‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 40 sur 81 · XXVI. a · texte numérisé non relu

XXVI. a

37o IV. CORRESPONDANCE DE FREDERIC

Wurtemberg. L'Empereur en fera tant, qu'il forcera lout prince qui aime l'indépendance et la liberté germanique de se liguer contre lui. On peut prévoir qu'il se prépare une cruelle guerre, et peut-être aussi acbarnée que celle dont nous sortons. Si cela arrive que l'électeur de Bavière meure avant moi, si le bouteselle sonne, il faudra bien encore monter à cheval. Voici des bulletins à foison, beaucoup d'espérances chimériques, et peu de réalités. Gollz assure que Choiscul ne reviendra point sur l'eau; mais Goltz peut se tromper, car, après tout, comment compter sur la volonté d'un jeune benêt qui se laisse subjuguer par ceux qui savent l'entreprendre?" La cabale de Choiscul est très -forte à Paris comme à Versailles, et si Maurcpas meurt, il faudra bien quelque autre tuteur pour diriger le pupille. Mais, mon cher frère, à mon «1gc il ne faut prévoir tout au plus que pour le lendemain. Je me garderai bien de m'alambiquer l'esprit de ce qui peut arriver quand je ne serai plus: ainsi le futur ne m'inquiète guère. Je vous embrasse du fond de mon cœur, en vous assurant, mon cher frère, de la haute estime et de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.

Le 5 août 1775.

. . . . Les affaires qui se trament au sujet de la Bavière seront pour mes successeurs sans doute, de même que mon père disait souvent que ce serait à moi à discuter ses droits sur Julicrs et Berg.k C'est dans la vigueur de l'âge qu'il faut de grands événements; mais quand le corps et l'esprit s'affaiblissent, les vues et les projets des hommes sensés doivent se borner au tombeau. Vous trouverez cette morale peut-être trop grave, mon cher

» Voyw t. VI, p. mH et suivantes; t. XXIII, ». A^S, 344, 377 et 38i; t. XX V, ji. 31.

*• Voyez ts I, p. iGi cl suivantes, et t. 11. p. 5o.

AVEC LE PRINCE HENRI. 37i

frère ; heureusement vous êtes en Age de n'en pas avoir besoin. Pour un vieillard de mon âge elle devient nécessaire; tout le sépare du monde; on perd ses amis, ses connaissances, on reste tout comme isolé, on s'aperçoit d'un affaiblissement insensible qui va en augmentant, et la nature nous avertit de nous préparer à ce voyage dont personne ne retourne. Ce n'est pas une si grande affaire . et il vaut mieux finir avant une entière décrépitude, pour ne pas être à charge aux autres et à soi-même.

a55. A U MÊME.

I,c .î septembre 177J.

. . . . J'ai trouvé en Silésie les affaires assez bien; mais les grêles et les brûlures me coulent cent mille écus de bonifications. 11 faut que je sois terriblement maladroit; je suis comme Arlequin, je me tire d'affaire en payant.» J'ai vu les régiments; la cavalerie de Breslau est supérieurement bien; mais l'infanterie est si fort en arrière, que j'ai été obligé de m'en mêler sérieusement. Ils n'ont point travaillé; les soldats étaient paysans, et les officiers bourgeois; mais j'y mettrai ordre. Les forteresses sont en partie achevées, et en partie s'achèveront l'année prochaine, ce qui me fera respirer. Cette année, cinquante -quatre villages nouveaux ont été achevés; il en reste encore soixante -trois à faire, ce qui sera terminé en deux ans, si je vis. La I^andscha/th a payé six cent mille écus de capitaux, de sorte que les dettes de la noblesse pourront s'acquitter dans une quinzaine d'années. Le commerce de la province augmente si fort, qu'ils ont vendu pour un million de toiles et cent trente -trois mille écus de laines de plus que toutes les années précédentes. La population monte à présent à un million quatre cent mille âmes, de sorte que nous avons deux cent mille personnes de plus que l'année ij4o, que je suis entré

• Voyex ci-dessus, p. -jfjQ.

