XXVI. a
sais qu'ils rencontrent mille difficultés en France; mais pour apprendre à quel point ils réussiront dans l'Empire, il faut encore attendre quelques mois. Je suis tout à fait de votre sentiment, mon cher frère, que si la guerre se fait, il ne faut épargner ni argent ni subsides pour nous renforcer et nous mettre en état de soutenir la gageure; et c'est bien aussi de quoi je m'occupe. Mais comme aussi il ne convient point de prodiguer mal à propos les espèces, j'attends la décision de cette crise pour mettre la main à l'œuvre, et pour entamer les négociations à la fois dans tous les endroits que vous indiquez si sagement. En attendant, je prépare chez moi la levée de quatre bataillons de garnison, de dix bataillons francs et d'un régiment de hussards, et dès que mon traité sera signé avec la Russie, je commencerai immédiatement après ces levées. Voilà , mon cher frère , bien de la besogne à expédier; mais l'homme est né pour le travail, et trop heureux quand il peut travailler pour l'avantage de sa patrie; alors les peines ne coûtent rien, et on les multiplierait volontiers, dès qu'on voit l'apparence de réussir. Je vous demande pardon, mon cher frère, de ne vous entretenir continuellement que de ces affaires; représentez -vous, pour mon excuse, l'importance de ces choses et la nécessité où je suis de m'en occuper continuellement, et votre indulgence me passera si ma bouche abonde de ce dont le cceur est plein. Je suis, etc.
a36. AU MÊME.
î.t a octobre 1771.
Mon trks-chek friche.
Je suis bien aise, mon cher frère, d'avoir rencontré votre façon de penser. J'ai envisagé les affaires précisément du même coup d'œil que vous les voyez, et j'ai précisément fait ce que vous me conseillez. J'ai fait partir hier le courrier avec tout ce qui est relatif à la convention de la Russie. J'ai fait une tentative pour
essayer si nous pourrons mettre Danzig dans la portion qui nous écherra. Il est sûr que si nous ne l'obtenons pas dans les circonstances présentes, il n'y faudra jamais plus penser; c'est à présent le moment de terminer nos traités avec les Russes , parce que les impressions des armements autrichiens sont à présent, à Pétersbourg, dans leur plus grande force , et que probablement l'arrivée de cinquante mille Russes en Pologne rendra les Autrichiens plus circonspects, que par conséquent leurs ostentations diminueront, et en même temps les appréhensions qu'elles causaient aux Russes. J'ai ajouté au projet de convention que chaque parti se mettrait en possession de sa part immédiatement après la signature dudit traité, de sorte que, ayant ce nantissement en main, nous ne risquons rien dans la suite, la possession étant ce qui décide d'ordinaire du sort de pareilles acquisitions. Je crois que Czernichew pourrait bien venir lui-même ici pour concerter d'avance les projets de campagne, au cas que les Autrichiens veuillent remuer. J'en suis bien aise, d'autant plus que cela ne gâtera rien aux affaires, quoique je ne puisse jamais m'imagine!' que, après avoir appris l'arrivée de celte nouvelle armée russe en Pologne, la cour de Vienne voulût s'exposer aux plus grands hasards en rompant avec la Russie. L'honneur des événements que nous prévoyons vous sera dû , mon cher frère , également ; car c'est vous qui avez placé le premier la pierre angulaire de cet édifice; et sans vous, je n'aurais pas cru pouvoir former de tels projets, ne sachant pas bien, avant votre voyage de Pétersbourg, dans quelles dispositions cette cour se trouvait en ma faveur. Enfin, jusqu'ici les conjonctures nous ont favorisés, et si cela continue jusqu'à la conclusion de la paix, nous réussirons entièrement au gré de nos désirs.
35(i IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
a37. AU MÊME.
Le 9 avril 1772.
