‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 5)Chapitre 46 sur 81 · I.andeshut , 16 octobre · texte numérisé non relu

I.andeshut , 16 octobre

Mon tkks-cukr fhkkk.

Je vous félicite des belles hussarderies que vos hussards ont faites sur les frontières de la Bohême. Je n'ai rien, mon cher frère, de semblable à vous annoncer, sinon que des officiers danois sont arrives ici, non pas pour faire la campagne, mais pour se mettre avec nous en quartiers d'hiver. Vous ne sauriez croire la sensation qu'a faite à tout le monde , à notre retour, la vue d'hommes, de femmes, de bestiaux de toute espèce, dont les villes et villages sont peuplés ici; un quelqu'un qui sortirait récemment de la Sibérie n'éprouverait pas un coup d'œil plus agréable. Je loge ici chez un marchand. En entrant dans la maison, j'ai cru me trouver dans le palais du Grand Mogol, en la comparant aux cabanes de Lauterwasser; enfin tout dégoûte en Bohême, et tout plaît ici. Je dois vous dire aussi à ma grande satisfaction que je suis fort content de notre neveu : il a pris tout un autre pli; il s'est changé étonnamment à son avantage, et je commence à avoir bon courage. a C'est en faisant mille vœux pour votre conservation que je vous prie de me croire avec le plus tendre attachement, etc.

• Le Roi donne le* mêmes éloges au Prince de Prusse t. VI, p. 1 55 et t58. Voyei Aussi Mthtiirischer Machlass des Grafen Hcnchel von Donnersmarck , t. II, cahier II, p. ai S, et F. - G. -C. comte de Schmettau, Mémoires raisonnes sur la campagne de 1778, en Bohême, par l'armée prussienne aux ordres de S. M. le Hoi , Berlin, 1789, in-4, p. 190 et suivantes, 19.3, 194. 228 et 229. Le 1" juin 1779, le Prince de Prusse fut promu au grade de lieutenant-général d'infanterie. Nous avons cité dans ce volume, p. 24? > plusieurs passages où il est question de lui. Yovct enfin ci-dessus, p. a48 , a54. 261, 262, 264, 272, 281 et 298.

Gross-Scdlitz. ao octobre 1778.

Mon tkks-ciieh frkkh.

Quoique je ne devrais pas vous entretenir, mon très-cher frère , sur quelques petits succès qui n'ont pas une influence déterminée pour les grands objets de la guerre, je crois de mon devoir de vous nommer le major Giinther, « du régiment de Seelhorst,b lequel a été détaché par le prince de Bernbourg, et s'est conduit avec beaucoup d'intelligence, ayant fait dix -sept prisonniers sur l'ennemi.

Les officiera danois arrivent un peu tard pour faire la campagne; ils attendront sans doute l'ouverture de la prochaine pour s'instruire.

J'attends le général Kamensky, c que vous m'annoncez, mon très -cher frère, et j'aurai l'honneur de vous rendre compte de tout ce qui me parviendra par son canal.

C'est avec une joie et une satisfaction extrême que j'apprends que vous êtes content, mon très -cher frère, de mon neveu. La plupart des hommes no peuvent se faire connaître que dans les occasions où leur caractère et leur esprit se peuvent déployer. II est très -heureux pour l'Etat qu'il ait obtenu votre approbation, et d'autant plus heureux dans les circonstances présentes, où il est à portée de vous servir et de vous être utile. Je suis, etc.

* Hcuri-Jean Giinther, qui plu» tard fut fait baron, ne à Ruppin en 17H6, parvint au grade de lieutenant- général, et mourut à Tykoczin le aa avril i8o3. Voyei Erinnerungen aus dem Leben des General- Lieutenants Freiherrn c. Gunther, ver/asst von U. v. Boyen. Berlin, i834.

b Le général - major de Scelhorst était alors chef du 6' régiment de cuirassier*.

«■ Vovcz 9fililarischer Xachlass des Grafen Henckel von Donnersmarck ,

p. 1 14 et 217.

4Co IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

Jagcmdorf , a3 octobre 1 778.

Mon cher frère,

Je vois, mon cher frère, qu'un major Giinthcr a fait seize prisonniers; cela est fort bien, mais en vérité cela ne vaut pas la peine d'être cité. 11 faut tendre au grand; tous ceux qui se signalent dans des coups décisifs doivent être distingués, mais des bagatelles de cette espèce ne méritent aucune attention. Je suis d'ailleurs ici occupé de bien d'autres choses. Vous n'imagines pas la diversité et la multitude d'ouvrages dont je suis surchargé : il faut tout cntabler, redresser bien des choses vicieuses, veiller sur l'ennemi, agir offensivement et pourvoir en même temps à la défensive. Tout cela, si vous savez ce qu'en vaut l'aune, m'excusera envers vous de la brièveté de ma lettre. Je ne suis pas de ces gens qui restent les bras croisés, et qui préfèrent un doux et inutile repos à l'activité utile. Je fais tout ce qui dépend de moi pour que nos affaires prospèrent, et si cela ne réussit pas, on ne m'en attribuera pas la cause, mais on croira peut-être que j'ai été mal secondé. Je suis, etc.

