‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 43 sur 81 · AU MKMK · texte numérisé non relu

AU MKMK

Ce 1 1 (mars 1778).

Mon tkks-ciikr frère.

Point de lettres de Paris. Voici des bulletins, cependant, sur la foi desquels on ne peut aucunement compter. Vous verrez par mes autres nouvelles, mon cher frère, la continuation des préparatifs des Autrichiens; mais ce qui vous surprendra plus que le reste , c'est que l'Electeur palatin est sur le point de laisser pour des subsides ses troupes aux Autrichiens. Cobenzl préparc son départ; mais je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il est instruit de bien des choses que vous dites, car il s'est lâché envers un de mes espions, et lui a dit: «Le prince Henri croit toujours qu'il « n'y aura point de guerre ; mais il s'apercevra bientôt avec quelle «puissance il aura affaire.» Vous voudrez bien prendre toutes les précautions pour que les gens qui vous environnent n'aillent

* M. de Maurepas.

4io IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

pas trompeter dans la ville, pour se donner des airs, ce qu'ils savent et souvent ce qu'ils ne savent pas. Pour moi, je prévois la guerre comme une chose immanquable; l'Empereur la veut

décidément, et les armées commencent à s'assembler. J'attends

encore sur une nouvelle , et alors je donnerai les derniers ordres pour les chevaux et pour ce qui s'ensuit, car je ne veux pas être pris au dépourvu. Je suis, etc.

a95. DU PRINCE HENRI.

Dcrlin, 1-2 mars 1778.

. . . . Les propos qu'on prèle au sieur Cobcnzl me paraissent fort douteux : d'abord je sais par son beau-frère, qui, avant son départ, me l'a assuré, que ce ministre était convaincu que vous feriez la guerre à l'Autriche; secondement on me prêterait une opinion qui est précisément contraire à celle que j'ai. Depuis le mois de janvier, j'ai été convaincu que vous feriez la guerre; mais j'ai simplement cru que des propositions de l'Autriche pourraient amener une pacification. Quant à mon opinion, je ne vous l'ai pas cachée, mon très-cher frère, en vous disant qu'une guerre entreprise avec le secours de plusieurs alliés pouvait produire l'effet désirable que l' Autriche renoncerait à la Bavière, tandis qu'une guerre à force égale ne produirait rien. Si quelque chose peut autoriser l'idée que je ne crois pas à la guerre, c'est que je n'ai point fait travailler à mes équipages , chose que je n'ai pas cru devoir faire à moins d'un ordre de votre part. Je vous ai demandé à deux reprises votre intention à ce sujet, et comme vous n'avez pas jugé à propos de me répondre , je suis resté tranquille. Toutes mes espérances, mes vœux se réunissent pour que vous sortiez, mou très-cher frère , heureusement de ce labyrinthe. Si je n'espérais dans la France, j'appréhenderais beaucoup, non pas précisément des malheurs pour l'Etat, mais j'envisage une guerre comme très - malheureuse , dont vous sortiriez sans les

AVEC LE PRINCE HENRI. "4u

moindres avantages, et après laquelle l'Autriche resterait en possession de la Bavière.

Ce iS (niar» 1778).

Mon cher fkkhe.

Sur les lettres que j'ai reçues de Vienne, j'ai été obligé de donner l'ordre pour acheter les chevaux et pour mettre toute l'armée dans un état mobile. Mon mémoire a été donné au prince Kaunitz, et, selon sa coutume, il a dit qu'il en ferait son rapport. Mais l'Empereur part pour Prague; tous les arrangements se poussent avec vigueur pour soutenir la guerre ; le duc de Toscane doit venir à Vienne, comme héritier présomptif en cas de la mort de son frère. Les Saxons, qui se trouvent dans la crainte, me sollicitent de les assister, et je risquerais d'une manière coupable envers ma patrie de différer plus longtemps de me mettre en défense. On commet, mon cher frère, deux sortes de fautes: les unes par trop de précipitation, les autres par trop de nonchalance. Je serais dans ce dernier cas, si, dans ce moment -ci, je ne prenais pas les mesures les plus sérieuses pour n'être pas pris au dépourvu; car voilà de quoi il s'agit. Vous voyez un peu noir dans nos affaires; j'avoue que nous n'avons pas toutes les assistances que nous pourrions désirer ; mais nous ne nous manquerons pas à nous - mêmes , si le besoin le demande.