A présent, mon cher frère, le gros de notre ouvrage est fait; il n'est plus question que de voir les propositions des Autrichiens pour leur part, car ils ont si fort tergiversé dans leurs projets, qu'il est impossible de deviner à quoi ils ont résolu de s'arrêter. Je crois cependant que pour ne pas entièrement révolter leurs alliés, ils se contenteront de prendre leur portion de la Pologne, et cela, mon cher frère, réunira les trois religions grecque, catholique et calviniste; car nous communierons du même corps eucharistique, qui est la Pologne, et si ce n'est pas pour le bien de nos âmes, cela sera sûrement un grand objet pour le bien de nos Etats. Un objet non moins important dans notre position actuelle, c'est les grains que je trouve encore à acheter en Pologne, et dont le plat pays aura besoin en bien des contrées pour gagner le mois de décembre. Les maladies contagieuses font un ravage cruel en Bohême; celles qui régnent en Saxe sont moins considérables. Jusqu'ici , heureusement , nous n'en avons pas de dangereuses. Le temps favorable nous promet une bonne récolte, mais il y a encore quelques hasards à courir; toutefois pouvonsnous bien espérer. Je crains que mes sœurs a ne se complairont pas fort à Wusterhausen ; *> elles se rappelleront un vieux rêve, et, à l'exception de leurs personnes, elles ne trouveront aucun de ceux qu'elles y ont vus dans leur jeunesse. Cette vue leur réveillera le triste souvenir des pertes que notre famille a faites. Pour moi , j'évite avec soin tous les endroits où j'ai vu des personnes que j'ai aimées; leur souvenir me rend mélancolique, et
• La duchesse de Brunswic , la reine douairière de Suède et la princesse Amélie.
I» Frédéric- Guillaume Ier avait coutume de séjourner chaque année avec sa famille à Wusterhausen (Kônigs -Wusterhausen) , de la fin du mois d'août au commencement de novembre, pour s'y livrer au plaisir de la chasse. Voyex ( David Fassraann ) Leben und Thaten des Kônigs von Preussen Friderici Wilhelmi, 1. 1 , p. 886 et suivantes; Mémoires de la margrave de liaueulh, t. I , p. 99, ia3 et 327 — 339; enfin, t. I, p. 157, et t. XXV, p. 498 de notre édition.
quoique je sois tout préparé à les suivre dans peu, je souffre cependant de ne plus jouir de leur présence. Quand je pense aux personnes avec lesquelles j'ai vécu avant la dernière guerre , je suis tout étonné de ne retrouver plus personne.* Les générations passent avec une rapidité étonnante. Les animaux et les végétaux , tout se renouvelle sans cesse, et ensuite tout disparaît. Je souhaite, mon cher frère, pour le bien de cet État, que vous ne disparaissiez pas de sitôt, et que vous soyez bien persuadé de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.
Le i a juin 177a.
Mon cher frère,
Je suis bien aise d'apprendre par votre lettre, mon cher frère, que vous jouissiez à Rheinsberg d'une parfaite santé. Comme vous vous préparez à y recevoir notre sœur la Reine, b je prends la liberté de vous envoyer une petite provision de verdée de Florence , dont je vous prie de la régaler pendant son séjour qu'elle fera chez vous. J'ai en même temps pensé à vos finances, et Buchholtz,c mon cher frère, a ordre de vous payer quarante mille écus ; <* vous aurez la bonté de lui indiquer où et comment vous voulez recevoir cette somme. J'ai vu cette Prusse que je tiens en quelque façon de vos mains ; c'est une très-bonne acquisition et très - avantageuse , tant pour la situation politique de TÉtat que pour les finances; mais pour avoir moins de jaloux, je dis à qui veut l'entendre que je n'ai vu sur tout mon passage
» Voyet t. XVIII, p. i4a, i54 et 181; t. XIX, p. 3n et 378; et t. XX, p. a8o, 39a et ag3.
La reine de Suède. Voyei t. IX, p. xvi , article XIII, et p. 179 et 180; t. XIII, p. 74 et 79.
« Voyex t. XX , p. i*5.