»» Voyn t. VI, p. 81 et 8a; t. IX . p. 1 8y ; et t. XX, p. ia6.

37a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

en Silésie. Voilà , mon cher frère . le procès de mes opérations. Vous verre/, au moins par là que je ne suis pas demeuré les bras croisés, et que j'ai fait ce qui dépendait de moi pour rendre les provinces florissantes, autant que le comporte la nature de leur sol et de leur voisinage.

•25(î. Al,' MÊME.

Le m «rpleinhro 1 7 70.

Mon tkks-chkk hikkk.

Je ne mérite pas l'intérêt obligeant que vous daignez prendre à ma santé. La chaleur, mon cher frère, m'a bien secondé, et dans le fort de l'été je suis beaucoup moins sujet aux incommodités que les automnes et les hivers: mais cela ne mérite pas la peine de vous en entretenir. Vous me parle/., mon cher frère, des projets de la maison d'Autriche sur la Bavière. Je crois que j'ai oublié de vous dire que van Swieten m'en a fait quelques ouvertures, et même les Autrichiens m'ont fait comprendre que, l'héritage de Baireuth et d'Ansbach venant à vaquer, ils pourraient s'entendre avec moi sur un troc, qui pourrait tomber sur la Lusace.» Pour moi, qui ne vois ces événements que dans une perspective très -éloignée, je n'ai point voulu prendre des engagements d'avance sur ce sujet, puisque je ne puis pas prévoir ce qui pourra changer en Europe entre ci et cet événement: et d'ailleurs il faudrait être instruit au juste de ce que l'Autriche cédera au prince de Deux -Ponts. J'ai sonde van Swieten sur ce sujet: il m'a allégué l'ignorance dans laquelle sa cour le laissait de ses desseins. Ainsi, mon cher frère, je laisse à la postérité les mains libres pour agir selon les conjonctures politiques lorsque le cas de la mort de l'électeur de Bavière existera.

» Voyez t. VI. p. 187 et 188.

Le 17 septembre 177J.

.... Vous dites, inoii cher frère, que les Autrichiens s'empareront de la Bavière. J'en conviens, personne ne peut les en empêcher; ce pays est trop dans leur voisinage, et en moins de quinze jours ils l'auront totalement subjugué. Vous voyez d'ailleurs, mon cher frère, que si nous, les Russes et les Anglais veulent entamer la maison d'Autriche, il faut l'attaquer ailleurs qu'en Bavière; il n'y aurait que la France qui pourrait se promettre des succès en agissant de ce coté -là. Pour former une ligue contre l'Empereur, il faut que la Russie soit aigrie contre lui, que les princes d'Allemagne craignent son despotisme, et que la France ou l'Angleterre croient qu'il est de leur intérêt de s'opposer au débordement d'ambition d'un jeune monarque prêt à tout engloutir. Si ces puissances n'en sentent pas les suites, l'art et la politique les lieront peut-être pour un moment; niais bientôt ces intérêts faiblement sentis refroidiront et sépareront les alliés; peut-être même la cour de Vienne pourra - 1 - elle engager quelques-uns d'eux à devenir ses partisans. Voici, selon moi, la tournure qu'il faudrait donner à cette affaire pour en espérer une réussite heureuse. 11 faudrait que l'Electeur palatin et les Deux -Ponts se plaignissent des desseins pernicieux de la cour de Vienne, et qu'ils engageassent toutes les puissances à s'unir à eux pour leur juste défense; alors nous pourrions nous mettre de la partie comme auxiliaires, et alors les autres puissances se joindraient, soit l'une, soit l'autre, et une pareille alliance imposerait assez à la cour de Vienne pour la faire désister de ses projets. On me mande que rélectrice de Saxe veut absolument venir ici, ce qui me donnera lieu, mon cher frère, de m'étendre encore davantage sur ce sujet.

a58. AU MÊME.

