‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 34 sur 81 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

a74 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

(Sans-Souci) ce la (mai 176^).

Mon cher frkrk,

J e vous rends mille grâces de l'abrégé de votre journal que vous avez, la bonté de m'envoyer; j'en ferai un usage qui, je me flatte, ne vous sera pas désagréable. Vous me parlez , mon cher frère , de votre voyage de Rheinsberg; il ne dépend que de vous de le faire quand vous le jugerez à propos. C'est à présent réellement le temps où la campagne est la plus belle , où , chaque jour, on voit fleurir et éclore, et les progrès de toutes les productions de la nature qui semblent s'empresser à l'cnvi pour orner les paysages et la terre qui les nourrit. Je vous en parle avec extase, parce que voici huit jours que je jouis de ce spectacle charmant ici, à Sans -Souci. L'arrivée de ma sœur» me rappelle aujourd'hui en ville; il faudra ensuite aller en Poméranie, et puis au pays de Clèves; mais, cela fait, j'espère que pour le reste de l'année je pourrai être tranquille. Je suis avec la plus tendre estime, etc.

i54. AU MÊME.

(Berlin, ao mai 1763.)

Mon cher frkrk,

J'ai fait payer hier soixante -six mille écus que je devais pour votre palais, de sorte que toute la boiserie intérieure et la grille de fer seront achevées. Le Kriegcsrath Westphal a aussi reçu de moi vingt-six mille sept cents écus, dont vous pouvez disposer pour les meubles. Je vous dois encore trois mille trois cents écus , que j'acquitterai vers la Trinité. Je pars dans ce moment pour

• La princesse Amélie, qui se rendait aux bains d'Aix-la-Chapelle.

AVEC LE PRINCE HENRI. a75

Schwcdt et Colberg. Adieu, mon cher frère; je vous embrasse tendrement.

i55. AU MÊME.

Merlin, a6 (mai 1763).

Mon chkr frkkk,

A mon retour de Colberg, je trouve ici votre lettre, et je suis charmé que l'intention de vous obliger vous fasse plaisir. J'ai trouvé ma pauvre sœur de Schwedt ni bien ni mal, mais dans un état qui menace toujours de sa perte.

J'ai parcouru les endroits les plus ruinés par la guerre, et j'ai fait ce qui dépendait de moi pour les remettre; quoique certaines contrées aient beaucoup souffert, le mal n'est pas aussi grand que l'exagération l'a fait, et je me flatte que dans deux ans la province sera plus peuplée et en meilleur ordre qu'elle ne l'a été avant la guerre. La Nouvelle - Marche est en plein travail; tout se remue, et chacun met la main à l'œuvre. Je ne m'en suis pas tenu là ; j'ai commencé un nouvel établissement où nous placerons six mille familles; c'est entre Driesen, Landsberg et Cûstrin.* J'ai vu tout l'établissement de Freyenwalde, qui est superbe. J'ai été chez le comte Podewils,» d'où je reviens aujourd'hui. Je pars le G pour Wésel, où il y aura un chaos différent à débrouiller, et à mon retour je passerai chez ma sœur de Brunswic. Voilà, mon cher frère, ce qui me reste d'ouvrage avant que je puisse penser à me reposer; mais le devoir et l'utilité publique doivent l'emporter sur les intérêts particuliers. Je vous embrasse

• Voyex t. VI, p. 73 et suivantes , et Leben Frans Balthasar Schonberg von Brcnkenhoff, p. 4<> et suivante».

b Othon • Christophe comte de Podewils, seigneur de Gusow, né en 171g. mort en 1781. 11 avait été envoyé extraordinaire de Prusse à la Haye de 1741 » 174S, et ministre plénipotentiaire à Vienne de 1746 à 17.10. Voyex t. XXII, p. i34-

de tout mon cœur, en vous priant de me eroirc avec une parfaite

tendresse, etc.

i5G. AU MÊME.

PoUflam, 27 juin 17M.

Mon cher fhkrk,

Je viens de recevoir votre lettre h mon retour. Je suis chargé, mon cher frère, de vous faire de grands compliments de la part de ma sœur de Brunswic. J'ai enrôlé ses deux fils,* qui passent ici au service. C'est une vraie trouvaille: ces enfants sont charmants, pleins d'honneur et d'ambition; l'un d'eux, c'est le même qui a sauvé Brunswic et fait évacuer Wolfenbùttel. Oserais -je vous prier, si vous le pouvez sans vous incommoder, de m'envoyer la relation de votre dernière campagne? Cela me ferait un très -grand plaisir, et vous ajouteriez cette obligation à celles que je vous ai déjà, étant avec la plus parfaite estime et tendresse, etc.

i57. AU MÊME.

Sans» Souci. 5 juillet 1763.

Mon cher frère,

Voici un nouvel embarras. Buddcnbrock b demande à se retirer de mon neveu, b et je ne sais qui placer près de lui. Je vous prie de penser à quelqu'un, car vous savez qu'il est très -difficile de trouver quelqu'un de propre à être auprès de cet enfant. Il est

■ Le* princes Frédéric et Guillaume. Voyex t. V, p. 14S; t. VI, p. aa3; t. XIII, p. 5 et lao; et t. XXIV. p. ia7.

b Voycr t. VI, p. 99, t. IX . p. 84, et, quant an jeune prince Henri, I. VII , p. ix et suivantes, et p. 37—49.

si aimable, que ce serait un meurtre de le mettre en mauvaises mains. J'ai encore quelques affaires à régler à Berlin, que j'expédierai à Charlottcnbourg, après quoi je viendrai ici recevoir ma sœur de Schwedt, qui passera uuc huitaine de jours chez moi. La saison est si belle, qu'elle doit favoriser la cure dont vous vous servez. Je souhaite, mon cher frère, que les effets vous soient les plus heureux , vous assurant de la tendresse avec laquelle je suis, mon cher frère, etc.

i58. AU MÊME.

(Sans-Souci) ce m (juillet i763).

Mon cher fkèhk,

Je crois que des officiers que vous avez proposés auprès de mon neveu le plus convenable serait le vieux Mcinike,» et, au cas qu'il le refuse , Blumenthal. b Je verrai comment je parviendrai à ajuster cette affaire; il ne s'agit que de savoir s'ils accepteront.

J'ai engagé un peintre habile pour travailler à votre maison, à Berlin; il doit faire les plafonds de la salle et de la galerie. Ayez la bonté de me dire les sujets qui vous feraient le plus de plaisir pour ces plafonds; il pourra d'abord commencer celui de la salle, qu'il pourra finir vers l'hiver. J'attends sur cela , mon cher frère , ce qu'il vous plaira de me marquer, pour le mettre tout de suite à l'ouvrage.

Je vais après -demain à Charlottcnbourg, pour achever de constater le tableau général des finances pour cette année , et y finir toutes les affaires relatives à l'armée et à l'artillerie, ainsi que l'économie générale, dont Warteuberg est chargé. c Ma sœur

* Voye* t. IV, p. 147, et ci - dessus , p. lai.

•» Le lieutenant-colonel Ilans-Augustc de Blumenthal eut la place. Il avait commandé la garde du corps de 1747 à 1757. époque où ses blessures l'avaient obligé de quitter le service.

« Voye* t. VI, p. ya.