4 Le Roi parle ci -dessus, p. a63, de la donation qu'il avait faite à son frère après la victoire de Freyberg.
que du sable, des sapins, de la bruyère et des juifs. 11 est vrai que ce morceau me prépare bien de l'ouvrage, car je crois le Canada tout aussi policé que cette Pomérellie. Point d'ordre, point d'arrangement ; les villes y sont dans un état déplorable. Par exemple, Culm doit contenir huit cents maisons; il n'y en a pas cent sur pied, et ceux qui les habitent sont ou juifs, ou moines, et encore y en a- 1- il de plus chétives. Quant à l'armée, j'ai trouvé toute la cavalerie de ce pays-là, à peu de chose près, égale à la nôtre; quant ù l'infanterie, les régiments de garnison de cette province valent sûrement les régiments de campagne; ces derniers sont plus grands que ceux de Berlin. Mais il faudra de nécessité faire quelques changements dans les officiers de l'étatmajor, ainsi qu'auprès de quelques subalternes. Le grand défaut dans l'exercice est qu'ils chargent mal, qu'ils ne marchent pas tous également bien en avançant, et qu'ils ne couchent pas bien en joue. Tout cela pourra se redresser pendant le cours de celte année, et, s'il plaît à Dieu, l'année qui vient, toute l'armée sera à l'unisson et dans le même ordre. Ceux de Poméranie se sont surpassés cette année; ceux de Magdebourg sont très -bien, de sorte que si un jour la guerre devait se faire, je crois que Ton pourra compter sur l'infanterie, au moins pour quelques campagnes, s'il n'y a pas trop de batailles.
En voilà déjà beaucoup. La prise de possession traînera, je crois, jusqu'au mois de juillet; mais ce sont de petits inconvénients qui nous feront perdre quelques revenus, à quoi il ne faut faire aucune attention dans des choses si importantes. Je suis, etc.
Le 1 8 juin 177a.
Mon cher friche ,
J c saisis avec empressement toutes les occasions qui se présentent de vous obliger et de vous donner, mon cher frère, des marques
de ma tendre amitié. Vous me retrouverez tel envers vous dans toutes les occasions de ma vie, prêt à vous rendre tous les services qui dépendront de moi. J'ai vu avec bien du plaisir, mon cher frère, le ton cordial avec lequel l'impératrice de Russie vous écrit. Je vous prie de cultiver cette correspondance avec tout le soin possible, parce qu'il n'en peut résulter que du bien. Je joins ici la lettre de cette princesse, par laquelle je vois quelle n'est plus si contente des Autrichiens qu'elle paraissait l'être d'abord; aussi le prince Kaunitz met- il dans cette négociation tout l'esprit de chicane dont elle est susceptible. Cela me fait enrager, parce que cela arrête notre prise de possession, et que cela expose à toute sorte de désagréments, tant par les questions des Polonais que d'autres puissances étrangères, auxquelles, dans cet état d'incertitude, on ne sait que répondre. J'ai vu une grande partie du morceau qui nous échoit en partage; notre portion est la plus avantageuse à l'égard du commerce. Nous devenons les maîtres de toutes les productions de la Pologne et de toutes ses importations, ce qui est considérable; et le plus grand avantage de tous est celui que, devenant les maîtres du commerce du blé, nous ne serons, dans ce pays, cri aucun temps exposés à la famine. La population de cette acquisition monte à six cent vingt mille âmes, et dans peu on pourra la porter à sept cent mille; d'autant plus cjue tout ce qui est dissident en Pologne y cherchera son refuge.
Voilà, mon cher frère, sur quoi nous allons travailler, car le premier soin dans un Etat est d'en augmenter la population à proportion de ce que le sol est capable de nourrir d'habitants. Je suis, etc.
Le 5 septembre 177a.
Mon cher krkuk.
Pour ne point abuser de votre confiance , je vous renvoie , mon cher frère , la lettre de la reine de Suède. Elle vient de me notifier
36o IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC
l'heureux succès de la révolution ; je ne l'ai félicitée que sur le grand danger dont ses fils venaient d'échapper, et je lui ai dépeint tous les malheurs que je prévois, si le Roi ne se relâche pas de son autorité. Je ne vois d'autre moyen pour sauver la Suède que de mettre l'affaire en négociation, et que le Roi, en cédant de son côté, consentît d'adopter le plan du comte Horn. J'ai écrit en ce sens en Russie; mais si cela manque, nous voilà engagés malgré nous dans une guerre contre nos propres neveux , dont je vous avoue que la seule idée me répugne. Je vous notifie aussi , mon cher frère , que nos grandes affaires sont terminées , et que ce sera le i3 que nous prendrons possession de la Prusse. J'aurais bien d'autres choses à vous dire encore; mais j'ai une si terrible paperasse de papiers à expédier, que je le remets à une autre fois. Je suis, etc.
a4i. DU PRINCE HENRI.
Kheiriftberg, 1 4 octobre 177a.
Mon thks - ciitMt khkkk.