( Fin de novembre 1773.)

Mon thks-chkr frère,

IVlc voiri sorti tic mon quatorzième accès,0 et j'espère à présent d'avoir défilé le chapelet des maux qui m'étaient échus en partage. Je prendrai toutes les précautions pour prévenir de nouvelles rechutes. Les Muzcllius° et les médecins de sa sorte sont trop grands seigneurs pour moi ; ces esculapes ont une multitude de malades à Berlin, auxquels ils se doivent, et qui périraient, s'ils ne voyaient tous les jours l'oracle de la vie et de la mort dans leur chambre. Pour moi, mon cher frère, je me traite par un grand régime, et dans quelques jours je prendrai du quinquina pour redonner quelques forces à mes nerfs épuisés et à demi perclus. Je ferai ce que je pourrai pour me remettre un peu vers le 10 du mois prochain, pour cire eu état de vous recevoir, mon cher frère, hors du lit. Mais ce n'est que trop parler de ma chélive carcasse. Heureusement je n'ai guère de nouvelles à vous marquer. Voici le bulletin de France, qui annonce beaucoup, cl qui ne remplit jamais l'attente de ceux qui demandent les effets de ses prédictions. Tout se tranquillise à Moscou depuis le départ de Braniki. c H semble que lu Russie, mécontente de la Suède, commence à soulever l'esprit de cette nation contre le Hoi. Si Sa Majesté noire auguste neveu n'y prend garde, et s'il ne s'observe pas davantage dans sa conduite, je prévois qu'il s'attirera quelque mauvaise affaire. Pour l'affaire de la Bavière, elle me paraît, mon cher frère, encore bien éloignée; l'Electeur se porte mieux que moi. Mais sur toute chose il faut savoir comment la France envisage cet objet, pour être informé avec certitude de la foire des alliances de part et d'autre, et des obstacles qui pourront se rencontrer dans cette affaire; car si cela en vient à l'exécution du projet des Autrichiens, il faut s'attendre a une guerre générale,

• Voyci l- XXIII, |». ilivS.

1» Le docteur Frédéric - llcritiiiiiii - Louis MuïcII . conseiller iulimc, mourut à Ucrlin le 7 décembre 1784.

« Voyex t. M, p. Gti et 07.

AVEC LE PRINCE HENRI. 3y5

dans laquelle il ne faut s'engager qua bonnes enseignes. C'est en vous embrassant de tout mon cœur que je vous prie de me croire, etc.

l'ntsdani. 6 février 177O.

Mon trîis-ciier krîhk,

L'accès de goutte, mon cher frère, dont j'ai souffert m'est à présent passé; reste à éviter de nouvelles réduites. Votre amitié seule me guérirait, mon cher frère, au défaut de toute médecine. Il est sûr que les Autrichiens ont le dessein que je vous ai communiqué, que l'expédient que vous me suggérez, mon cher frère , est admirable; « mais vous pourrez gagner la confiance du neveu, à quoi je me ferai un devoir de contribuer de ma part. Je pourrai vous instruire de toutes nos affaires et de leur connexion, dont personne même des ministres n'est instruit; et cela rendra votre personne si nécessaire, que tout le monde sera obligé de recourir à vos lumières, et de vous prier de les aider. Je crois ce moyen infaillible, et j'espère que par amour pour cet Etat, que nos ancêtres ont tous servi , vous ne vous refuserez pas de vouloir le soutenir, d'autant plus que vous êtes l'unique duquel l'Etat puisse attendre de vrais services.

On m'écrit aujourd'hui de Pétcrsbourg ....

* Oo n'a pas retrouve la lettre du prince Henri à laquelle ces mots ont Irait.

Le 10 février 1776.