Amélie va beaucoup mieux; je suis persuadé que vous y prenez part. D'Alembert est ici ; * je ne sais s'il restera, ou s'il ne se fixera pas ici ; c'est un homme de beaucoup de savoir et de connaissances. Je suis avec la plus parfaite tendresse, etc.

i59. AU MÊME.

Charlottenbourg, 16 (juillet 1763).

Mon cher fkkke ,

Puisque vous ne voulez pas décider des plafonds de votre salon . je tâcherai de m'en acquitter de mon mieux; nous ferons quelque repas des dieux dans la salle, et, dans le plafond de la galerie, nous y mettrons Apollon conduisant son char, accompagné des Heures, précédé par l'Aurore, avec des génies qui répandent des fleurs. Le peintre qui y doit travailler s'appelle Guglielmi ; b c'est lui qui a fait les plafonds à Schonbrunn, et, selon le dire des connaisseurs, le plus habile qu'il y ait à présent en Italie.

Je souhaite, mon cher frère, que les eaux vous fassent tout le bien que je désire. Il est sûr qu'il ne faut point travailler durant le temps qu'on les prend , parce qu'elles montent à la tête. II n'y a rien qui presse pour les mémoires que je vous ai prié de m'envoyer. Je serais au désespoir qu'ils altérassent, parle soin que vous y donnez, le moins du monde votre santé.

Mon frère Ferdinand me mande aujourd'hui que ma sœur a commencé les eaux, et que les médecins promettent des merveilles de cette cure. J'en suis enchanté, car je voudrais , si cela dépendait de moi, ne rien perdre pendant ma vie de ce qui nous reste de la famille.

D'Alembert est ici. Je ne saurais vous dire encore avec certitude s'il acceptera la place de président de l'Académie , ou ce

• Voyei t. XVIII, p. 317; t. XX , p. «94; et t. XXIV, p. xix, 38o et 38 1. •» Grégoire Guglielmi, né à Rome en 1714, mort a Saint- Péterabourg en

AVEC LE PRINCE HENRI. a79

qui en arrivera. Le vieux baron ressuscité» a fait un pèlerinage ici. Nous avons entendu hier dans la chapelle le beau Te Deum de Graun;*> il y avait beaucoup de monde. J'ai encore des comptes à revoir et à rectifier; cela dure depuis quatre grands mois. Je vous avoue qtc ce n'est pas un amusement pour lequel je me sente la moindre prédilection ; mais il faut en passer par là pour éviter un embrouillement total dans les finances. Il faut encore pourvoir la ville de Berlin de bois pour cet hiver. Enfin j'espère de finir tout cela vers le 19 de ce mois, et après je fais bien des vœux de ne plus revoir de comptes que Tannée prochaine. Porter- vous bien, amusez-vous, mon cher frère, et comptez sur la tendresse avec laquelle je suis, etc.

Rheinsberg, 20 juillet 1763.

Mon très -cher frère,

C'est une grâce que vous me faites d'avoir la bonté de choisir le sujet des plafonds que vous daignez me donner, et pour laquelle vous voudrez agréer les sentiments de ma reconnaissance. Je n'abuserai pas de votre indulgence, mon très -cher frère, et j'espère dans peu vous envoyer les mémoires que vous avez ordonné d'avoir; dans cinq ou six jours j'aurai fini de prendre les eaux, et je ne tarderai pas à vous obéir. Ma sœur Amélie revient de loin, si elle se rétablit. On m'a écrit que sa maladie était plus dangereuse qu'on ne Ta cru ici; ses poumons sont attaqués, mais les médecins de là -bas lui donnent de grandes espérances; l'intérêt que vous prenez à elle doit lui rendre la vie plus chère.

• Le baron de PëllniU. Voyex t. XX, p. xm et xiv, et 73 — io5.

*» Vojex J.-D.-E. Prcuâs, Friedrich der Grosse, ei/te Lebensgescluchte , t. Il , p. :<46 et 347 ; et Karl Friedrich Christian Fasch von Karl Friedrich Zelter, Berlin, 1801, in- 4, p. 49. Frédéric parle aussi de musique d'église dans notre t. XXIV, p. ao3.

a8o IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Je me rappelle d'avoir entendu au dôme de Berlin une musique d'église de la composition de Graun; je ne sais si c'est la même que vous avez fait exécuter à Charlottenbourg. Celle dont je parle est très- belle, et ne peut être comparée qu'au Siabat mater du Pergolèse, lequel me parait un morceau de musique achevé. Cependant ceux qui ont écoulé le Mùéréré chanté à Rome préfèrent cette musique à toute autre; mais il faudrait être en Italie pour en juger. On avait écrit dans les gazettes que d'Alembert devait y aller pour recueil/ir sur les antiquités toutes les connaissances qu'il faut avoir, et qu'on ne peut acquérir que sur les lieux mêmes; il est très -certain que de tous les pays à voir, c'est celui qui mérite le plus d'être connu. Les monuments respectables, entourés par les habitants d'aujourd'hui, forment un contraste qui donne lieu à bien des réflexions pour mie âme pensante; la beauté du pays, le théâtre des guerres anciennes et modernes , forme encore un tableau sur lequel l'imagination peut travailler. Ce pays réunit des beautés et des curiosités qu'on ne trouve dans aucun autre', et, par tant d'endroits, mérite bien la curiosité qui attire les voyageurs.

Mais j'abuse de votre patience par mes raisonnements frivoles; je vous supplie de les agréer en faveur du sentiment qui les accompagne : c'est celui du tendre attachement avec lequel je ne cesserai d'être, etc.

PotwUtn, a3 juillet i763.

Mon cuek kkkhe .

Je viens d'achever, grâce au ciel, tout mon ouvrage de finances, après quatre grands mois de travail ; à présent l'ordre est remis partout, et les choses commencent à reprendre leur train ordinaire. J'ai presque pris une aversion pour les calculs et pour les comptes, après les désagréables détails qu'il a fallu revoir. J'ai-

nierais autant avoir fait de l'algèbre; mais comme cela est fini, n'en parlons plus.

Les nouvelles de Vienne marquent que la cour est dans les plus grandes inquiétudes du côte de la Porte; le sultan mériterait d'être fessé, s'il commençait la guerre à présent. Mes lettres de Constantinople n'annoncent aucune rupture ; je crois que ces cent mille Turcs qui depuis dix -huit mois sont aux frontières de la Hongrie inquiètent la reine de Hongrie. Le roi de Pologne est à Tcplitz avec une nombreuse suite; les Saxons jusqu'ici ne prennent des arrangements pour rien. Le roi de France court

à la chasse à Compiègne; le roi d!Angleterre se gratte les c

Que béni soit le ciel, mon cher frère, que je n'aie que des coïonneries à vous écrire ! Ceci vaut mieux que des projets de campagne en réserve pour trois ou quatre cas désespérés dans lesquels on prévoyait qu'on pourrait se trouver.

M. Guglielmi fait ses esquisses, et se prépare à décorer vos plafonds. M. d'Alcmbert veut voir l'Italie. Notre neveu exerce ; moi, je me repose, et vous souhaite à Rheinsberg tous les contentements <juc vous pouvez désirer, étant avec une parfaite tendresse, etc.

PoUdam, 3o juillet i763.