Je viens d'apprendre par le président Domhardt que vous m'avez assigné mille écus par mois,* mon très -cher frère, sur la nouvelle acquisition que vous venez de faire. En vous faisant mes très -humbles remercîments, je vous supplie de croire que mon unique satisfaction consiste dans le bonheur de vous voir jouir d'un accroissement avantageux à vos intérêts, qui arrondit vos Etats, et dans la flatteuse idée d'avoir pu vous être utile.
C'est avec le plus vif intérêt que je partage les inquiétudes que vous avez montrées, mon très-cher frère, sur les dispositions de l'impératrice de Russie à l'égard de la Suède. 11 me paraît que les objets réels qui devraient occuper cette princesse , c'est la guerre contre les Turcs. C'est un mal présent; celui qu'elle voit en Suède n'est que très-éloigné. Si la Russie se précipite trop
» Voycx ci-<]es«us, p. 357.
en faisant la paix, elle perdra des avantages qui sont réels, sans compter que si la guerre continuait, il est à présumer que les Autrichiens y prendront part, et que le succès pour les Russes pourrait être très -considérable. Si l'on peut faire envisager cet objet à l'Impératrice , je ne doute pas qu'elle n'embrasse le parti de s'attacher aux grands objets, et qu'elle ne traite alors les affaires de Suède que comme secondaires, et qui ne méritent pas qu'elle en soit si fortement émue. Il n'y a que vous, mon trèscher frère, qui puissiez, entrevoir ces vérités. L'Impératrice est très -vive, mais elle embrasse la vérité lorsqu'on la lui fait envisager. Il y a une considération encore à faire : c'est que si la paix avec les Turcs est conclue, et que la Russie tourne ses armes contre la Suède, les combinaisons changeraient nécessairement. La cour de Vienne pourrait de nouveau se jeter du côté de la France; cette puissance est obligée de soutenir la Suède, et si x>n fait envisager à l'Impératrice toutes les suites que cette entreprise pourrait entraîner, il est à espérer qu'elle sera bien aise alors de mettre cette affaire en négociation , et pourvu qu'on gagne du temps , on peut alors tout espérer. Je conviens qu'il sera difficile de trouver un milieu entre les intérêts de l'Impératrice et ceux du roi de Suède. Ce dernier est dans le premier moment de sa fortune; tous ceux qui l'entourent lui font envisager les temps de Gustave - Adolphe. A force d'entendre ces comparaisons , on commence à croire qu'on peut faire les mêmes entreprises; l'esprit s'échauffe, et l'imagination s'enflamme. Je tiens pour un bonheur que vous disiez, mon très -cher frère, la simple vérité à ma sœur. J'ai pris la même liberté, et j'en ai fait autant par la lettre que j'ai écrite au roi de Suède , en réponse de celle qu'il m'avait faite. Il faut, je crois, laisser mûrir ces affaires; à force de jeter l'alarme dans le cœur du roi de Suède, et à mesure qu'on pourra calmer l'esprit de l'Impératrice, il se présentera un moyen de réunion qui, dans le moment, est encore trop difficile à saisir.
Voilà le comte Orloff disgracié dans les formes. Cet événement est un clou qui affermit la couronne sur la tète de l'Impé- •atrice. Elle sera plus unie avec le grand-duc et le comte Panin , »t alors personne ne peut attenter à la détrôner. D'ailleurs, le
comte Orloff était un brouillon dans les affaires , et je suis charmé , par l'intérêt que je prends, mon cher frère, à l'alliance que vous avez avec la Russie , que cet homme est éloigné.
L'occupation est l'âme de la vie; je l'ai toujours envisagée ainsi, et je ne sais si je me trompe, mais je crois, mon cher frère, que vous devez avoir du plaisir d'arranger des finances , de distribuer des bienfaits, de rendre des hommes heureux par les places que vous avez à donner, de tenir l'équilibre dans la politique, de créer des corps de milice, et d'entretenir ce mouvement perpétuel dans l'État.
Vous avez eu la grâce de m'envoyer des raisins ; je les ai reçus avec ce plaisir que votre souvenir me cause, et avec les sentiments d'attachement avec lesquels je suis, etc.
Le 16 octobre 177a-
Mon chkk frkre,
J 'ai tâché de vous donner des marques de ma reconnaissance le plus tôt que je l'ai pu, et dans un temps où il faut débrouiller le chaos des affaires de la Prusse, où tout est encore dans la plus grande confusion; mais dès que je verrai un peu plus clair dans ces revenus , je ne m'en tiendrai pas là , et je n'oublierai jamais la reconnaissance que l'État, la maison et moi, nous vous devons.