MON TRKS-CUER FRÈRE

J'espère à présent, mon cher frère, à l'aide de Colhcnius, d'être entièrement délivré de la goutte; mais ma convalescence est lente, et j'ai bien de la peine à reprendre la force que j'ai perdue; cela durera encore quelque temps. Cependant je crois que je me ressentirai le reste de ma vie de cette dernière secousse.

Il y a longtemps que je m'étais propose, mon cher frère, de vous parler sur le sujet que contient ma dernière lettre; je ne sais par quel hasard j'en ai été distrait; mais je vous assure que je ne mourrai tranquille sur ce qui regarde les intérêts de l'Etat qu'en vous en voyant en quelque manière constitué le tuteur. Je vous envisage comme le seul qui puissiez, soutenir la gloire de la maison et devenir en tout genre le soutien et le pilier de notre commune patrie: et si j'ai une fois le plaisir de vous parler, je pourrai m'expliquer plus amplement sur les moyens de faire réussir ce projet.

Il faut sans doute que le Polemkin soit rentré en grâce . . . .

Le 18 février 1776.

Mon thks-cher fkkkk.

On ignore le moment de sa mort: mais on est obligé à prévenir tant que l'on peut les malheurs qui peuvent arriver dans la suite. Pour moi, qui ai dévoué ma vie à l'État, je ferais une faute impardonnable, mon cher frère, si je ne tachais pas autant qu'il est dans mon pouvoir, non pas de régner après ma mort, mais à faire participer au gouvernement une personne de votre sagesse .... Je n'ai en cela, mon cher frère, que l'Etat en vue,

car je sais très -bien que, quand même le ciel tomberait, tout nie pourrait être fort égal le moment après ma mort. Persuadé de l'amitié que vous avez, pour moi, je vous ai ouvert mon cœur sur ce sujet, qui a été longtemps l'objet de mes réflexions. Je vous remercie mille fois du plaisir que vous me faites de vouloir vous prêter à mes désirs, « et si le ciel pouvait être touché par nos vœux , je le prierais de répandre sur votre personne les bénédictions les plus précieuses.

Orloff est parti de Dresde ....

Berlin , 19 mars 1 77G.

Mon trks-ciier frkhk,

Comme je pars demaiu matin, 1» je profite encore du moment qui me reste pour vous supplier, mon très- cher frère, de me conserver votre souvenir; daignez aussi me donner souvent des nouvelles de votre santé. Les vœux que je fais pour voire conservation, et l'intérêt que j'y prends, me causeront des inquiétudes durant le temps des revues et des voyages que vous entreprendre/.. Je souhaite que sans incommodités vous puissiez remplir tous les objets que vous vous proposez.

Vous seriez sans doute encore plus éclairé, mon très -cher frère, sur les desseins «les Autrichiens, s'il était possible de savoir au juste le nombre de troupes qu'ils rassemblent dans la Gallicie et la Lodomérie: je pense que c'est un corps considérable, et s'il est tel que je l'imagine, on pourrait donner sur cet objet des inquiétudes aux Russes, principalement si je pouvais leur montrer quelques détails sur les forces que les Autrichiens ont rassemblées. Je suis cependant très - convaincu que leur intention n'est nulle-

• La lettre rlu prince Henri a laquelle ces mots se rapportent manque, ainsi que sa réponse à cette lettre -ci.

•» Le prince partait pour Saint- Pctersbourq, où il arriva le iS avril.

ment d'agir, mais plutôt d'en imposer. II faudrait qu'ils eussent perdu toute prudence pour se hasarder entre vous, mon trèscher frère, et la Russie, tandis qu'ils ne peuvent s'attendre qu'à de très -faibles secours de la France.

Je vous rends très -humblement grâce, mon très -cher frerc, pour le bulletin; la chanson est très - grossière , mais elle prouve que la Reine n'est pas aimée, et c'est un bien. Je voudrais que le roi de France s'en dégoûtât. Tout ce qui peut servir à ce dessein me parait admirable. D'ailleurs, je crois que si les Français pouvaient trouver un autre allié, ils abandonneraient facilement l'Autriche.