Mon cher khkke,

Je vous ai des obligations infinies de la relation de votre campagne que vous avez la bonté de m'envoyer. Je l'ai lue et relue avec plaisir, et la conserverai précieusement. J'ai à présent ici ma sœur de Schwedt et ses filles, que je tâche d'amuser de mon mieux. Ma sœur et moi nous nous entretenons du vieux temps , comme à peu près les vieux lieutenants - colonels français se parlent de leurs anciens faits d'armes; mais tout cela n'est plus qu'un songe. Il y a des événements de ces temps dont j'ai été témoin, qui me paraissent presque fabuleux, et qui cependant sont

a8a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

très-réels. Nous avons ici madame de Pannwitz et mademoiselle de Knesebeck. « J'ai entendu chanter mes nièces, qui s'en acquittent fort joliment. k II leur faut un bal; je suis bien embarrassé pour l'arranger. Nous manquons de dames ; il faudra peutêtre faire mettre dans les Intelligences c que quiconque a envie de danser vienne à telle heure se rendre au lieu marqué. On dit Bruhl fort mal; il a l'hydropisie, et l'on prétend que ce M. de Goltzd qui est à Berlin pourrait bien lui succéder, ce, je crois, de quoi vous et moi nous nous soucions le moins. Ne doutez pas , mon cher frère, des sentiments de la parfaite estime et de la tendresse avec lesquels je suis, etc.

i63. DU PRINCE HENRI.

Rbeinsberg, 10 septembre 17W.

Mon trks-cher fhèrk,

Privé depuis longtemps du bonheur de vous faire ma cour en personne, je me serais du moins donné la satisfaction de vous écrire plus souvent; mais la stérilité des matières dans un endroit écarté comme celui-ci, jointe à quelques incommodités, lesquelles ne m'ont point, li la vérité, empêché de sortir, mais elles influent trop sur mon humeur, ces raisons, «dis -je, seront suffisantes pour vous prouver que la discrétion seule m'a retenu de vous adresser mes lettres, par l'appréhension que j'avais qu'elles ne vous seraient pas agréables. Je voudrais beaucoup que les sujets sur lesquels j'ai à vous entretenir le pussent être. Le premier, à ce que j'augure, sera sur un faiseur de projets; j'en juge ainsi parce que celui qui m'écrit la lettre ci -jointe de Genève, en m'adressant pour vous le paquet que j'ai l'honneur de vous re-

' Voyci t. XIII, p. 1 14«

b Voyex t. XXIV, p. 84.

c Feuille d'annonces de Berlin , intitulée IntelUgcnzblail.

à Voye* t. XXIV, p. 4a.

mettre, m'est absolument inconnu; si vous daignez jeter un coup d'œil sur l'objet de ses recherches, vous verrez certainement d'abord si mes soupçons sont fondés.

L'autre sujet qui me donne l'agrément de vous écrire me donne encore l'agrément de vous demander votre assistance; c'est en faveur d'un gentilhomme que ma sœur de Baireuth , dans son voyage en Italie, prit avec elle pour le faire élever. Le père est consul dans une petite ville d'Italie, et se nomme Paléologue; il prétend descendre du dernier des empereurs qui portaient ce nom. Feu ma sœur a fait prendre beaucoup de soin du jeune Paléologue, lequel a, à cette heure, vingt et un ans. Sa physionomie n'est pas prévenante. Il a refusé d'être placé comme officier dans les troupes autrichiennes ; le margrave de Baireuth à cette heure régnant a refusé de lui donner de l'emploi à cause de la religion catholique, contre laquelle il pourrait se sentir quelque aversion sans la faire tomber sur ceux qui la professent. Ma nièce la margrave de Baireuth a, par considération pour feu ma sœur, entretenu le jeune Paléologue jusqu'aujourd'hui ; mais croyant que je pourrais vous le présenter, elle me l'envoie, et elle espère que l'amitié que vous avez eue pour feu ma sœur s'étendra sur ceux qu'elle a protégés, et que vous daignerez donner une place d'enseigne au jeune Paléologue. En tout cas, je vous supplie de m'apprendre ce que j'en dois faire.

Vous m'avez permis d'oser en agir librement avec vous; c'est en conséquence de quoi je suis obligé de vous avouer que j'ai un grand désir de vous faire ma cour; si cela vous agrée, et que vous ayez des bontés pour moi, je vous prie de me dire où et quand je pourrais avoir ce bonheur. Vous me permettrez bien ensuite de revenir ici , n'étant attaché à rien à Berlin. Le souvenir du passé m'afflige beaucoup, et la vie qu'on y mène me paraissant assez insipide, c'est pourquoi je vous avoue franchement que je n'aime pas à y être. Cela n'empêche pas que je me conformerai en tout à vos volontés , et que je me trouverai heureux de vous en donner des preuves sûres , même aux dépens de mon inclination. Je suis, etc.

a84 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Le i3 septembre 1763.

Mon cdkr frère,

Une lettre d'un fou de Suisse est arrivée fort à propos pour me procurer celle, mon cher frère, que vous me faites le plaisir de m'écrire. Je crois que ce M. Planta a dressé sa lettre aux Petites- Maisons; il m'envoie son portrait, un projet de campagne qu'il a fait pour M. de Broglie, une satire impertinente de Versailles, et tout cela comme une recommandation pour lui faire obtenir dans ce service quelque bonne place. Je me suis contenté de lui marquer qu'en temps de paix on ne pouvait pas faire des passedroits à des officiers qui avaient bien servi, et que je ne doutais pas que son mérite ne lui fit trouver de l'emploi ailleurs. En voilà assez pour ce Planta. Quant à votre Paléologue, mon cher frère, je m'en chargerai volontiers, pourvu que je sache à quelle sauce le mettre; s'il est bête, il faut le fourrer dans le clergé de Silésie et en faire un chanoine; s'il est bon à mieux que cela, je tacherai de lui trouver une place comme je pourrai. J'en viens à présent à la partie de votre lettre qui m'a fait le plus de plaisir, puisqu'elle me fait espérer le plaisir de vous revoir. Je suis ici à ma vigne retiré. Si vous voulez, par complaisance, vous ennuyer dans ma retraite, je vous avoue que cela me fera plaisir. C'est le cas où se trouvait le vieux maréchal de Schulenbourg à Venise. Il allait aux assemblées, où un vieux barcarolo qui le conduisait lui disait quelquefois: «Monseigneur, ne voulons-nous pas nous retirer? 11 me semble que nous ennuyons ces gens -ci.» L'autre lui répliquait : «Ils m'amusent; restons. •* Vous serez toujours le maître de vous en retourner à Rheinsberg lorsque vous le voudrez ; puis je pourrai vous montrer des esquisses de vos plafonds , que Guglielmi a croquées. J'ai été à Berlin pour me débarrasser du corps diplomatique, ministres arrivés, ministres partant, ministres négociant; j'ai profité du temps pour prendre des arrangements pour la manufacture de porcelaine que

- Voyeï l. XV1I1, p. aay.

j'ai achetée de Gotzkowsky. a Toute l'entreprise sera arrangée au mois de juin; cinq cent sept personnes, ouvriers, y trouvent à être employées; c'est une suite des prodigieuses banqueroutes d'Amsterdam et de Hambourg. l> J'ai sauvé de nos marchands tout ce qui était sauvablc, et, Dieu merci, à présent tout cela est passé. Le mal dont on se ressent encore est que tout le commerce de change est interrompu , et que l'on ne peut payer ni recevoir de l'argent nulle part. J'ai dîné chez mon frère Ferdinand, dans sa nouvelle maison,0 qui est très-bien arrangée; il se porte assez bien. Les nouvelles que l'on a de Spa font espérer l'entière convalescence de ma sœur, ce qui me fait beaucoup de plaisir. Je vous attends donc, mon cher frère, avec impatience. Tout ce que je puis vous promettre est un bon visage d'hôte, et la satisfaction de vous assurer de vive voix de la tendresse et considération avec lesquelles je suis , etc.

iG5. DU PRINCE HENRI.