Je suis bien aise de voir, mon cher frère, que nous pensons de même sur le sujet des affaires de Suède ....
Le a3 octobre 177a.
.... Pour moi , mon cher frère , pour que vous ne me croyiez pas désœuvré, je vous informe que je suis déjà parvenu à mettre en règle l'important péage du port de Danzig, celui de Fordon, et tous ceux qui me sont tombés en partage; que j'ai déjà arrangé l'affaire des sels, plus compliquée, mais aussi importante que l'autre; j'en suis à présent au tabac, mais cela n'est pas fini. Le cadastre de la Varmie est fait ; on travaille présentement à celui du Marienbourg; on rend la Nctzc navigable, on creuse le canal qui la joint, à Fordon, dans la Vistulc. Nous allons compléter dans peu les quatre bataillons de garnison et l'augmentation de l'artillerie. Enfin je pousse autant qu'il dépend de moi pour que cette acquisition, que l'Etat vous doit, soit aussi promptement mise en règle que possible; mais cela ne peut être dégrossi avant l'année 74, parce que l'ouvrage est immense. Je prends la liberté de vous offrir quelques fruits, en vous assurant de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.
Le i4 mai (1773).
Mon tkks-chkh khkkk.
Heureusement le général de Seydlitz n'est pas aussi mal qu'on le débite, et même l'abcès qui lui est crevé dans la tête, et qui était cause de l'apoplexie qu'il eut l'année passée, le met à l'abri du même accident à l'avenir. Vous avez bien raison , mon cher frère, de dire qu'il ne faudrait pas troquer Seydlitz contre Lacy: le nôtre est très -honnête homme; la réputation de l'Autrichien n'est pas tout à fait pure sur cet article. Lacy est peut-être meilleur quartier -maître que Seydlitz; mais en revanche le général
de Seydlitz est déterminé, et sait très -bien saisir les moments pour profiter de l'occasion qui se présente; et quant à la cavalerie, il en sait plus que Lacy n'en apprendra de sa vie.
Le 16 juillet (177:*)-
. . . . J'ai reçu un ouvrage manuscrit sur les mines, qui m'occupe beaucoup. J'en ferai des épreuves, et comme je crois y avoir trouvé de bonnes choses, et même du nouveau, je compte d'en faire un bon usage pour la défense des forteresses. Il est de Bélidor, et contient tout le résumé de ses réflexions sur l'expérience qu'il s'est acquise. Je vous embrasse, mon cher frère, etc.
Le 29 août 1773.
.... J'ai été plus satisfait cette année de mon voyage en Silésie que l'année passée. L'état du pays commence à prospérer : cela saute aux yeux. Les troupes sont non seulement embellies, mais dans l'ordre comme celles qui font la revue à Berlin. Mes forteresses sont presque achevées, mon artillerie finie à peu de chose près, la population augmentée; six mille Saxons se sont établis chez nous. Cette année, j'ai fait bâtir trente villages, et l'année prochaine encore tout autant. Nous avons, Dieu merci, un million quatre cent mille habitants dans la province;» cela se voit, et saute aux yeux.
• VoyciUXXlll, p.260.
a47. AU MÊME.
Le la novembre 1773.
. . . . Nous venons de perdre un excellent officier; le général Seydlitz vient de mourir. a II y a certainement bien de sa faute ; il n'a fait du tort qu'à lui-même, ne voulant en rien suivre l'avis des médecins. Il n'a fait du tort qu'à lui-même; cela n'empêche pas que ce ne soit une véritable perte pour l'armée; il aurait encore pu vivre longtemps.
Rheinsberg, 1 4 novembre 1773.