Je vous supplie , mon très-cher frère , d'agréer les assurances de mon tendre et respectueux attachement. Avant mon arrivée à Konigsberg, je ne pourrai me rappeler à votre souvenir. Partout où je suis, j'emporte le sentiment de la reconnaissance et du parfait dévouement avec lequel je suis, etc.

■2(ii. AU PRINCE HENRI.

Polsdain , 1 4 avril 1 77**.

C'est par une rencontre bien heureuse, mon cher frère, que M. de Slackclbcrg» s'est trouvé sur votre chemin. Il est instruit de tout en Russie, et bien mieux sans doute que Solms. Pour vous donner une réponse nette et catégorique sur tout ceci, je vous dirai que je regarde comme un objet principal pour cette maison de conserver et cimenter la bonne harmonie avec la Russie. Nous en avons besoin, et la postérité peut en avoir encore plus besoin que nous. Partant de ce principe, il faudra céder sans doute à ce que l'entêtement de la Russie exigera absolument. S'il faut céder le port de Danzig, que nous obtenions le terrain qui se trouve entre l'Obra et la Silésie, ce sera une indemnisation; et si la ville de Danzig y ajoute une somme d'argent, dont on. pourra

» Envoyé russe à Varsovie. Voyei t. VI. p. lai.

AVEC LE PRINCE HENRI. 37î)

acheter des terres pour rétablir les revenus que nous perdons, cela ferait un équivalent dont il faudra se contenter. Pour le lac de Coplo, s'il faut le céder, j'y consens également, regardant, en tout ceci, comme la chose principale d'avoir la Russie à nous, et que cette union soit si bien établie, que nos ennemis ne puissent la dissoudre. Je vous abandonne le reste, mou cher frère, persuadé que vous n'oublierez pas les intérêts de la pallie, et que vous ne céderez que ce qui sera nécessaire pour répondre au grand objet d'être intimement lié avec la Russie. Je suis, etc.

aG4 AU MÊME.

l'otsilain , 4 mai 177*).

J'avais bien prévu, mon cher frère, qu'il y aurait bien des difficultés dans cette négociation pour notre démembrement de la Pologne. Si nous ne pouvons pas obtenir les limites telles que le plan les contient, si nous ne pouvons pas nous accorder pour la ville de Danzig, touchant une somme annuelle touchant les revenus du port, il faudra préférer les objets permanents de l'intérêt de l'Etat à un intérêt pécuniaire, à la vérité fort avantageux, mais dont il faudra rabattre quelque chose en faveur de la liaison intime qu'il nous convient de conserver avec la Russie; et si nous pouvons trouver un dédommagement sur la lisière de la Silésic, il faudra s'en contenter, faute de mieux. J'abandonne tout cela, mon cher frère, à votre prudence, à votre sagesse. Vous êtes sur les lieux; vous pouvez beaucoup mieux juger que moi de ce qui peut être faisable ou de ce qui ne l'est pas, et si ce que demande l'objet important de demeurer lié à la Russie peut se concilier avec les avantages de nos revenus. Je suis charmé des bonnes dispositions du grand-duc: mais dans le moment présent, la façon de penser de l'Impératrice décidera de cette affaire, qu'il faudra finir le moins mal que possible. Je suis, etc.

38o IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

a65. AU MÊME.

Le 9 mai 177G.