Rheinsberg, 1 5 septembre 1763.

Mon très -cher frère,

Avant de vous assurer de bouche de mes devoirs, j'ai encore de sincères remercîments à vous présenter pour la gracieuse lettre que vous m'avez écrite. Mon impatience à vous faire ma cour ne sera pas retardée au delà du 19 au soir; tous les endroits où je saurai vous trouver me seront agréables. Ce n'est ni Potsdam ni la vigne que je vais voir; c'est votre personne que je cherche, et je suis très -content d'avoir ce bonheur à attendre pour lundi. Vous disposerez du comte Paléologue ; j'aurai l'honneur de vous

» Voye* t. XIX, p. 144.

»> Voye* U VI, p. 79, et U XVIII, p. a34.

« Le palais de l'ordre de Malte, place Guillaume, à Berlin. Il appartient maintenant à S. A. R. Monseigneur le prince Charles de Prusse.

a86 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

entretenir à son sujet, et je le laisserai ici jusqu'au temps où je saurai quelles sont vos volontés à son égard. Je suis , etc.

Rheinsberg, {"octobre 1763.

MON TBKS-CnER FRÈRE,

J e suis arrivé ici encore tout occupé du souvenir récent d'avoir eu le bonheur de vous faire ma cour à Potsdara. Je suis pénétre par les bontés que vous m'avez témoignées, et je regarderai toujours comme les moments les plus gracieux de ma vie ceux où je pourrai vous donner des preuves de mon attachement. Mes nouvelles d'ici ne sont pas autrement intéressantes ; les campagnards annoncent un hiver précoce, et je crains bien que, pour le coup, ils n'aient raison. Le chancelier Woronz.ow, qui se réfugie en Italie, n'en ressentira pas les effets; il arriva à Berlin le même soir que vous en êtes parti. n Les femmes de Berlin parlent beaucoup de sa fille; sa beauté a été célébrée avant son arrivée, et elles craignent avec raison qu'une étrangère n'ait plus d'appas qu'aucune d'elles. Il faut avouer que l'ambition se glisse partout, et embrasse tous les objets. Celle d'une femme est d'être belle et de plaire; ce privilège ne leur est cependant accordé que par la nature, et lorsqu'il leur manque, elles ont recours à l'artifice, et c'est le blanc et le rouge. Les hommes ont cet avantage d'avoir des objets plus nobles de leur ambition. Quant à moi, j'aurai toujours celle d'être empressé à vous témoigner les tendres sentiments et le respect avec lesquels je suis , etc.

» Voyez t. XVIII, p. i»8. et t. XXIV, p. 48.

i«7. AU PRINCE HENRI. .

PoUdam. 5 octobre 176:1.

Je serais charmé si le séjour que vous avez fait ici ne vous eût point ennuyé; je n'ai cependant pu vous procurer aucun divertissement, car la vie que je mène est bien simple et unie. Je prends la liberté de vous envoyer quelques fruits; je souhaite qu'ils vous fassent plaisir. J'ai ici mes deux neveux, dont je suis enchanté. Non, on n'élève pas mieux les jeunes gens que ces enfants le sont. Je suis sûr qu'ils auront votre approbation, et de tous ceux qui les verront. Conservez-moi votre précieuse amitié, mon cher frère , et soyez persuadé de la tendresse avec laquelle je suis , etc.

Rbcinsberg, 7 octobre 1763.

MON TRÈS -CHER FRÈRE

Les fruits que vous accompagnez d'une lettre gracieuse me donnent l'agrément de vous parler de ma reconnaissance. J'ai été heureux d'être témoin de la vie simple et unie que vous menez , et je le suis toujours lorsque je reçois les preuves de la continuation de vos bontés pour moi. Mes deux neveux de Brunswic doivent se trouver très -heureux d'avoir votre approbation; c'est certainement un objet de la plus grande émulation pour eux, et s'il leur manque quelque chose , l'envie de vous plaire le leur fera bientôt acquérir.

Je n'ai pas trouvé de ces grandes vitres à la française de faites ; j'eus l'honneur de vous en parler ; mais dans une couple de jours j'en aurai, et les adresserai à l'inspecteur de vos bâtiments, pour voir si les échantillons sont tels que vous les voulez. C'est la seule utilité dont je vous puis être dans ces cantons, et

a88 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

je serai très -satisfait, si vous êtes content des épreuves que j'enverrai.

Je compte profiter de l'agrément que vous m'avez accordé de voir ma sœur de Schwedt et les établissements entre Landsberg et Driesen. Je commencerai mon voyage le 1 6, et serai dans huit ou dix jours de retour. Je suis, etc.

Potudam, 9 octobre 1763.

Mon cher fhkre,

Je souhaite, mon cher frère, que vous vous amusiez bien pendant votre petit voyage. Ma sœur de Schwedt a été incommodée, mais elle va mieux à présent. Ma sœur Amélie m'écrit qu'elle est assez contente de l'effet des eaux qu'elle a prises, et qu'elle a bonne espérance de se rétablir tout à fait l'année prochaine.

Voilà le roi de Pologne qui s'est laissé mourir comme un sot; je vous avoue que je n'aime pas les gens qui font tout à contretemps. J'espère cependant que cette élection se passera sans qu'il en résulte de nouveaux troubles. J'ai un chagrin domestique; mon pauvre chien va mourir, et, pour m'en consoler, je me dis que si la mort n'épargne pas les têtes couronnées, la pauvre Alcmène ne peut pas s'attendre à un meilleur sort. Je vous embrasse mille fois, mon cher frère, en vous priant de me croire avec une parfaite tendresse , etc.

AVEC I.E PltlNCE IIEMil.

Ithcinsbcrg, i3 octobre 17G3.

MON THKS-CI1ER FRKHE,

On vient de m'apprendre que vous avez fait des arrangements m ma faveur, à l'égard des dettes que le feu margrave Charles avait eonlractées sur les terres que vous avez eu la générosité de me donner. Je ressens vivement toutes les obligations que je vous dois, et si vous pouviez lire dans mon cœur, vous y trouveriez gravés les sentiments de ma reconnaissance.

J'ai vu ici la famille de Strélitz. Le Duc a paraît avoir un caractère doux et honnête. La demoiselle Zeltcrn , toujours fille de soixante ans, parait aussi sémillante qu'elle croyait l'être il y a vingt ans. C'est bien la cour la plus heureuse de l'Europe; la politique ne trouble pas leur repos; je crois qu'on y ignore parfaitement la mort du roi de Pologne; du moins est -il certain qu'ils ne s'inquiéteront que peu comment l'intérêt de la succession sera terminé. Le comte de Brùhl, à en croire les gazettes, suivra bientôt son maître. Je crois qu'il a peu pensé pendant sa vie quel sentiment il prendrait lorsqu'il faudra quitter son palais et sa garde-robe; ce sera un triste congé pour une âme aussi peu philosophe que la sienne.