Mon thks -cher frère,
Je partage bien les regrets que vous donnez, mon très-cher frère, au général Seydlitz. Je l'ai estimé et aimé: j'étais convaincu de la droiture de son caractère , du zèle qu'il avait pour le service , et j'estimais les grands services qu'il avait rendus. C'était un homme rare dans son métier. Je souhaite que vous ayez, mon très -cher frère, des généraux qui lui ressemblent. C'est l'intérêt que je prends à vous, mon très-cher frère, qui me le fait désirer. Le deuil que vous faites porter pour lui à la cavalerie est un honneur rendu à sa mémoire; mais cette marque de distinction, si attendrissante pour ceux qui estiment le mérite, est un honneur
• Frédéric • Guillaume de Seydlitz, ne à Calcar le 3 lévrier 17a», et baptisé le 5 dans l'église lutbérienne de Rees, mourut à Ohlau le 7 novembre 1773. Voyei I. IV, p. i4a et i43, i46 — i48, i5a, i53 et ao4; t. V, p. 80 et an ; t. IX, p. a3a; t. XIX, p. tao et 196; et ci -dessus, p. 161, 164, 168, 186, 199, aa4, a44. >58 et 3o3. Le Mdilair -Wochcublatt , i833, n°' 894, 896 et 897, renferme vingt-trois lettres écrites en allemand par Frédéric au général de Scvdliti, du 8 avril 1759 au a6 juillet 1773. Elles roulent sur les affaires de la guerre et sur la dernière maladie du général ; les originaux en sont conservés aux archives de la ville de Landeshut.
qui rejaillit le plus sur vous, mon très-cher frère, et, pour peu qu'on ait du sentiment, on ne peut qu'être touché de ce que vous avez fait en cette occasion.
Le 11 septembre 1 774.
MON TRKS-CHER FRÈRE
J'ai reçu avec bien du plaisir la lettre que vous venez de m'écrire, et je suis sensible comme je le dois, mon cher frère, à la part que vous daignez prendre à mon individu. J'ai bien prévu que la proposition que l'impératrice de Russie pourra vous faire du voyage de Russie ne vous serait pas précisément agréable. Tous les voyages dans ce pays-là ne peuvent pas être aussi intéressants que le premier, mon cher frère, que vous y avez fait, et certainement, supposé même qu'il y eût à présent un objet (ce qui n'est point), je ne voudrais cependant pas vous persuader à faire ce voyage à contre -cœur. Mais Tunique raison que j'y vois est d'entretenir cette princesse dans les bonnes dispositions où elle se trouve, et d'y maintenir, mon cher frère , votre crédit, qui pourra devenir d'une grande utilité à notre neveu après ma mort, parce que, liée à vous, outre le mariage du grand-duc, vous serez toujours en état, mon cher frère, par vos lettres, de maintenir la bonne intelligence entre la Russie et la Prusse, et parla de rendre à notre patrie le plus grand service qu'un prince de la maison puisse jamais lui rendre. Vous savez bien que vous m'avez créé le caissier de votre borsiglio, et je me suis préparé, comme de raison , à me charger des dépenses que ce voyage entraîne , et des présents que l'usage vous oblige de faire en pareille occasion; cl je crois qu'avec quarante ou cinquante mille écus vous pourrez y fournir. Les lettres que j'ai reçues en dernier lieu de ce pays disent que l'Impératrice veut célébrer les fêtes pour la paix à Moscou.
a5o. AU MÊME.
Le 8 février 1775.
Mon trks-chek fhkhe,
C'est en vous remerciant, mon cher frère, de la lettre que vous venez de me communiquer que je vous la renvoie. Je suis bien aise d'y voir que l'Impératrice conserve invariablement les sentiments qu'elle vous a déjà témoignés. 11 paraît qu'elle fait ce voyage de Moscou à contre* cœur, et qu'elle n'attend que le moment de retourner à Pétersbourg pour vous y recevoir. Quelques bruits se répandent d'une mésintelligence entre le grand -duc et la grande -duchesse; ce serait fâcheux s'ils venaient à se brouiller.» Vous êtes curieux de savoir, mon cher frère, ce que m'a dit l'apôtre bien -aimé du prince Kaunitz.b Rien, ou presque rien; des compliments, quelques mots sur les affaires de l'Empire, où nous avons des discussions touchant la visite des juges à Wetxlar; et enfin a-t-il ajouté qu'il paraissait qu'on ne finirait pas à régler les limites avec les commissaires polonais. J'ai répondu que cela me paraissait aussi ainsi. Voilà, mon cher frère, où nous nous sommes séparés. 11 a peut - être cru que je serais le premier à parler de leurs extensions en Valachie et en Moldavie; mais je m'en suis bien gardé. Cela regarde le Grand Turc : il doit savoir s'il veut se laisser dépouiller de son pays, ou non; cela regarde les Russes : ils n'ont qu'à se consulter pour juger s'il leur convient d'avoir les Autrichiens pour voisins. On m'écrit que ces mêmes Autrichiens ont voulu se saisir de Chotzim, mais que les Russes n'en étant sortis que lorsque les Turcs vinrent pour l'occuper, ils ont manqué leur coup.