Mox thks-ciier fkkhk.

re chère lettre m'a causé deux sensations bien différentes: par l'une j'ai été pénétre de douleur en apprenant la mort d'une jeune princesse dont le caractère et la vertu étaient respectables; n par l'autre, mou cœur plein de reconnaissance s'est épanoui en apprenant par vous, mon cher frère, la confiance que S. M. l'Impératrice et son digne fds veulent bien placer en moi. Certainement ils ne s'y tromperont pas, et dans cette occasion, comme eu toutes celles qui se pourront présenter durant ma vie, ils me trouveront toujours disposé de corps et d'âme à leur rendre tous les services qui dépendront de moi. Pour ne vous point arrêter par des préambules qui fatigueraient votre impatience, je vous apprends en gros que j'ai réussi dans ce qu'il y avait de plus difficile dans ma négociation, s'entend sur ce qui* concerne le prince héréditaire de Darmstadt. Je vous avoue qu'il m'a touché jusqu'aux larmes. Le cœur gros de la mort inattendue de sa sœur, accablé de celle perle, il m'a dit: «Je comprends que le «grand -duc doit se remarier promptement; le parti qui lui con- • vient le mieux est celui de ma promise. Je l'aime, je m'étais «promis de passer d'heureux jours avec elle; mais j'aime encore «plus le grand -duc, et je lui fais le sacrifice de ma promise, et «lui donnerais ma vie même, si elle pouvait lui être utile.» Non, Pylade n'en aurait pas plus fait pour Oreste, et Nisus pour Euryale. Voilà un exemple d'attachement et d'amitié qui fait honneur à notre siècle. Le prince se propose d'envoyer le colonel de RiedeseM' à Pétersbourg pour confirmer son désistement à l'Impératrice et au grand -duc. Ce prince se propose d'épouser une des sœurs de notre petite -nièce; ainsi il dit que par là il restera également beau-frère du grand-duc, ec qui lui tient plus à cœur que tout le reste. D'autre part, j'ai envoyé un courrier à

» La çrande-ihichcsse «I* Russie était morte le jG avril, en accouchant «l'un enfant mort. Vovex t. VI, |». iîi et tii. l> Voyet t. XX. p. xix, et iî»i — 184.

notre nièce, à Montbelliard, où je lui rends compte des intentions gracieuses de l'Impératrice et du grand-duc sur le choix de sa fille, en lui marquant en même temps de quoi je suis convenu avec le prince héréditaire de Darmstadt, et je me flatte de ne point rencontrer de difficultés de ce côté-là , ainsi que pour la religion: le père étant catholique, la mère réformée, et les enfants luthériens, avec une grecque, cette famille fera la concordance des principales sectes de la chrétienté. Dès que j'aurai une réponse, je vous la ferai parvenir par courrier. Quant à ce que vous avez la bonté de me mander de l'intention où se trouve l'Impératrice d'envoyer le grand -duc à Berlin, vous devez juger combien je suis touché de celte marque de confiance, et que le grand-prince, comme tout ce qui tient à l'Impératrice, sera reçu à bras ouverts. Je me trouve heureux d'être échappé à ma dernière maladie , ce qui me procure la douce satisfaction de recevoir chez nos pénates mes plus respectables et meilleurs alliés et amis. Veuille le ciel que ces nouveaux liens qui vont se former contribuent au contentement de l'auguste famille impériale, et qu'une longue postérité, qui en sera la suite, soutienne la splendeur de ses illustres ancêtres. Comme j'ai trouvé un portrait en miniature de la princesse de Wurtemberg (qui, par parenthèse , a dix-sept ans), je vous l'envoie, mon cher frère. M. de Riedesel, qui a vu la princesse, le trouve tout à fait ressemblant, et m'a dit beaucoup de bien de celte jeune personne. Je ne dois pas omettre que je dois beaucoup à l'assistance de M. de Riedesel, qui a employé toute sa rhétorique pour fortifier le Prince héréditaire dans le généreux effort du triomphe que son amitié pour le grand -duc remporte sur l'amour. Je manque de termes et d'expressions pour témoigner à la famille impériale toute ma sensibilité et ma reconnaissance; tout ce que, mon cher frère, vous pourrez dire de plus fort sur ce sujet ne sera jamais désavoué de ma part. Vous qui êtes un autre moi-même, vous me remplacez à Pétersbourg, et votre cœur dira à l'Impératrice et au grandduc ce que le mien sent pour eux, trop heureux si je puis leur en donner des preuves convaincantes avant de mourir! Pour vous, mon cher frère, recevez les assurances de ma plus haute estime et de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.