Je compte, après mon retour, vous mander l'histoire de mon voyage, lequel ne sera pas autrement intéressant; mais il me procurera toujours l'avantage de me rappeler à votre souvenir, et de vous renouveler les assurances du respectueux attachement avec lequel je suis, etc.

■ Adolphe -Frédéric IV, né le T» mai 17.38, et duc régnant depuis le 11 décembre 175a, mort le a juin 1794. Il n'avait jamais été marié.

Le a a octobre 176s.

Mon cher frère ,

Je trouve le duc de Strélitz bien heureux de ce qu'il laisse aller le monde comme il plaît au hasard. Je crois, mon cher frère, qu'il agit sagement, et qu'il a profité d'Epicure, qui exige que son sage ne se mêle point des affaires de la république. 11 Pour vous donner cependant des nouvelles, vous saurez que la nouvelle cour de Saxe a congédié Brùhl avec une pension de quarante-quatre mille écus. Le pauvre homme !*> Il y a apparence que le bruit ne sera qu'en Pologne, où la mort du Roi vaut aux palatins une aubaine de quelques millions, et que le reste de l'Europe demeurera tranquille, et ce n'en sera que mieux. Notre mamamouchic est arrivé à Breslau, et on l'attend à Berlin vers le milieu de novembre. Le prince héréditaire de Brunswic viendra faire un tour ici , où je tacherai de l'amuser de mon mieux. Voilà, mon cher frère, tout ce que me fournit la Saxe, la Prusse et le Brunswic; et si vous voulez quelque nouvelle de la Hessc, je pense que vous apprendrez sans surprise que le Landgrave va se mettre au rang des candidats qui aspirent au royaume de Pologne. Je vous crois à présent à Schwcdt, ainsi je ne vous envoie pas de fruits; mais dès que je saurai votre retour, je prendrai la liberté de vous en envoyer une petite provision, en vous assurant de toute la tendresse avec laquelle je suis, etc.

« Voyet t. XtX , p. i58 cl ao5; et t. XXIV, p. 139 et i3o. b Vovci Molière, Tartuffe, acte I, scène V.

e Achmet - Effendi , envoyé turc. Voyez t. XX, p. ia4. et. quant nu mot mamamouchi, même volume, p. 3 1. et t. XXIII. p. 160 et 177.

Saus- Souci, aG octobre 17G3.

Mon ciirh frkrk,

J'ai été fort fâché d'apprendre votre indisposition. Je souhaite de tout mon cœur que vous vous portiez, mieux. Dans l'incertitude où je suis du lieu de votre séjour, je ne vous envoie point de fruits, car je suppose, mon cher frère, que vous vous trouvez à présent auprès de ma sœur de Schwedt. J'ai des nouvelles très -bonnes de ma sœur Amélie; elle m'écrit elle-même que sa santé se remettait journellement. Vous saurez sans doute que Brùhl a son congé, et qu'il se retire avec quarante mille écus de pension. Le pauvre homme! Le prince héréditaire de Brunswic est attendu dimanche ici; je m'en réjouis, car je l'aime et l'estime. Notre mamamouchi sera le 3 de novembre à Wcissensec, de sorte qu'il ne pourra avoir son audience que vers le 12 ou 1 3 du même mois. Je vous notifie en même temps que je suis devenu le tailleur du vieux baron, qui m'a ordonné des habits pour la réception du circoncis. a Voilà tout ce que contient la gazette de Sans-Souci, car je ne compte pas parmi les nouvelles l'amitié et la tendresse avec lesquelles je suis, etc.

Ithcinshrrg , aG oclohrc 176H.

Mon trks-cher frkrk.

J'ai reçu la lettre du 22 que vous avez daigné m'écrirc. Je suis bien sensible à la bonté que vous avez de me donner des nouvelles du grand monde. Je ne vous apprendrai rien d'intéressant d'ici, et ce n'est que pour remettre sous vos yeux les sentiments de ma reconnaissance que je me donne l'honneur de vous

» Voyez t. XX , p. 91 et 9a, îT'aÔ, aG et 37.

écrire. Je me porlc un peu mieux depuis quelques jours; je compte me faire saigner; les remèdes de Purgon et de Diafoirus, dans le Malade imaginaire, sont les seuls qui peuvent aider, saignée et purgation. J'ai parlé à un médecin deRuppin, nommé Feldmann, disciple de Boerhaave, chez lequel il a étudié; il m'a dit que vous le connaissiez, et que vous aviez eu, du temps passé, de longs entretiens avec lui. C'est un homme qui traite la médecine sans charlatanerie, et qui convient que les limites en sont très -bornées. Après avoir contenté l'envie que j'ai de me rappeler à votre souvenir, il me reste encore de vous prier d'être assuré que rien n'égale rattachement avec lequel je suis, etc.

Hhcinsbcrg, 3o octobre 17G3.

J'ai eu l'honneur de vous mander que j'avais remis mon voyage pour Schwedt jusqu'à un autre temps. Les incommodités que je ressens m'empêchent à cette heure de penser à ce voyage. Je veux employer tous mes soins pour fortifier ma santé, afin que, si vous passez la fin de décembre à Berlin , je puisse profiter sans interruption du bonheur de vous faire ma cour.

Si le baron avait toujours eu un grand mai Ire de sa garde- robe comme vous daignez vouloir l'être en ce cas, il aurait été trèsbien vêtu pendant sa vie. Je crois pourtant que pour satisfaire à tous ses goûts il faudrait des étoffes de tout pays, et un très-grand fonds pour rendre la garde -robe aussi riche qu'il la voudrait.

Il est bien juste que je vous présente le fruit le plus rare de mon jardin; je n'ose espérer que le goût vous paraîtra assez bon, mais c'est uniquement pour sa singularité que je me donne l'honneur de vous l'offrir. Feu le comte Neale» m'en a donné la plante;

■ Slejdianus - Laurent ius Nealc, ne à Surinam eu 1G88, et négociant à Amsterdam, vint s'établir à Berlin en 1750. 11 était immensément rirbe. Frédéric le nomma chambellan et comte. 11 mourut à la Haye en 17O2.

AVEC LE PRINCE HENRI. ao3

c'est une nèfle de l'Amérique; les fruits ont un goût, quoique imparfait, des nazarcllcs. a

Daignez être assuré que rien n'approche du sentiment rempli d'attachement avec lequel je suis, etc.

i75. AU PRINCE HENRI.

Le 3 novembre 1 763.

Mon C1IEK FHKKE,

Je vous rends mille grâces de vos deux lettres, et du fruit rare de votre jardin que vous avez eu la bonté de m'envoyer; mais je regrette fort que votre santé ne soit pas encore remise. A tout hasard je vous envoie un petit tribut de ma vigne. Si vous n'en mangez pas, peut-être que cela fera plaisir à la princesse. J'ai ici le Prince héréditaire, qui est venu me voir avant d'entreprendre son voyage d'Angleterre. Le mamamouchi est arrivé, ce qui met tout Berlin en combustion. Cela me soumet à une cérémonie dont je me passerais volontiers, si cela dépendait de moi, d'autant plus qu'elle est fort dispendieuse. Je vous embrasse mille fois, en vous assurant de la tendresse avec laquelle je suis, etc.