Vous avez trop de bonté, mon cher frère, de vous intéresser à ma vieille existence. Il faut que tout ce qui a commencé finisse. J'ai déjà duré longtemps pour une créature de mon espèce, et c'est dans l'ordre commun des choses que l'âge mine, affaiblisse et détruise les productions de la nature. Vous verrez qu'à mon âge on n'est plus heureux, car voilà ce confiturier que j'attendais
• Voyez t. VI. p. 57, 119 et 120, et t. XXIV, p. 6i4 et 6i5. •» Le baron van Swieten, envoyé de la cour de Yicoue à Berlin.
si impatiemment, pour le produire au prince Lichnowsky, qui vient d'arriver à présent que je n'en ai aucun besoin. U m'a apporté des grappes d'Italie que vous voudrez bien que je partage avec vous, et que je vous assure, mon cher frère, de toute l'amitié, la tendresse et la considération avec laquelle je suis, etc.
a5i. AU MÊME.
Le i4 niai 1775.
. . . . Le pauvre Quintus vient d'être emporté en vingt -quatre heures. a Le jeudi matin il avait été encore à l'exercice , et le samedi à une heure il était mort. Cela dérange mes petites études domestiques; mais que faire? 11 faut se préparer à tout dans le monde, et plus on vit, plus il faut faire de perles.
Spanriow, 16 mai 1 7 7 5 .
Mon trks-cuek frkre,
Je me trouve infiniment heureux d'avoir le bonheur de vous revoir, mon très -cher frère, vendredi prochain, et de la bonté que vous avez de prendre le dîner chez moi.
Je sens parfaitement combien la perte que vous venez de faire, mon très -cher frère, vous est désagréable. La mort de Quintus. vous enlève un serviteur fidèle et assidu, et je suis affligé en pensant que vous n'avez quasi, à cette heure, personne autour de vous.
« Voyc* t. V, p. ia, et t. XXV, p. 339.
a5.1 AU PRINCE HENRI.
Le ao juillet 1775.
Mon très -cher frkrk.
C'est en vous rendant grâce de la lettre de l'impératrice que vous ave/. la bonté de me communiquer, et que je vous remets, mon très-cher frère, que je dois vous dire, puisque vous voulez bien demander mon sentiment, que je crois, vu les termes où vous en êtes avec l'Impératrice, qu'avec bonne grâce vous ne pourrez guère vous dispenser de faire le voyage de Pétersbourg. Elle vous traite en ami, elle vous demande cette complaisance pour avoir le plaisir de vous revoir. Si vous la refusiez, ce serait rompre avec elle, et vous savez, mon cher frère, que les Indiens disent qu'il faut adorer le diable pour l'empêcher de nuire. Poulies héros de la dernière bataille de Sans -Souci, ils sont devenus doux comme des moulons: la correction qu'ils ont reçue les a rendus encyclopédistes, et à présent ils sont les premiers à déclamer contre la guerre. Mes nièces sont arrivées ici; celle de Cassel est bien aimable ; celle de Wurtemberg est un peu courte d'espèces, mais pour de l'esprit, elle n'en manque pas. Je leur ai fait entendra Le Kain. * Je vous eu dirai, mon cher frère, mon sentiment. Je trouve en lui la façon de déclamer de Voltaire; il a le geste très -noble, une attention prodigieuse pour la pantomime, mais dans quelques endroits je le trouve plus outré qu'Aufresne. Je lui ai beaucoup parlé, et il m'a fait valoir la dignité et la sublimité de l'art de la déclamation avec tous les termes qui en peuvent relev er la réputation. Hier il a joué le rôle d'Orosmane, et j'ai été obligé de répandre des larmes au troisième, quatrième et cinquième acte. On aime à retrouver son cœur et à se sentir encore des entrailles: cela est plus amusant que celle maudite politique, où l'on n'a à traiter qu'avec des fripons. L'affaire de Bavière se négocie actuellement en France, et je suis toute la marche de ce ministère d'iniquité. La lâcheté de la France laissera aller les choses comme il plaira à l'aveugle destinée. Mais en voici bien d'une autre. On veut troquer la Toscane contre le
• Voyez t. XXIII, p. 335. 336 et 348; t. XXV, p. aa.