans ce moment de la Russie, et mon sentiment est qu'il faut rester comme nous sommes, en nous ressouvenant du proverbe de l'empereur Auguste : Festina lente.
Cependant j'emploie tout ce temps-ci à faire des arrangements domestiques , et il n'y a plus aucun doute que , dès cette année , la plus grande partie des provinces sera remise ; l'année prochaine , il ne faut plus qu'il reste nulle part des traces de la guerre. C'est mon devoir, mon cher frère, de travailler dans cette occasion; si de ma vie je puis rendre quelque service à l'Etat, c'est de le relever à présent de la subversion, et, s'il est possible encore, de corriger les abus et de mettre la réforme où elle est nécessaire. Ce projet est vaste, et embrasse beaucoup de branches; mais si le ciel m'accorde quelques jours de vie, je le conduirai à sa perfection ; sinon , j'en laisserai les traces , que les autres pourront suivre , s'ils le trouvent à propos. Je suis , etc.
• Voycx V. IV, p. i4 et iô; t. VI, p. 10; t. XVIII, p. t ■ :i ; et t. XX, p. a64-
i48. AU MÊME.
Dahlcn, a6 février 1763.
Mon cher frère,
Vous n'avez pas besoin de me remercier à l'égard des quartiers d'hiver;* c'est la moindre attention que je vous devais, car certainement les travaux de votre dernière campagne n'ont pas peu contribué à rendre plus souple et plus pacifique la cour de Vienne. Nous attendons à tout moment la ratification des préliminaires; il me revient même de tous les côtés que les Autrichiens vont rondement dans l'exécution des articles de la paix qui les regardent.
En allant en Silésie, je ferai pour vous, mon cher frère, et pour mon frère Ferdinand , le métier de contrôleur de vos finances ; les revenus que vous tirez tous deux de ces terres b sont trop nécessaires pour qu'on les néglige , et je vous rendrai compte de ma commission à Berlin. Je suis, etc.
Torgau, 14 (mars 1763).
Mon cher frère,
Je profite du départ de mon neveu pour vous répondre à voire lettre. J'ai replié les troupes jusqu'ici , et après-demain je verrai
* H s'agit des W interquartier - Douceur- Gelder (haute paye); voyez J.-D.-E. Preuss, Friedrich der Grosse, eine Lebensgeschichtc , t. Il, p. 3ig et 3a 1, et Vrkundenbuch zu der Lebensgeschicble Friedrichs des Grossen, t. II, p. i4i — i43. et t. V, p. 3<) et 4o, n" 4« 43.
•» Le prince Henri possédait en Silésic les bailliages d Auras et d'Oels. qui avaient été ruinés par la guerre. Le aG décembre 17J7, Frédéric lui avait écrit de Striegau : • Comme je suis ici dans le voisinage de vos terres . je ferai ce qui
• dépendra de moi pour que vous n'en souffriez pas, et que vos intérêts pâtissent
• le moins possible des calamités générales. -
la Princesse royale , a et de là je partirai pour la Silésie. Mon neveu a vu aujourd'hui le champ de bataille qui, passé deux ans, m'a fait passer de mauvais quarts d'heure. J'ai tout plein d'affaires à finir ici, ce qui m'oblige d'abréger ma lettre, en vous assurant de la tendresse avec laquelle je suis, etc.
i5o. AL MEME.
PoUdani, i" mai 176^.
Mon cher frère,
Je souhaite que le vin de Hongrie vous fasse plaisir, et que vous puissiez le vider, mon cher frère, jouissant d'une parfaite santé. A présent que vous aurez le temps de prendre des remèdes, j'espère que vous vous remettrez doucement; cependant je crois que vous ne devrez votre entière guérison qu'à quelque accès de goutte qui chassera les matières scorbutiques et r huma tiques de vos membres, en la fixant en quelque jointure. Je crains bien que vous n'approuverez pas mes souhaits; cependant je crois que c'est la meilleure manière de se défendre que d'obliger l'ennemi d'attaquer les parties externes, en l'éloignant le plus que l'on peut des parties nobles; et la goutte est un héritage de nos pères, qu'il faut que nous prenions comme une partie de leur succession. Je suis à présent au point de finir tout mon ouvrage, et je compte d'aller à Sans - Souci pour y profiter de la belle saison. Faitesmoi la justice de me croire avec toute la tendresse et l'estime possible, etc.
» Voyez t. XXIV, p. xii, 46, 1G9 et 175; et ci -dessus, p. a08 , n" 146.
i5i. AU MÊME.
(Sans -Souci) ce g (mai 1763).
Mon cher frkre ,
Il manque à mes Mémoires votre campagne en Saxe de Tan 17G1. Ayez la bonté de me faire faire un extrait de votre journal , et de me l'envoyer; je vous en aurai une obligation infinie. Je souhaite que l'état de votre santé se fortifie à présent, et que vous soyez aussi heureux et bien portant que mon cœur le désire. Vous assurant de la tendresse parfaite avec laquelle je suis, etc.
i5a. DU PRINCE HENRI.
Rcrlin, g mai 1763.
Mon trks-cuer frkre,
«I aurai l'honneur d'obéir à vos ordres, et de vous envoyer incessamment le précis des deux campagnes en Saxe, de 17G1 et de 1 76a ; je ne vous demande qu'une couple de jours , afin que je puisse faire quelques recherches parmi mes papiers sur ces objets que vous ordonnez d'avoir.
Je compte dans une huitaine de jours de partir pour Rheinsberg, pour y jouir du souvenir de vos bontés, que ce séjour me rappellera bien vivement; aussi ma santé se trouvera bien mieux à la campagne qu'en ville, où l'air enfermé n'est pas le plus sain. Je fais des vœux pour votre santé , et vous prie d être assuré que mon bonheur dépend toujours de votre bienveillance, qui est l'unique objet de mes recherches , étant toujours avec l'attachement le plus sincère, etc.