Rheinsbcrg, io novembre 17G3.

Les fruits que vous avez daigné m'envoyer m'ont causé la satisfaction la plus grande, comme tout ce qui me sert de preuve

• Le mot nazarcllcs , comme le prince Ta écrit , nous est inconnu ; il s'agit probablement des aiarelles ou azarolcs, fruit du Crataegus Azarolus L-, que Frédéric aimait fort. La nèfle d'Amérique est une espèce du genre Crataegus.

a94 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

de votre gracieux souvenir sera toujours un objet de bonheur pour moi.

Vous aurez à cette heure terminé la journée où vous avez été assujetti au cérémonial, et le Turc aura été vu et contemplé de tout Berlin. Je crois (pic Pollnitz, pendant tous ces jours, a été riiommc le plus heureux du royaume ; il respire dans les fetes et les cérémonies , comme la salamandre au feu. Il se sera rappelé l'ambassade circoncise du temps de Louis XIV, quoique je pense qu'il était trop jeune pour être alors à Paris. * Vous avez aussi la générosité de vous intéresser à ma santé; elle serait passable, si je n'avais des crampes aux nerfs, qui m'incommodent excessivement.

Le temps est des plus beaux; il semble que les saisons ne tiennent plus l'ordre accoutumé. Nous avons eu des jours, au mois d'août, où il faisait moins chaud qu'il ne fait depuis deux jours. Le Turc croira être à Constantinople. J'ai une haute opinion de cette nation depuis que j'ai lu les lettres de milady Montaguc,k laquelle était ambassadrice à la Porte. Si tout ce qu'elle décrit est vrai, il faut que la magnificence orientale surpasse infiniment l'idée qu'on s'en forme vulgairement. Ces lettres sont assez amusantes; il y en a quelques-unes qui sont intéressantes, et toutes fout connaître que celle qui les a écrites doit avoir joint de grandes connaissances à beaucoup d'esprit.

Si je me suis laissé entraîner à vous écrire une lettre trop longue, je vous prie de le pardonner en faveur du sentiment avec lequel je suis, etc.

* Le baron de Polloitz alla pour la première fois à Paris .iu commencement de l'année 171a. Pendant l'hiver de 1715, il y fut témoin de l'entrée de l'ambassadeur de Perse, et de l'audience qu'il eut de Louis XIV. Voyc* Uttres et Mémoires du baron de l'olUutz, troisième édition, Amsterdam, 1737, t. IV. p. 239, 343 et suivante».

!» Letters of I^ady Mary Worlicj Montague, wrtttcn during her travels in Europe, Asia and Africa. Londres, 1 7G3 — 1 767, trois volumes iu-iu.

AVEC LE PRINCE HENRI. ï95

Ce i4 (novembre 1763).

Mon cher fhèke,

Je suis fâche de vous savoir toujours incommodé de votre mal de nerfs; j'espère cependant que vous vous remettrez en suivant un certain régime et en prenant de l'exercice.

Mon neveu Henri a pris la petite vérole le plus heureusement du monde; le médecin assure qu'il n'y a aucun danger. Ma sœur Amélie se remet tout à fait; elle me l'écrit elle-même; je me persuade que vous y prenez part.

Ce sera le 20 que le mamamouchi prendra ses audiences. a Vous avez bien deviné Pollnitz; il est rajeuni de vingt ans, et toujours profondément occupé de bagatelles. On doit observer un cérémonial singulier avec ces Turcs, qui me déplaît et me gêne fort; mais il en faut passer par là, et je pourrai m'en consoler, si cela nous mène à une bonne alliance défensive avec messieurs les circoncis. Le bel air de Berlin est à présent de manger des dattes; les petits -maîtres vont arborer incessamment le turban, et ceux qui seront assez riches établiront des harems. Il faut avoir vu le Turc pour être à la mode, chacun en fait un conte à dormir debout ; mais cela passera , et dans deux mois ils en seront si rassasiés, qu'ils attendront le moment de son départ avec impatience. Pour moi , je paye les violons de toute cette affaire; il m'en coûte sept mille écus par mois. Les Turcs sont plus arabes que les juifs.

On travaille, à Berlin, à votre palais; je commande à présent tout ce qu'il faut pour la salle, la galerie et l'ameublement des chambres; tout cela sera assurément achevé l'été prochain. J'ai ici notre neveu le Prince héréditaire, qui est aimable au possible. J'ai trouvé le moyen de rassembler une bande de bouffons, et je lui donne des opéras -comiques. Je souhaite, mon cher frère, d'apprendre bientôt de bonnes nouvelles de votre santé, vous priant de me croire avec mie parfaite tendresse, etc.

• Celte cérémonie eut lieu le ai novembre 1763.

ayO IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Ce ai (novembre 1763).

Mon ClIKII FKKilK,

J'ai précisément reçu la lettre que vous me faites le plaisir de m'écrirc, en arrivant ici. J'ai vu tous les Turcs de Berlin, et je vous jure que leurs personnes ne répondent point au grand nom que s'est fait leur empire. Ce peuple tient du juif et du pandour; ils sont tous si intéressés, que l'effendi a propose qu'on lui devait paver le diner de cérémonie que je lui ai donne ; ses subalternes sont intéressés à proportion; ils ont bu toute honte pour gueuscr. Si vous aviez vu tous les beaux présents qu'ils m'ont faits, vous ne les envieriez pas : douze aunes de mousseline, douze aunes de drap d'or, douze aunes d'étoffe de soie, et ainsi du reste. Mais ce n'est pas des présents que je leur demande; une bonne alliance vaut mieux, et il y a toute apparence que nous parviendrons à la conclure. Ce sera le meilleur héritage que je pourrai laisser à mon neveu , et qui pourra prolonger la paix pour bien des années.

Mon cher neveu me quitte; il va en Angleterre pour se marier. Tout cela est plus éblouissant que solide, car on ne sait où l'établir, et l'on dispute, les uns pour que ce soit à Liincbourg, les autres à Wolfenbiïltel. Mais quel que soit le lieu dont on tombe d'accord, il n'y prévoit pas beaucoup d'agréments.

La ville de Berlin a perdu le peu de bon sens qu'elle avait, depuis l'arrivée des Turcs; les femmes veulent à toute force être turquisées, et jouent au passe -dix avec le neveu de l'effendi; les petits garçons vont mettre des turbans, et les coutumes de Conslantinople vont donner le ton à Berlin. Je vous avertis, mon cher frère, de vous y préparer, car vous pourriez trouver des changements, dans votre patrie, qui vous surprendraient. Je pars demain pour Polsdam, pour ne pas perdre le peu de bon sens qui me reste; je souhaite d'apprendre de bonnes nouvelles de votre santé, en vous priant d'ajouter foi à la parfaite tendresse et à tous les sentiments d'estime avec lesquels je suis, etc.

Kheinftberç, 17 novembre 176^.

Mon tkks-chkk frkrk.