Gross-SedliU, a8 octobre 1778.

Mon très-cher frkre,

Je n'ai aucun doute sur l'objet des occupations que vous avez, mon très-cher frère, et dont vous me faites l'honneur de me parler. Je me suis trouvé assez souvent dans le cas d'en avoir, et je connais par expérience combien il est difficile de commander des armées. Quoique, à cette heure, nous ne soyons pas en mouvement, je porte néanmoins mon fardeau, et je ne suis pas oisif, puisque ce n'est pas l'être lorsqu'on veille aux troupes, aux sub-

AVEC LE PRINCE HENRI. 4«i

sistances, aux différents postes, dont I étendue est considérable. C'est avec beaucoup de peine que je vois que vous vous plaignez, mon très -cher frère, de n'être pas bien secondé. Ceux sur qui cela tombe sont sans doute bien malheureux de ne pouvoir vous satisfaire; mais alors, s'il m'est permis de le dire et de parler avec ma franchise ordinaire, il vaut mieux pour vous, mon trèscher frère, et pour eux, d'en choisir d'autres auxquels vous ayez plus de confiance. Dans le grand nombre d'officiers que vous avez formés durant la guerre et la paix, il doit s'en trouver qui mériteront votre approbation. Ceux qui l'ont perdue doivent d'ailleurs perdre de leur activité naturelle, d'abord qu'ils s'aperçoivent qu'ils ne méritent pas vos bontés. Rien n'est plus décourageant que lorsque le souverain est indisposé contre ceux qui le servent. Je suis très -empressé d'apprendre des nouvelles de vos heureux succès, mon très-cher frère, auxquels je m'intéresse par le sentiment du tendre et respectueux attachement avec lequel je suis, etc. »

Le a8 octobre 177S.

Mon trks-cuer frère,

Je vous suis très -obligé, mon cher frère, de la lettre de l'Impératrice, que vous recevez ci -jointe. Sa déclaration s'est faite à Vienne, mais je ne sais pas encore l'effet qu'elle aura produit. Selon les apparences, l'arrogance autrichienne ne fera aucun cas des conseils pacifiques de la Russie; au contraire, elle s'en servira de motif pour engager la France à lui fournir des secours, mais qu'on ne lui accordera pas. Je ne saurais vous dire rien de nouveau de ces environs, sinon que le Prince héréditaire a chassé Mittrowsky d'Oderberg, et qu'il le poursuit vcrsMahrisch-Ostrau. De ce coté, ma position me donne de l'occupation de reste pour

■ Non» n'avons pns trouve ln réponse a cette lettre.

46a IV. CORRESPONDANCE DE FRÉDÉRIC

cent dispositions à faire et des précautions à prendre qui vont à l'infini , tant pour la sûreté du poste que pour les vivres. C'est en vous assurant de toute ma tendresse que je vous prie de me croire avec bien de l'estime , etc.

Breslau, 4 novembre 17 78.

Mon très -cher frère,

C'est réellement une perte que celle du général Sobeck. Nous en avons fait quelques-unes de semblables; mais il faut se rappeler qu'une année est un corps éternel pour la masse, mais dont les membres se renouvellent continuellement. Une bataille fera encore bien d'autres changements que la campagne stérile en événements que nous venons d'avoir. J'ai bien établi les quartiers de la Haute -Silésie, et je les crois maintenant à l'abri de toute insulte. Selon les mesures que nous avons prises, nous pouvons être les maîtres de la principauté de Teschcn dès que nous le voudrons; mais il faut encore un peu différer cette entreprise. Je suis revenu ici tout étonné de me retrouver dans une grande ville et dans un pays policé. En vérité, cette Bohême et cette Moravie ne valent guère mieux que le pays des Algonquins ; une race d'hommes à demi sauvages les habite, et l'espèce humaine y est prodigieusement dégradée. L'ennemi se tient très-tranquille dans ses quartiers, et je crois que l'hiver se passera assez tranquillement. Peut-être faudra -t- il encore barbouiller du papier inutilement; mais enfin il faut s'assujettir à sa destinée, personne ne la peut éviter. Je suis maintenant occupé à prendre des mesures pour l'année prochaine, pour compléter l'armée, pour les vivres, pour les charrois, et généralement pour réparer nos pertes et nous remettre en une situation vraiment formidable. Voilà , mon cher frère, ce qui fait mes menus plaisirs et quelquefois mes

désagréments. C'est en faisant des vœux pour votre santé que je vous prie de me croire avec une parfaite tendresse, etc.

(Hreslau) <> novembre 1778.