38a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

La pauvre Princesse de Prusse a est plongée dans la plus a mère douleur, et comme elle était hors d'état de parler à son frère, j'ai été obligé de ni acquitter moi-même de cette commission.

aG(i. AU MÊME.

Potsdnm. 18 mai 1776.

Je vois, mon cher frère, que vous parvenez, à exécuter tout ce que vous voulez., et que tout vous réussit à soudait. J'admire votre dextérité et les peines que vous voulez bien vous donner pour nos affaires. Que le ciel répande sur vous toutes les bénédictions que je vous souhaite; car cette conliance que l'impératrice a prise en vous à si juste titre est le lien le plus sûr de l'union des Russes et des Prussiens. S'il arrivait aussi que par la suite quelqu'un que je ne nomme pas fit quelque sottise, vous seriez, toujours en état de raccommoder les choses. Quant au reste, cette négociation est en si bonnes mains, que je ne vous dis pas le mot sur ce sujet. Dès que j'aurai réponse de Montbelliard, je vous la ferai parvenir par courrier, et je préparc tout ici pour votre heureux retour, étant, etc.

Grnuricnz. 7 juin 177c».

Mon TiiKS-ciiEu fhkrk,

]Vlc voici rapproché de vous, mon très -cher frère, de cinquante milles d'Allemagne, et cependant il reste encore un espace immense qui nous sépare. Je viens de recevoir votre chère lettre, et je plains bien la situation du pauvre comte Panin; il est vrai ■ Vovci t. VI . p. a3.

qu'à son âge la perte qu'il fera ne sera pas considérable, si ee n'est la douleur et le danger qu'il va courir dans cette opération.

J'ai eu le plaisir de dîner chez vous, à Spandow; mais, mon cher frère, qu'il y a de différence de vous y voir ou de songerait terrible éloigriemcnt où vous êtes de chez nous! Cela m'afflige. Mon frère Ferdinand et moi, nous avons bu bien cordialement à votre santé. Je vous fais bien des excuses de ne vous avoir pas accusé la recette de la lettre de change; elle est bien arrivée, mais je l'ai gardée jusqu'à la réponse tle notre nièce; à présent qu'elle a consenti à tout, la lettre de change lui sera rendue. Le nombre des matières importantes fait quelquefois qu'on néglige celles qui le sont le moins; cela ne devrait pas être, mais les hommes restent des hommes, quelque attention qu'ils aient. Je ne saurais vous dire, mon cher frère, combien j'ai d'embarras d'arranger tout ce qu'il faut pour la réception du grand-duc sans que rien en transpire. Jusqu'à présent vous pouvez compter que personne ne s'en doute. 11 faudra pourtant faire partir cuisine, domestiques, et ceux qui doivent recevoir le grand -duc, vers le i5 du mois prochain; alors il n'y aura plus moyen de déguiser ce que l'on a en vue. Notre nièce et le prince Eugène, qui absolument a voulu être du voyage, arriveront le 20 juillet à Potsdam. Il est nécessaire que je leur parle avant l'arrivée du grandduc, pour qu'ils prennent le ton convenable à la scène qui va se passer. Ne vous moquez point de moi , mon cher frère, mais il faut que je vous avoue mon faible : j'ai une crainte, je ne sais pourquoi, qu'il ne prenne quelque maladie ou qu'il n'arrive quelque malheur au grand - due. Je vous prie de faire que son médecin l'accompagne, et qu'il aille le moins à ehcval que possible. Je ne serai tranquille que lorsqu'il sera de retour en bonne santé à Pétcrsbourg. Vous direz que cela sent bien le vieillard: cela peut être, mais mettez -vous dans ma place, et jugez, je vous prie, quelle chose fâcheuse ce serait pour nous tous ensemble, si telle chose arrivait. Je suis à présent occupé ici à terminer nos affaires des limites avec les Polonais, et pour accélérer cette négociation, j'envoie trois projets de cession à Benoît,8 dont les Polaqucs