Ayez la bonté de venir ici, pour que nous puissions préparer bien des choses d'avance, dont il est à présent temps de régler les détails. Je suis, etc.

in IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Berlin, ag mars 1778.

Mon THKS-rnER frkre,

Je vous félicite, mon très-cher frère, d'avoir achevé toute la besogne avec la Saxe, et je vois avec un grand contentement que vous avez sujet d'être satisfait de la conduite de l'Electeur. Les conditions qu'il ajoute ne sont d'aucune importance, et très-équitables; l'échange des déserteurs sera très-utile pour votre armée. Quant au payement qu'ils exigent pour les fourrages dont votre armée pourrait avoir besoin, vous aurez, la grâce, mon très-cher frère, de donner vos ordres à cet égard au commissariat de la guerre; cette dépense peut devenir très -nécessaire dans le moment de notre entrée en Saxe, et avant que nous approchions de l'Elbe. Comme tout au plus on n'aura besoin d'être fourni que pendant huit jours, c'est pourquoi cette dépense peut être supputée très-aisément. Sur l'ordre de bataille que vous avez daigné me donner il ne se trouve aucun bataillon de compagnies franches. Je sais qu'on en lève, mais j'ignore quels sont ceux que vous destinez pour l'armée en Saxe. Si je pouvais le savoir, je me mettrais avec eux en correspondance pour les hâter et même les aider quand je le pourrais. Il n'y a point d'auditeur général de l'armée nommé encore, et je vous supplie de donner vos ordres, mon très-cher frère, à ce sujet. Il manque aussi un grand prévôt de l'armée, dont on a grand besoin pour la sûreté du camp, et encore des officiers comme nous en avons eu pour conduire les équipages. Je suis fâché , mon cher frère , de vous incommoder par tous ces détails; mais comme le temps presse d'y songer, je n'ai pas cru devoir différer de vous en écrire. Au reste, j'approuve très -fort tous les arrangements que vous prenez, mon très-cher frère: mais je voudrais gagner cent bouteilles de vin de Hongrie, et si les Autrichiens ne marchent pas le 17 du mois prochain pour prendre Dresde, j'espère les avoir gagnées.» Cette

* Le prince Henri disait un jour que le* Autrichiens, contents de l'occupation de la Bavière, ne penseraient qu'à faire une guerre défensive; Frédéric paria cent bouteilles de vin vieux de Hongrie contre douze bouteilles de vin de

AVEC LE PRINCE HENRI. 4i3

réponse de Vienne ne tardera pas d'arriver; elle doit faire connaître clairement leurs intentions, et il est à supposer qu'elle viendra incessamment. Quant aux Français, j'espère, mon cher frère , que la grande connaissance que vous avez de vos propres intérêts vous portera à ménager cette puissance, laquelle, par sa neutralité même, a une si grande influence, qu'il serait fâcheux et très - dangereux même si on les poussait à prendre un parti contraire, à quoi tout engagement avec les Hanovriens les pourrait porter. Je ne sais si les ducs de Gotha et de Weimar, qui ont quelques troupes, ne pourraient peut-être vous en donner; je crois pour sûr que vous y trouveriez au moins deux ou trois bataillons. Quant aux Russes, tout dépend de la paix qu'ils doivent conclure; en attendant, il s'agit de voir si la dépèche de Riedesel que vous avez envoyée par courrier ne les portera pas à vous envoyer un secours prompt, quoique moins considérable que celui qu'on donnera, si la paix se conclut. Je ne puis plus rien dire sur la situation générale de vos affaires; quoique pas encore absolument parvenu au point où tout raisonnement cesse « je vois cependant que dans peu. tout ce qu'un Etat a de précieux sera abandonné à la fortune, les biens, la vie, la réputation, la gloire, la sûreté de la société. Je ne nierai pas que j'aie formé des vœux pour que ni vous , mon très-cher frère , et votre Etat fussiez encore exposés à une situation extrême; mais comme la chose parait au point que rien ne la pourra changer, je souhaite votre conservation, votre prospérité, avec le désir de vous être utile autant que mes faibles talents me seconderont dans l'ardeur de vous servir. Je suis, etc.