Vous avez bien de la bonté, mon très -cher frère, d'avoir voulu m'apprendre tous les changements que les Turcs font sur les mœurs de Berlin; la lettre que vous daignez m'écrire du 21 ne me donne pas haute opinion des Orientaux, mais me confirme dans l'opinion que la nouveauté plaît toujours. La plupart des personnes qui vont voir l'ambassadeur ne s'instruisent pas des mœurs, de la langue, ni des usages des Turcs; ils reviennent chez eux, et n'apportent d'autres lumières que celles que peut donner le spectacle d'un homme assis en longue robe et les jambes croisées, d'un turban et de tapis de Perse. Le plus curieux serait de les questionner beaucoup , de connaître par soi-même quels sont leurs préjugés, s'ils ont de la finesse dans les affaires qu'ils recherchent, et s'ils ont des notions des choses abstraites. Je crois, mon très-cher frère, que vous êtes bien aise d'avoir terminé l'audience; car les objets solides qui vous occupent ne vous donnent pas le loisir de vous amuser d'une cérémonie et d'un spectacle qui remplit tout entière l'amc de Polluitz. Je sens que le départ du Prince héréditaire vous fait de la peine, et j'en suis fâché, d'autant plus que je crains bien (pic le sort qui l'attend ne sera pas gracieux pour lui.

Ma sauté, à laquelle votre bonté pour moi prend intérêt, va passablement; du moins il faut que j'en sois content; ne pouvant changer ni mes fibres, ni mes nerfs, il faut que je les traîne comme il a plu à la nature de me les donner. J'en serai toujours content, pourvu que j'aie assez, de force pour vous donner en tout temps des preuves de rattachement inviolable avec lequel je suis, ete.

2<j8 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

(PoUdam) 4 décembre 1763.

Mon cher fkère,

Je suis fort fâché d'apprendre que vous n'êtes pas encore restitue de votre indisposition. Il faut de l'exercice, mon cher frère, pour faire circuler le sang malgré lui, s'il ne circule pas de lui-même. Je me trouve plaisant de ce que mon hypocondrie donne des conseils à la vôtre; mais, mon cher frère, il faut dissiper son mal, fortifier ses nerfs, radouber son estomac, égayer son esprit, et tâcher de passer le plus doucement que l'on peut le temps qui nous est fixé pour habiter avec les vivants.

Le mamamouchi est venu ici, et je suis fort étonné si le charme de la nouveauté ne portera pas quelqu'un de mes benêts de compatriotes à se faire circoncire. Le vieil effendi a beaucoup de goût pour les spectacles et pour la chasse; je lui ai fait donner de l'un et de l'autre, ce qui lui fait grand plaisir. J'ai vu monter à cheval des spahis; c'est à peu près comme les Cosaques. A vous dire le vrai , nos peuples européens ont un grand avantage sur ces Asiatiques et sur tous les habitants des autres parties de ce globe. Nous sommes plus industrieux, plus raffinés qu'eux; et quoique nous ne connaissions pas les premiers principes des choses, nous en savons cependant cent fois plus que tous ces gens pris ensemble. L'cflèndi retourne aujourd'hui à Berlin, et je crois être à présent assuré que cette alliance, à laquelle j'ai travaillé depuis dix années, va se conclure. C'est une des meilleures pièces que je puis laisser en héritage à mon neveu, et qui, selon ce que peut prévoir la prudence humaine , pourra servir à faire respecter de nos ennemis et de nos envieux les traités qu'ils viennent de conclure avec nous.

Vous aurez un beau cheval turc, dont l'Empereur vous fait présent; il n'attend que votre arrivée, et moi de même, pour vous assurer, mon cher frère, de vive voix, de la tendresse et de la parfaite estime avec lesquelles je suis, etc.

(PoUdam) •» décembre 1763.

Mon cuer kkkke,

Je vous félicite de votre arrivée à Berlin, où j'espère d'avoir le plaisir de vous voir dans quelques jours. Je compte d'y arriver le i5, où j'ai arrangé les amusements pour le public le mieux que cela s'est trouvé possible dans les circonstances où nous nous trouvons. Je ne doute pas, mon cher frère, que vous ne preniez un peu de l'air turc en arrivant à Berlin , pour être à la mode. Pour moi, ce que je trouve de meilleur à cela, c'est l'alliance; car pour l'ambassade, j'ai le sort de l'arlequin, je ne m'en tire qu'en payant. « J'ai reçu des lettres de ma sœur Amélie, qui me paraissent assez bonnes par rapport à sa santé. Je Guis en vous priant d'être persuadé de la tendresse avec laquelle je suis, mon cher frère , etc.

l'otsdam, 18 niar* 1764.

Mon CI1EH FRÈRE,

Je vous rends grâce de la part que vous prenez à nos alliances.'» Je souhaite que tous ces arrangements mènent à bien ; mais cependant les affaires en Pologne s'embrouillent de nouveau. 11 y a déjà deux nouveaux candidats : un prince Lubomirski et le grand général. Je crains que de fil en aiguille tout cela ne nous mène plus loin que nous avons envie d'aller ; car si une fois les choses semblent s'embrouiller d'une certaine manière, alors adieu la paix et la tranquillité publique. Mais tout cela est du dépar-

a Peut-être le Roi fait - il allusion à la scène VIII du premier intermède du Malade imaginaire, par Molière, où Polichinelle, après avoir été battu, csl oblige de paj crie» archers.

>» Vuyia t. VI . p. 1 1 et suivantes, et t. XXIV, p. Ciu et 61.

3oo IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

teracnt des contingents futurs, lesquels il ne nous est pas donné de prévoir.

Je suis charmé, mon cher frère, de l'offre que vous me faites de venir à Berlin; mais comme je pars la mût du 21 pour la Silésic , je ne pourrais guère en profiter. A mon retour, je ne m'arrêterai pas longtemps à Berlin; mais je reviendrai bientôt ici

i83. AU MÊME.

(PoLstlani) ce aa (avril 1764).

Mon cher frère,

Je vous félicite du bal que vous avez donné sans danser. Je présume que vous ne vous y serez pas arrêté longtemps, et que vous aurez laissé la place à la jeunesse, qui se plaît à cet exercice. Je ne vous plains point d'être en compagnie avec Baylc; c'est de tous les hommes qui ont vécu celui qui savait tirer le plus grand parti de la dialectique et du raisonnement. Il y a tel ouvrage de lui où il n'y a aucune réponse à faire; il est seulement à regretter qu'il ait trop négligé son style. Il est trop négligé et trèsincorrect: mais sa manière rigoureuse d'argumenter récompense le lecteur des désagréments de sa diction. C'est un maître admirable de logique, et qui fait apercevoir, quand on se familiarise à sa dialectique, combien le vulgaire des hommes est inconséquent, raisonne mal, et est susceptible d'être trompé ou de se tromper lui-même. Je vous recommande surtout, mon cher frère, ses Commentaires philosophiques sur les comètes et sou Contrains -les (V entrer; ce sont des chefs-d'œuvre de raisonnement, de liaison et de conséquence. Je suis à présent occupé à faire imprimer un Extrait du Dictionnaire* qui ne sera composé que de la partie philosophique de l'ouvrage, qui, sans contredit, est la meilleure. L'édition doit s'en faire in-octavo; elle en deviendra à meilleur marché, et pourra par conséquent répandre » Voycx t. VU, p. xiii, xiv, 107 et ia3— iag; t. XViii, p. »47-

3oi

tics lumières plus généralement qu'en demeurant dans les grands in-folio, que le prix empêche bien des personnes de pouvoir acheter. Je suis persuadé que la mauvaise conduite de la plupart des hommes vient moins d'un principe de méchanceté que d'une suite de mauvais raisonnements; et je crois par conséquent que si on pouvait leur apprendre à raisonner d'une façon plus juste et plus conséquente, leurs actions s'en ressentiraient d'une manière avantageuse. Mais, mon cher frère, c'est une entreprise qui surpasse mes forces, une idée théorique qui m'a occupé souvent, et dont l'exécution ne se réalisera probablement que lorsqu'on établira la belle république que Platon avait imaginée.»