» Ministre résident de Puisse h Yarso\ic depuis 17Ô1 jusqu'au mois tic novembre 177C.

pourront choisir ce qui leur conviendra. Depuis mon départ de Magdcbourg, nous avons eu une suite de beaux jours; aujourd'hui il fait une forte pluie: demain le camp se formera, et je pars le 1 1 pour mes pénates. Mais j'ai des affaires par-dessus les oreilles. C'est avec les plus tendres sentiments et la plus parfaite considération que je suis, etc.

Mockrrau, S juin 1776.

Mon tkks-ciikk fkkrk.

Vos lettres, mon très -cher frère, me font, toutes les fois que j'en reçois, un sensible plaisir, et celles-ci m'ont été d'autant plus agréables par toutes les choses avantageuses qu'elles contiennent. J'écris tout de suite 11 notre nièce de Monlhelliard pour accélérer sou voyage; je l'appointerai pour le 12 du mois prochain. Si vous le crovez, convenable, le comte Romanzoff. comme à la suite de l'Empereur, pourra loger au château, à Berlin et à Potsdam, ou à Potsdam uniquement, selon que vous jugerez, que cela doit être. Je préparc tout, et, à vous parler naïvement, je me réjouis plus de vous revoir sitôt de retour que de tout le reste. Mais le bien de l'État ne me rendra rien difficile pour tout ce que vous jugerez convenable. Tout ce que nous avons de magnifique sera employé pour décorer le grand-duc. Mais je serai obligé d'aller vite en besogne, et à mon retour je mettrai tous les fers au feu pour arranger ce qui manque encore. Il faudra faire partir de Berlin cuisine, suite, généraux, officiers, etc. le a4 de ce mois, ou cela arriverait trop tard à Memel; et il vaut, mieux que ces gens attendent quelques jours que s'il n'y avait personne à votre arrivée. Après cela, jugez., je vous prie, comment il m'est possible de faire ces sortes de choses en cachette. Je vous avoue qu'aujourd'hui je suis extrêmement fatigué. Je vous réponds, mon cher frère, en gros. Je vous en demande

pardon; mais vous ne sauriez croire la multitude de très-diverses affaires qui me sont ici toutes tombées sur les bras. Je suis, etc.

Schwedt, 19 juillet 1776.

Mon très -cher frère,

J'ai le bonbeur de toucher au moment de vous revoir, mon trèscher frère, et de vous assurer de bouche de mon tendre attachement. Notre voyage a été très-heureux ; le grand-duc se porte on ne peut pas mieux, et j'ai tout lieu d'espérer que sa santé ne sera nullement altérée par ce voyage. Lui et toute sa suite sont contents et satisfaits; dans tous les villages, déjeunes filles lui ont présenté des fleurs; dans les villes, on a ajouté des gens pour crier des vivat. Tout cela produit le meilleur effet, et tout ce que vous daigne/, m'écrire, mon très-cher frère, au sujet des arrangements que vous prenez, à Berlin ne saurait manquer d'atteindre au même but que vous vous proposez. La célébration de la demande11 est arrangée avec toute la magnificence possible, etc.

(Berlin) an juillet 177G.

Mon très - cher frère.

J'ai eu le plaisir de recevoir ce soir votre lettre, mon très -cher frère, en arrivant ici. Vous n'avez certainement aucun lieu de vous presser pour arriver. L'arc de triomphe qu'on fait ne peut être achevé au plus tôt qu a cinq heures, demain, de l'après-midi. * Elle eut lieu à Berlin , le a3 juillet.

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