Mon cher fhkhe,

M a lettre sera un peu stérile pour cette fois, où nous commençons à jouir dans nos quartiers d'un peu plus de tranquillité que du commencement; mais un autre travail se présente, dont les matières accumulées ne laissent pas de m'eflïayer un peu, et je vois bien, mon cher frère, que l'hiver sera pis pour les fatigues de l'esprit que l'été passé ne l'a été pour les fatigues du corps. Ce fardeau est un peu lourd à mon âge. et je ne sais comment je le porterai. Le prince de Hesse, qui a fait la campagne avec nous, va retourner en Danemark; je ne sais s'il reviendra, ou si nous * lui fournirons matière à exercer encore sa curiosité. Je vis ici comme un rat de cave; je fais valoir les papeteries de la Silésie, en barbouillant du papier du matin jusqu'au soir: et voilà, en vérité, mon cher frère, tout ce que je puis vous mander de Breslau. J'espère d'apprendre de bonnes nouvelles de votre santé, vous priant d'être persuadé de la tendresse infinie et de tous les sentiments d'estime avec lesquels je suis, etc.

■ Le mot nous eut omi» dans l'autographe

Breslau, 10 novembre 1778.

Vous voyez bien, mon très -cher frère, que le but des Autrichiens est de changer la matière des choses; au lieu d'auxiliaires que doivent être les Russes, ils veulent leur faire jouer le rôle de médiateurs, et traîner cette négociation le plus qu'ils pourront, pour arrêter le secours que les Russes veulent me donner, et pour rendre leur assistance inutile. C'est à présent un des objets qui m'occupent le plus que de prémunir la Russie contre tous les mauvais arguments dont le prince de Kaunitz se servira pour leur faire illusion et, s'il peut en trouver les moyens, pour les brouiller avec nous. D'autre part, la France est charmée de cette négociation, car le secours des Russes, qu'ils veulent donner, servait d'argument à la cour de Vienne pour presser les secours qu'on altendait de la France. Si la cour de Russie tient bon, si le comte Panin peut être garanti des pièges du prince de Kaunitz, et qu'il ne tombe pas maladroitement dans les filets qu'il lui tend, nous aurons lieu d'espérer que cette guerre se terminera l'année qui vient; mais si, d'autre part, la maladresse des Russes est dupée par la friponnerie autrichienne, alors je me trouverai dans un grand embarras. C'est de quoi nous pourrons juger cet hiver, quand les négociations auront commencé. Il faut nécessairement qu'il y ait une espèce de brouillerie entre l'Impératrice et l'Empereur, parce que le Prince héréditaire a appris, par des personnes qui viennent de Brû'nn, que pendant six jours il y avait eu des chevaux commandés pour l'Empereur, et qu'ensuite on les a de nouveau renvoyés. Si la cour de Vienne avait réellement envie de faire la paix, il me semble que l'Empereur aurait dû nécessairement se rendre à Vienne, pour se concerter avec sa mère et ses ministres sur les conditions auxquelles il voudrait faire la paix; cela n'étant pas, je m'attends à passer cet hiver à réfuter de mauvais arguments, à éclairer la Russie, et à rappeler sans cesse le souvenir de la paix de Wcstphalie à la mémoire des ministres de France. Je suis, etc.

(Breslau) n novembre (1778).

Mon très-cher frère,

Quoiqu'il ne se passe rien de fort intéressant ici , je dois cependant, mon cher frère, vous prévenir sur nos sottises; le bruit ordinairement en étant exagéré pourrait vous faire illusion. Le régiment de Thadden, qui garde le défilé de Dittmannsdorf, a fut averti par les généraux qu'il serait attaqué par l'ennemi; sur quoi le colonel doubla les gardes, mais sans assembler les troupes. L'ennemi attaque nos ouvrages, et est repoussé partout, ainsi que par les hussards et par les dragons; mais cinquante pandours, tournant par les montagnes, entrent dans le quartier du colonel , tuent la sentinelle , enlèvent huit drapeaux . et s'en vont. Heilsberg a été tué, et deux soldats; l'aide de camp, blessé; mais d'ailleurs, il ne manque pas un homme au régiment. Ces huit drapeaux vont remplir les gazettes et faire un tapage étonnant dans les relations autrichiennes; mais vous pouvez compter que ce que je vous mande est la pure vérité. Je suis, etc.

35o. AU MÊME.

Breslau, i5 novembre 1778.

Mon cher frère,

L/ennemi paraît vouloir nous harceler tout l'hiver. 11 a fait une attaque sur le village de Weisskirch, qui a été défendu par le régiment de Rcntzcllb avec tant de vigueur, qu'ils l'ont pour-

• Dittcrsbach. Voyct t. VI, p. 171.

b Le lieutenant-général Christophe-Frédéric de Rentzcll , chef du ai' régiment d'infanterie, était mort à Frankcnstein le 4 juin 1778, dan» sa soixante- «emème année, et ce fut son successeur, le général de Thûna, qui défendit le village de Weisskirch, le la novembre.

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