Graves qu'il serait attaqué par les Autrichiens dès qu'il serait arrivé en Silésie. Voyei Mihlàrischcr iïachlass des General- Lieutenants Victor Amadeus Gra/en Henckel von Donnersmarck , t. Il, cahier II, p. 164.

4i4 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Ce 3o (mars 177^).

Mon cher frkrk,

Vous aurez rauditcur. le prévôt, le bourreau et tout ce qu'il faut pour la haute justice; et s'il y a encore quelques bagatelles, on pourra les arranger promptement. Je donne ici les listes des marches des troupes à Pfau , a pour qu'on sache chaque jour où elles sont, en cas que vous ayez à leur donner des ordres en marche. Quant aux affaires étrangères, je commence à croire, mon cher frère, que nous aurons la France. Les Autrichiens ont menacé l'Electeur palatin que s'il ne leur donnait pas ses troupes, on traiterait en ennemi ses possessions du Rhin. Vous voyez par là qu'ils en veulent à Wésel. Il y a encore quelques bagatelles à régler avec l'électeur de Saxe, et tout sera fini. J'avoue, mon cher frère, que je m'étonne des sombres réflexions que vous faites dans un temps où je ne vois pas ce que nous avons à craindre. L'homme est fait pour agir;1» et comment agirons -nous jamais plus utilement qu'en brisant le joug tyrannique que les Autrichiens veulent imposer à l'Allemagne? Dans des occasions comme celle-ci , il faut s'oublier soi-même et ne penser qu'au bien de la patrie, et ne se point flatter de choses qui ne sont plus possibles, comme de la paix. Je suis, etc.

• Théodore - Philippe de Pfau, né en 1737 à Francfort-sur-le-Main, fit, avec l'armée russe, les campagnes de 1769 et de 1770 contre les Turcs (voyez, t. XXIII , p. 171). En 1778, il était quartier- maître dans l'armée du priuce Henri. Promu au grade de général-major en 1789, il fut tué près de Tripstadt, le 1 3 juillet 1794, dans la guerre contre les Français.

b Voyez t. X, p. 97; t. XXI, p. 164. t. XXII, p. 18a; t. XXIV. p. i3i et 537; et t XXV, p. a57«

Berlin , Si mars 1778.

MON TRÈS-CHER FRKRE

J'attends d'être instruit des arrangements que vous faites, mon très -cher frère, par le major Pfau, comme vous daignez me le dire. En attendant, je suis sur le qui-vive. Mon régiment a ordre pour marcher. On dit ici que la garnison de Berlin doit camper le 10 près de Wusterhausen. Comme j'ignore si cela est ainsi, j'attends tranquillement d'en être informe. 11 sera très-nécessaire cependant que, vers le temps qu'on doit entrer en Saxe, on fasse avec les Saxons des arrangements pour la nourriture des chevaux .... Vous trouvez, mon très -cher frère, que je fais des réflexions sombres. Elles seraient telles en effet, si je ne me représentais que des malheurs, de quoi je suis très - éloigné ; elles seraient légères, si je ne prévoyais que du bonheur, de la fortune, et tout plein de ces illusions que l'imagination enfante. Je crois qu'il y a un chemin de milieu qui est le véritable, et que je souhaiterais de pouvoir saisir; c'est celui qui conduit par les meilleures voies au but qu'on se propose d'atteindre. 11 est le plus difficile à trouver; ce n'est qu'à force de soins et de réflexions qu'on le rencontre. Je suis. etc.