Le temps commence à se remettre un peu au beau. Il a fait un froid, ces jours passés, à engourdir les plus intrépides raisonneurs. L'espérance que vous me donnez de vous voir me cause toujours un plaisir sensible; j'espère que vous en êtes bien persuadé, mon cher frère. Je m'en remets à votre commodité pour le temps et le jour, en vous assurant de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.

l'olsilam . 37 (avril 1764).

Mon cher i hère,

Je suis bien aise que vous approuviez l'idée que j'ai de faire faire une édition des endroits philosophiques de Baylc. Comme l'édition se fera in-octavo, tout le inonde pourra l'acheter, et par conséquent les choses qui y sont deviendront comme une monnaie courante qui se répand partout dans le public. Vous avez grande raison de dire, mon cher frère, qu'on ne fera pas de grands progrès dans la métaphysique; c'est une région où il faudrait voler, et nous manquons d'ailes. Notre raisonnement ne suffit certainement pas pour découvrir des vérités que la nature • Voyez t. XXIV, p. 1 ta, 1 13 et ii4>

a voulu nous cacher; mais il est suffisant pour nous faire apercevoir les erreurs et les absurdités qu'on a substituées, faute de connaissances, aux choses que nous ignorons. Il est toujours bon d'en savoir assez pour n'être pas grossièrement la dupe du premier imposteur qui prétend nous tromper, et voilà à quoi nous pouvons parvenir quand nous avons cultivé notre raison, et que nous formons avec soin notre jugement. 11 est certain que l'étude de la dialectique est la seule qui mène là, et que la lecture fréquente des ouvrages de Baylc donne à l'esprit une certaine volubilité sur cette matière, qu'il ne tiendra jamais uniquement des avantages de la nature. Bayle et Cicéron étaient sceptiques; c'est pourquoi ils proposaient tous les systèmes, sans en adopter aucun. C'était le parti le plus sûr qu'ils pouvaient prendre pour ne se point tromper. Ils agissaient comme les avocats, qui rapportent la cause sans en décider; et voilà à peu près où tout homme sage doit s'en teiûr, car de tous les systèmes, il n'en est aucun qui n'ait des obscurités, et qui n'implique contradiction dans de certains endroits. Toutefois il est agréable de connaître et de suivre toutes les routes que l'esprit humain s'est frayées pour parvenir à des vérités qu'il n'a pu découvrir. Il semble qu'on ait épuisé tout ce que l'imagination peut fournir d'idées, et, malgré les égarements, on trouve pourtant des choses bien ingénieuses, qui, quoique mal employées, font honneur à ceux qui les ont imaginées. Après vous avoir parlé de métaphysique et de systèmes, je vous annonce la mort de la Pompadour,* qu'on dit devoir être succédée dans le ministère par madame de Graromont, sœur de Choiseul, de sorte que, par cet arrangement, toute la clique se soutiendra en France. Pour moi, je m'en embarrasse peu, et vous prie d'être assuré de la tendresse avec laquelle je suis, etc.

» La marquise «le l'onipntlour mourut le ij n\ril t 7Ï>4-

i85. AU MÊME.

Ce 37 (juillet i;C5)

Mon cuek frère,

Je pars après-demain pour la Silésie, où je vais prendre les eaux de Landeek a pour me fortifier mes jambes, si je le puis, de sorte que je ne pourrai pas même voir les tableaux ; et d'ailleurs je n'en achète plus, parce qu'il faut mettre des bornes à tout. Je souhaite que les eaux vous fassent du bien , en vous assurant de l'estime avec laquelle je suis, etc.

i8(î. AU MÊME.

(Potsdani) a4 septembre 1765.

Mon cher frère,

Il dépendra de vous de venir ici quand vous le voudrez ; vous serez également bien reçu. J'ai rassemblé quelques régiments ici pour faire des manœuvres, plus pour former l'officier que le commun soldat. Ces images fugitives de la guerre en renouvellent le souvenir à ceux qui se sont voués aux armes, et donnent des idées à ceux qui , n'ayant jamais rien vu, n'eu peuvent avoir que de vagues et incertaines. Mon petit neveu Henri se porte entièrement mieux , et le général Scydlitz est aussi hors de danger. Je vous embrasse, mon cher frère, en vous assurant de l'estime et de la tendresse avec laquelle je suis , etc.

» Voyc* t. XIX, p. 3c)8; t. XXIV, p. 19 et suivante». 91 et suivante, :t9S cl 399.

3o4 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Ce aa (juin 17GG).

Mon cher frère,

L«a nouvelle toute nouvelle que je vous ai annoncée consiste en une entrevue à laquelle je suis invite par l'Empereur à Torgau. Si vous avez envie d'en être, vous n'avez qu'à venir ici le a5. Je ne crois pas qu'il en résultera grand' chose, sinon un verbiage usé tic politesse, auquel les princes sont accoutumés sans y ajouter foi. Lacy est de ce voyage, et un certain comte Dictrichstein que vous ave/, vu à Berlin à son retour de Danemark, où il avait été en qualité de ministre. Voilà, mon cher frère, ce que je puis vous mander de plus intéressant pour ce temps-ci, en vous priant d'être persuadé de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.

Le a4 juillet 17GG.

Mon thes-ciier khkke.

Votre souvenir m'est toujours agréable et précieux. Comme vous me parlez,, mon cher frère, de l'entrevue manquée avec l'Empereur, a je puis vous informer à présent exactement de ce qui y a donné lieu. La mère et Kauuitz, qui le connaissent, savent l'aversion naturelle que ce jeune prince a pour les Français: ils ont appréhendé qu'il ne s'échappât en propos vis-à-vis de moi, et que cela pût troubler leur union avec la cour de Versailles; et, afin d'éviter tout ce qui pourrait donner de la jalousie à leurs alliés, l'Impératrice a écrit à son fils de hâter son voyage, de ne s'arrêter nulle part, et d'accélérer son retour. Je sais que l'Empereur a dit au comte Collorcdo qu'il avait sacrifié cette entrevue à la volonté de sa mère, mais qu'il en conservait le projet pour l'exécuter une autre fois.

• Voyez t. VI, p. 17, et t. XXIV, p. 11G et suivantes.

Les petites véroles ravagent singulièrement cette année , surtout les personnes d'un certain âge. Voilà notre belle -sœur Ferdinand qui en est attaquée. On m'écrit de Berlin qu'il n'y a aucun danger; je le souhaite, mon cher frère, et que, parmi vos amusements, vous ne me mettiez pas entièrement en oubli, et que vous soyez persuadé de la tendresse avec laquelle je suis, etc.

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