3oo. AU PRINCE HENRI.

(Potsdam) 1" avril 177S.

Mon thés -cher frère.

J'ai déjà fait écrire pour Marwilz* comme vous le désirez, mon cher frère. J'ai notifié à Magdebourg, en Prusse et en Westphalie que ces régiments formeront votre armée, et j'envoie Pfau à Ber-

» Le colonel «le Marwits, précédemment dans le* gendarmes, avait été commissaire des vivres île l'armée du prince Henri dans sa campagne de 1760 contre les Russes.

4i6 IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

lin, avec la liste où ils se trouveront chaque jour, pour recevoir vos ordres. Je ne sais quels contes on fait à Berlin; je voudrais qu'on berçât les Autrichiens de pareilles billevesées. Mais il sera bientôt temps que les magasins de fourrage et la farine partent de Magdcbourg pour Torgau, où, quand même ils s'y trouveraient quelques jours trop tôt, ils n'auraient rien à risquer. Mes nouvelles de Vienne me préparent à une prompte rupture. Cobenzl a reçu un courrier; je crois que c'est pour se préparer à son départ. Nous travaillons à présent à une association des cercles en forme de ligue, et j'espère d'en assembler beaucoup. Les régiments de Wésel n'ont pas encore ordre de marcher, parce que j'attends si les Hollandais voudront y mettre garnison, ou qui nous y pourrons mettre ad intérim. Les lettres de Russie sont admirables; j'envoie aujourd'hui par courrier à l'Impératrice la lettre du prince de Deux -Ponts. Point encore de courrier de France. Je viendrai dans peu à Berlin:3 il faut que je sois le 8 à Breslau. pour avoir soin de mes propres affaires. Ainsi, mon cher frère, vous veillerez d'ici aux affaires de la Saxe: mais je vous conjure d'agir plutôt trop tôt que trop tard, car je vous jure qu'il ne s'agit pas de badiner avec messieurs les Autrichiens. Je suis. etc.

3oi. Ail MÊME.

(a avril 177S.)

Mon cher frère,

J'ai pris ce Schmettaub avec moi; Stutterlieim , de Magdebourg, c se dit invalide, et demande le congé. Kalckstein, de

» Frédéric arriva le 5 à Berlin, et en partit le 6 pour Brctlau. Voye* t. VI p. 1 43.

•» Frédéric- Guillaume - Charles comte de Schnicttau , capitaine et aide dr camp du prince Ferdinand de Prusse, était né le >3 avril 174H, et fut tué à la bataille d'Auerstàdt, le i4 octobre 1806; il était alors lieutenant-général. Il est auteur des Mémoires raisonnes sur la campagne de 177S, en Bohême, par l'armer prussienne aux ordres de S. M. le Roi, par F.-G.-C. comte de Schmcttau , Berlin . 1789, in -4.

c Voye» t. IV, p. 166; t. V, p. i3g: et t. VI, p. 14G.

votre régiment, a reçu son régiment; voilà un petit changement dans votre régiment. Mes lettres de Silésie m'obligent de hâter mon départ pour rassembler les troupes vers Frankenstcin le 10 du mois. Je gagnerai ma gageure malheureusement. Si les Autrichiens nous déclarent la guerre, comme je le crois, il faudra que vous mettiez tout en marche le 10, pour gagner les frontières de la Bohême et couvrir Dresde. Je serai dimanche après-midi à Berlin, et je pars de là le lendemain pour Breslau. Je suis, elc.

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